Le 7 juin 2011
Montréal, Québec

Archivé - Discours de l’honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, prononcé à l’occasion d’un déjeuner du Forum économique international des Amériques – Conférence de Montréal

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Bonjour. Je vous remercie beaucoup de m’offrir cette occasion de m’entretenir avec vous aujourd’hui.

Je suis heureux d’être en présence de mon ami et collègue en affaires internationales, Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE.

Il y a un mois, l’OCDE fêtait ses 50 ans. Depuis sa création, cette organisation présente des conseils d’experts afin d’aider les pays à assurer leur croissance économique, à créer des emplois, à stimuler l’investissement et le commerce et à augmenter le niveau de vie des gens partout au monde.

La lecture du Rapport aux ministres de l’OCDE est recommandée à toute personne qui participe à l’élaboration de la politique économique et financière et il est assuré qu’au gouvernement du Canada, nous nous intéressons et nous participons étroitement aux travaux de l’OCDE. Ainsi que l’indique le secrétaire général dans ce rapport, au lendemain de la pire crise économique et financière que nous ayons connue depuis plusieurs générations, nous devons tirer les leçons qui s’imposent et travailler ensemble pour établir des politiques qui serviront à améliorer la qualité de vie de tous.

À ce chapitre, je crois que l’expérience du Canada offre des pistes intéressantes, qu’il s’agisse de la manière dont le pays s’est préparé à affronter un tel ralentissement ou encore aux mesures que nous prenons aujourd’hui pour nous libérer de cette période d’incertitude. Dans ce contexte, il n’existe peut-être pas de tribune mieux choisie que celle-ci pour ma première allocution suivant le dépôt, pour une deuxième fois hier, du budget de 2011 de notre gouvernement.

Comme je le disais hier, La prochaine phase du Plan d’action économique du Canada a déjà reçu la plus importante approbation possible – celle de la population canadienne elle-même. Je suis très optimiste au sujet de l’avenir d’un pays dont les perspectives étaient très enviables avant la crise. En effet, de très nombreux pays seraient heureux de voir leurs efforts aboutir à une situation qui se compare à celle que connaissait le Canada au départ.

Le budget déposé hier précise qu’il reste encore beaucoup à faire, malgré les nombreux avantages actuels du Canada. Il constitue réellement la première étape de ce retour vers l’équilibre budgétaire que nous entreprenons au Canada, un objectif dont nous devancerons d’un an la réalisation par rapport à ce qui était prévu. Pour cela, toutefois, nous devrons faire preuve d’encore plus de prudence au chapitre des dépenses.

Nous ne sommes pas au gouvernement pour augmenter les impôts, mais plutôt pour les réduire, parce que nous cherchons à favoriser la croissance économique au Canada. De fait, le fardeau fiscal fédéral imposé aux citoyens canadiens est aujourd’hui à son plus bas niveau depuis 50 ans, ce qui est remarquable en soi. Pour une famille canadienne de quatre personnes, ce fardeau a diminué d’environ 3 100 $ depuis notre arrivée au pouvoir, il y a un peu plus de cinq ans.

Comme il a été mentionné au cours de cette conférence, personne n’avait pressenti la crise, laquelle a débuté par la crise du crédit en 2007 avant de secouer l’économie réelle en 2008, ce que les économistes appellent aujourd’hui la « grande récession ». Que fait dans un tel cas un pays comme le Canada pour se protéger de ce genre de choc international?

Essentiellement, à notre avis, il s’agit d’une question de gestion des finances publiques. Il faut alors dégager des excédents financiers, rétablir l’équilibre budgétaire et rembourser la dette publique, de manière à donner au gouvernement les moyens d’intervenir en temps de crise, comme nous l’avons fait à l’automne de 2008. Nous avons été en mesure d’agir, mais aujourd’hui, après avoir mis en œuvre le Plan d’action économique au Canada, qui représentait beaucoup de nouvelles dépenses et une forte stimulation de l’économie canadienne, nous devons retourner à des budgets équilibrés, parce qu’il est impossible de prédire le moment où le prochain choc surviendra.

Il est à espérer que nous ne serons pas à nouveau en pleine campagne électorale quand le prochain choc arrivera, comme c’était le cas à l’automne de 2008. En octobre 2008, le Canada était en période d’élections fédérales alors que les mauvaises nouvelles concernant l’économie mondiale ne cessaient d’affluer, et en particulier celles concernant l’économie américaine.

Vous vous rappelez certainement les faillites qui ont touché des banques de Wall Street, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Octobre 2008 a été une période marquée de perturbations. Nous avons été réélus dans ce contexte avec un autre mandat de gouvernement minoritaire, et je peux vous assurer que l’innovation budgétaire et financière constitue un réel défi en situation minoritaire, mais un défi que nous avons pu relever.

À l’image des possibilités d’échanges essentielles que les conférences comme celle-ci offrent, nous avons saisi cette occasion, à la fin de 2008, pour demander conseil à des gens d’affaires éminents du Canada – tels que Paul Desmarais fils et le Conseil consultatif sur l’économie – quant aux moyens d’intervenir face à cette crise qui provenait de l’extérieur du Canada.

Les conseils que nous avons reçus pour y faire face ont été d’une valeur inestimable et nous ont aidés à en arriver au point où le gouvernement a eu le courage de mettre en place un programme de stimulation de vaste envergure. Je suis heureux de déclarer que ce programme a donné de bons résultats.

Le taux de chômage canadien est resté sous la barre des 10 %. Pendant trois trimestres, le pays a été en récession, mais au milieu de 2009, il s’en est sorti et nous enregistrons à l’heure actuelle un septième trimestre de croissance consécutif, ce premier trimestre de l’année ayant été marqué par une forte croissance. 

Notre programme de stimulation avait une grande envergure, représentant 4 % du PIB de notre pays. Lorsque les dirigeants du G-20 se sont réunis en novembre 2008, au Sommet de Washington présidé par le président Bush, ils ont tous convenu qu’il fallait tenter de mettre en place des mesures de stimulation à hauteur de 4 % du PIB.

Je me permets de mentionner ici qu’au Canada, notre fédération a très bien fonctionné. Les provinces et les territoires ont fort bien collaboré avec le gouvernement fédéral en mettant également en œuvre des mesures de stimulation, tout comme l’ont fait les municipalités. Voilà qui démontre bien que la fédération fonctionne bien, même en temps de crise.

Le Plan d’action économique a joué un rôle fondamental pour stimuler la croissance économique et pour créer et protéger les emplois des Canadiens, tout en jetant les bases d’une reprise économique d’une vigueur enviable. Depuis la fin de la récession, au milieu de 2009, le Canada a enregistré la plus forte croissance de l’emploi parmi les pays du G-7. Notre pays compte aujourd’hui quelque 540 000 personnes de plus au travail qu’en juillet 2009.

Nous avons aussi récupéré toute la baisse de production qui s’est produite au cours de la récession. Selon les prévisions du FMI, le Canada connaîtra l’une des plus fortes reprises économiques du G-7 cette année et l’an prochain. Plusieurs facteurs appuient ces bonnes perspectives, l’un d’entre eux étant d’ordre financier. Les institutions financières du Canada n’ont pas eu besoin d’être renflouées pendant la récession. Elles sont demeurées solides et ont tenu le coup.

Nous disposons d’un système de réglementation efficace dans ce pays. À mon avis, l’existence de réglementation est beaucoup moins importante en soi qu’une surveillance efficace de son application qui donne les résultats voulus. Au Canada, nous continuons de disposer d’une telle surveillance, effectuée par le Bureau du surintendant des institutions financières.

Selon le Forum économique mondial, le système bancaire canadien est le plus solide au monde, un classement que le Canada détient depuis trois années consécutives. Tout récemment, cinq institutions financières canadiennes se sont retrouvées sur la liste des banques les plus solides du monde établie par Bloomberg. Aucun autre pays ne peut en dire autant.

Au chapitre des impôts, à la suite de nombreux changements apportés aux régimes de l’impôt des sociétés du Canada et de ses provinces, notre taux d’imposition des nouveaux investissements des entreprises est aujourd’hui beaucoup plus bas que dans tout autre pays du G-7. Enfin, en éliminant plus de 1 700 dispositions tarifaires, le Canada a pris les mesures nécessaires pour établir la première zone libre de droits de douane pour les fabricants au sein des pays du G-20.

Donc, dans le budget d’hier, nous avons présenté le plan qui nous permettra de rétablir l’équilibre budgétaire en 2014-2015. Nous devrons repérer des économies au chapitre des dépenses, mais cette démarche est importante si nous voulons nous préparer en vue de la prochaine période difficile qui pourrait survenir dans l’économie mondiale.

Le taux de chômage canadien est encore trop élevé et c’est pourquoi nous effectuons des investissements ciblés pour favoriser l’embauche. Au moyen d’un crédit d’impôt à l’embauche lié au programme d’assurance-emploi, nous encourageons tout particulièrement les petites entreprises à embaucher. Nous continuons d’investir dans l’innovation et l’éducation, qu’il s’agisse des collèges, des universités ou de la formation axée sur les compétences.

Nous réduisons les tracasseries administratives que les gouvernements savent si bien imposer au secteur privé. Nous poursuivons nos efforts pour réduire la paperasserie afin de favoriser la capacité de concurrence au Canada. Tout aussi important, nous poursuivrons notre collaboration avec les villes et les municipalités du Canada pour bâtir de nouvelles d’infrastructures, y compris pour le transport en commun dans les grandes villes.

Nous augmenterons également les paiements de transfert liés aux soins de santé et à l’éducation. Nous ne réduirons pas ces paiements. En fait, en matière de santé, nous continuerons d’augmenter les transferts fédéraux au rythme de 6 % par année, et en matière d’éducation et de programmes sociaux, au taux de 3 % par année.

Nous avons intégré ces hausses dans les projections financières publiées hier à Ottawa. L’aspect fondamental de tout ce dont j’ai parlé peut se résumer à la saine gestion financière. De nos jours, des pays de tous les continents découvrent, en affrontant la dure réalité, qu’ils doivent assainir leurs finances publiques.

Cette leçon s’applique à tous les pays. C’est pourquoi l’assainissement des finances publiques faisait partie des priorités abordées au Sommet des dirigeants du G-20 à Toronto, il y a environ un an.

Lors de ce sommet, les grandes économies ont pris l’engagement de réduire de moitié, au plus tard en 2013, les lourds déficits budgétaires enregistrés aux pires moments de la récession. Elles se sont aussi engagées à stabiliser leur ratio de la dette au PIB ou à placer celui-ci sur une trajectoire descendante, au plus tard en 2016. Pour ce qui est du Canada, nous allons dépasser ces cibles, et de beaucoup. La gestion financière rigoureuse demeurera le premier objectif du gouvernement du Canada, à mesure que le pays fera la transition entre la fin progressive des mesures de stimulation temporaires et le retour à l’équilibre budgétaire.

Nous rétablirons l’équilibre budgétaire un an plus tôt que prévu, soit d’ici 2014-2015. Pour cela, le gouvernement du Canada misera sur la même rigueur financière dont il a fait preuve au cours des années précédant la crise économique mondiale. Au cours de ces années, le ratio de la dette fédérale au PIB est descendu jusqu’à 29 % en 2008-2009, son niveau le plus bas depuis près de 30 ans. Grâce à des mesures destinées à préserver l’avantage financier du Canada, la dette fédérale devrait revenir, par rapport à la taille de l’économie, à peu près au niveau d’avant la récession. Et, selon le FMI, le Canada sera l’un des deux seuls pays du G-7 à rétablir l’équilibre budgétaire d’ici 2016.

J’aimerais terminer mon discours de la manière dont je l’ai commencé, c’est-à-dire en mentionnant l’OCDE. Je voudrais dire quelques mots sur son indicateur du bien-être, publié récemment, qui compare différentes mesures de la satisfaction globale – par exemple, le logement et la santé – d’un pays à l’autre. Le rapport conclut que le Canada occupe le premier rang ou qu’il en est proche, dans les différentes catégories abordées dans le rapport, grâce à l’un des meilleurs systèmes d’éducation au monde et à un taux d’emploi élevé. Le rapport indique également que les Canadiens se sentent en sécurité dans leurs collectivités et qu’ils sont satisfaits de leurs conditions de vie. En d’autres mots, cette qualité de vie constante au Canada n’est pas faite que de banques et de budgets.

On comprend mieux pourquoi, au lendemain d’un ralentissement mondial sans précédent, les électeurs canadiens ont opté le mois dernier pour la stabilité et la compétence, ou l’absence de surprises, comme le soulignait le premier ministre. Parallèlement, pour reprendre les paroles d’un représentant de l’OCDE, si l’on peut penser que, dans l’ensemble, le Canada est un merveilleux endroit où vivre, il ne faudrait pas tout tenir pour acquis.

Je peux vous garantir que nous ne commettrons pas cette erreur. Après tout, un gouvernement trop confiant ne proposerait pas les mesures que nous avons annoncées hier et qui accéléreront le retour à l’équilibre budgétaire.

Lorsque la crise nous a touchés en 2008, la situation de notre pays était solide et nous étions bien préparés. À la sortie de cette crise, nous sommes encore plus forts et plus concurrentiels, et nous exerçons une influence croissante au chapitre des efforts mondiaux collectifs visant à assurer la reprise économique à long terme. Pour le Canada, il s’agit là d’une situation favorable qui ira en s’améliorant.

Merci.