Le 29 juin 2018
Paris, France

Nous pouvons tous réussir : vers l'égalité des sexes au Canada

Allocution de l’honorable Bill Morneau, ministre des Finances, au Sommet iW50

Le texte prononcé fait foi

Je vous remercie pour cet accueil chaleureux.

Je suis ravi d’être ici avec vous aujourd’hui.

Je suis ici pour célébrer la présence des femmes à l’INSEAD depuis 50 ans. Je vous raconterai aussi certaines de mes expériences, ainsi que certaines expériences du Canada, en ce qui concerne la progression de l’égalité des sexes.

Comme vous le savez peut-être, j’occupe maintenant le poste de ministre des Finances du Canada, un rôle que j’ai accepté après avoir connu une carrière longue et fructueuse dans le secteur privé.

Il s’agit d’une responsabilité immense, une responsabilité qui m’est chère et qu’il me tarde d’accomplir tous les jours.

Si j’avais toutefois à choisir une seule chose que j’ai accomplie au cours de ma vie – celle qui a été la plus gratifiante et qui, selon moi, laissera la plus grande marque après mon départ – je choisirais mon rôle de père.

En fait, c’est à la maison, à Toronto, il y a de cela quelques mois, que j’ai vu une affiche accrochée au-dessus du lit de ma fille.

On peut y lire une citation de Malala Yousafzai, qui indique en caractère gras : « Il est impossible pour nous tous de réussir si la moitié d’entre nous sont retenus ».

Le fait de voir cette affiche et d’être conscient de ce qu’elle signifiait m’a touché au point où j’ai raconté cette anecdote lors de mon discours qui portait sur le budget de cette année.

Il est impossible pour nous tous de réussir si la moitié d’entre nous sont retenus.

Ce moment est resté gravé dans ma mémoire parce que c’était devenu si évident, soudainement.

Ma fille le comprend. Ses amis le comprennent. Les jeunes femmes que j’ai rencontrées d’un bout à l’autre du Canada – y compris celles des quartiers que je représente à Toronto – le comprennent toutes.

Il est temps que le reste d’entre nous le comprenne.

Pensez-y. Vous êtes tous des leaders. Imaginez qu’un obstacle aussi arbitraire retienne la moitié des personnes de votre organisation. Il serait donc difficile pour elles de réussir et de réaliser leur plein potentiel.

Que feriez-vous?

Hausseriez-vous tout simplement les épaules en disant : « Ce n’est que la moitié des personnes... peut-être même pas la moitié... »?

Ou relèveriez-vous ce défi de front?

En réalité, une seule réponse est possible; il faut dire « ça suffit ».

En tant que leaders dans les domaines de l’éducation, des affaires et de la politique, nous avons comme tâche de créer les conditions qui permettent à tout le monde de réussir.

Il s’agit du message que le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a lancé à Davos cette année.

Lorsqu’il a appelé les chefs d’entreprise à embaucher, à promouvoir et à maintenir en poste plus de femmes, il était formel.

Nous devons le faire, « pas seulement parce qu’il s’agit de la bonne chose à faire ou parce que c’est un geste sympathique, mais parce que c’est aussi la chose intelligente à faire ».

Une plus grande égalité mène à un processus décisionnel plus efficace.

J’ai pu le constater de mes propres yeux dans le cadre de mon travail au gouvernement.

Notre cabinet est plus fort, notre gouvernement est plus fort et les Canadiens sont mieux servis du fait que la moitié des personnes autour de la table sont des femmes fortes, intelligentes et efficaces.

Une plus grande égalité assure aussi une croissance économique plus forte.

Cela est vrai d’un point de vue historique : au cours des 40 dernières années, le nombre croissant de femmes sur le marché du travail canadien a compté pour environ le tiers de la croissance réelle de notre produit intérieur brut par habitant.

Recherche économique RBC a récemment estimé que si la représentation de femmes et d’hommes dans la population active était totalement égale, nous aurions pu accroître la taille de notre économie de 4 % l’an dernier.

En tant que ministre des Finances, je peux vous dire que ce n’est pas le genre de croissance que l’on peut laisser passer.

Toutefois, une plus grande égalité ne signifie pas uniquement une meilleure croissance pour les gouvernements. C’est aussi le cas pour les entreprises.

Selon le Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale, une augmentation de 1 % seulement dans la diversité des sexes pourrait donner lieu à une hausse de 3,5 % dans les revenus des entreprises qui embauchent plus de femmes.

Et les résultats sont encore plus importants pour les entreprises où des femmes occupent des postes de direction.

Pour toutes ces raisons, il était logique pour nous, au moment d’élaborer le budget fédéral de cette année, de faire de l’égalité le thème central.

Ce budget comprend de nombreuses mesures qui visent à faire progresser les intérêts des femmes et des filles du Canada telles que notre plan pour instaurer l’égalité salariale dans les secteurs sous réglementation fédérale, le soutien accru aux femmes entrepreneures, une nouvelle prestation parentale partagée conçue pour encourager les deux partenaires des familles à deux parents à se partager de façon égale le travail lié au fait d’élever des enfants.

Avec le budget de cette année, nous voulions toutefois en faire plus que de simples engagements individuels.

C’est pourquoi nous avons décidé d’adopter une nouvelle approche complète, qui comprend la budgétisation fondée sur les sexes et un nouveau cadre des résultats relatifs aux sexes – un ensemble d’objectifs et d’indicateurs qui permettent de suivre le rendement du Canada et aident à définir ce qu’il faut faire pour accroître l’égalité.

Les gouvernements à l’échelle mondiale l’ont constaté : lorsque l’on évalue la façon dont les politiques ont des répercussions différentes sur les femmes et les hommes, l’on obtient une meilleure politique publique et de meilleurs résultats pour les citoyens.

On en trouve un exemple reconnu en Suède, où l’on a conclu qu’après une chute de neige, les piétons – souvent des femmes – subissaient plus de répercussions négatives en raison de la glace et de la neige au sol que les automobilistes. Le gouvernement a donc attribué plus de fonds afin de déneiger les sentiers pour piétons.

En Corée du Sud, on a réduit l’écart dans les délais d’attente aux toilettes en construisant plus de toilettes publiques pour les femmes. Cela peut sembler banal. Toutes les femmes qui font partie de ma vie m’assurent que cela ne l’est pas.

Donc, pour un pays comme le Canada, où nous accordons de la valeur à l’égalité et aux données probantes et où nous nous sommes engagés à en faire plus pour aider les femmes et les filles à réussir, il était logique d’inclure la budgétisation fondée sur les sexes dans le budget de cette année et dans tous les autres à venir.

C’est pourquoi dans le budget de 2018, chacune des décisions budgétaires a été éclairée par une analyse comparative entre les sexes plus (ACS+). Et pour faire en sorte que les gouvernements futurs prennent au sérieux les enjeux liés aux sexes, nous nous sommes engagés à déposer un nouveau projet de loi sur l’ACS+ visant à faire de la budgétisation fondée sur les sexes un élément permanent du processus budgétaire fédéral.

Nous disons essentiellement qu’à l’avenir, nous ne prendrons aucune décision de financement sans avoir d’abord pris en considération l’incidence de cette décision sur les femmes.

Pour nous – et pour bon nombre d’autres personnes, je crois – le fait d’adopter cette perspective axée sur l’égalité des sexes au moment d’élaborer un budget est, encore une fois, la bonne chose à faire, en plus d’être un geste intelligent.

Vous avez peut-être entendu parler de l’annonce faite à l’occasion des réunions du G7 par le Canada – de concert avec l’Union européenne, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni et la Banque mondiale – d’un investissement de près de 3,8 milliards de dollars afin de donner aux femmes et aux filles du monde entier un accès égal à l’éducation.

Il s’agit du plus grand investissement unique dans l’éducation des femmes et des filles en situation de crise et de conflit, et il aura des effets réels dans la vie de millions de personnes qui sont parmi les plus vulnérables du monde.

Voici ce qui se produit lorsque nous nous engageons à faire en sorte que nous puissions tous réussir.

Nous faisons du monde un meilleur endroit. Un endroit plus égalitaire, plus prospère et plus pacifique.

Je terminerai en vous racontant un autre moment qui m’a profondément touché.

Il est survenu lors du dévoilement du nouveau billet de 10 $ du Canada, qui met en vedette Viola Desmond, une icône des droits de la personne qui a contesté la pratique de la ségrégation raciale dans sa province natale de la Nouvelle-Écosse.

C’est à l’occasion de ce dévoilement que j’ai eu le privilège de rencontrer la sœur de Viola, Wanda, elle-même une femme forte.

Afin de vous situer, je vous dirai que Wanda a obtenu son baccalauréat ès arts de l’Université Cape Breton en 2004... à 76 ans.

Ce jour-là, toutefois, c’est sa fierté envers sa sœur qui ressortait – elle trouvait cela incroyable que sa grande sœur soit reconnue à tout jamais comme la première femme – une femme noire – apparaissant sur un billet de banque canadien.

Ce jour-là, on comptait aussi des douzaines de jeunes filles qui avaient été invitées à participer à l’annonce.

De jeunes filles qui grandiront en étant constamment rappelées – juste ici, sur le billet de 10 $ – qu’elles jouent un rôle important au sein de leurs communautés et de leur pays.

Comme mes filles, elles grandiront en sachant qu’elles sont importantes. Qu’elles peuvent réussir. Et que rien – qu’il s’agisse d’un employeur indifférent ou d’une politique désuète – ne devrait les retenir.

Je vous mets donc au défi, dans vos rôles, de penser à ce que vous pourriez faire pour améliorer l’égalité dans le monde pour les femmes et les filles et pour rendre le monde plus accueillant pour elles.

Je me suis récemment engagé à être un champion international de l’égalité des sexes, un réseau croissant de hauts dirigeants et de décideurs résolus à abattre les obstacles liés au sexe et à faire de l’égalité des sexes une réalité tangible dans leurs sphères d’influence.

Je vous encourage à examiner les engagements liés à ce rôle. J’ai entre autres accepté de ne plus participer à des groupes d’experts qui ne comprennent pas au moins une femme. Et, idéalement, ils devraient en compter beaucoup plus qu’une.

Je peux vous promettre, en me fondant sur mon expérience, que vous ne regretterez jamais d’avoir agi pour donner davantage de pouvoir aux femmes dans votre lieu de travail et dans votre vie.

INSEAD est une meilleure école en raison des changements qui y sont survenus il y a 50 ans.

Le Canada est un meilleur pays parce que nous cherchons sans cesse de nouvelles façons de donner à tous une chance réelle et égale de réussir.

Et, le monde sera un endroit meilleur quand nous redoublerons tous d’efforts et quand nous contribuerons à faire de l’égalité des sexes une réalité.

Nous pouvons tous réussir. Mettons-nous au travail.

Merci.