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Archivé - Mise à jour des projections économiques
et financières - 2011 : Partie 2 de 3

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2. Évolution et perspectives économiques[1]

Introduction 

Le Canada a mieux résisté à la récession mondiale que la plupart des autres pays industrialisés, et il est le seul pays du G-7 à avoir plus que recouvré à la fois la totalité de la production et la totalité des emplois perdus pendant la récession.

Cette solidité est attribuable aux importantes mesures de stimulation mises en place au début de la récession ainsi qu’à la robustesse des facteurs économiques et financiers fondamentaux du Canada, qui ont permis de soutenir la demande intérieure dans le contexte d’une économie mondiale fragile.

Cependant, la situation et les perspectives de l’économie mondiale se sont récemment détériorées, et l’incertitude entourant les perspectives a augmenté, en grande partie sous l’effet des répercussions négatives de la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire en Europe, ainsi que des inquiétudes concernant la viabilité de la situation des finances publiques des États-Unis. Ce climat d’incertitude a ébranlé la confiance des consommateurs et des entreprises, et le cours des actions des sociétés a subi un recul marqué à l’échelle mondiale. Compte tenu de cette détérioration de la situation et des perspectives de l’économie mondiale, les économistes du secteur privé ont revu à la baisse leurs prévisions concernant la croissance de l’économie canadienne depuis le budget de 2011, en particulier pour 2011 et 2012.

Ce chapitre passe en revue les principaux aspects de l’évolution de l’économie à l’échelle mondiale et au Canada depuis le dépôt du budget de 2011. Il décrit également les prévisions économiques du secteur privé qui servent de point de départ aux projections financières du gouvernement et traite des risques et de l’incertitude entourant ces prévisions économiques.

Évolution et perspectives de l’économie mondiale 

Après avoir enregistré une croissance supérieure aux prévisions à la fin de 2009 et au début de 2010, la reprise mondiale a ralenti au cours de la première moitié de 2011, et elle devrait demeurer modérée prochainement. La croissance a ralenti, particulièrement dans les économies avancées, en raison de l’effet de plus en plus ténu des mesures exceptionnelles de stimulation de l’économie et de facteurs temporaires, tels que le tremblement de terre et le tsunami qui ont frappé le Japon, mais aussi d’un manque de confiance dans les efforts déployés par certains gouvernements pour remettre les finances publiques sur une trajectoire viable. Par conséquent, dans toutes les économies du G-7, la croissance a ralenti à environ 1 % ou à un taux inférieur au second trimestre de 2011.

Une partie du ralentissement dans les économies avancées avait été prévue, étant donné l’arrivée à terme prévue des mesures exceptionnelles de stimulation qui ont été mises en place par les gouvernements pendant la récession. La plupart de ces mesures provisoires ont été instaurées en 2009 et en 2010, et elles ont entraîné une augmentation marquée des dépenses gouvernementales visant à soutenir la croissance durant une période de faiblesse de la demande du secteur privé. Toutefois, ces mesures arrivent à échéance et, contrairement à ce qui s’est produit au Canada, la demande du secteur privé n’a pas encore entièrement pris le relais dans bon nombre de pays.

Dans de nombreux pays également, les consommateurs sont toujours limités par des niveaux d’endettement élevés et une confiance réduite, tandis que le secteur privé hésite à investir et à embaucher du personnel. En conséquence, la plupart des économies avancées n’ont toujours pas pleinement récupéré la perte de la demande privée subie pendant la récession (graphique 2.1).

Les gouvernements mettent progressivement fin à leurs dépenses de stimulation, mais la demande du secteur privé n’a pas encore entièrement pris le relais dans de nombreuses économies avancées
Graphique 2.1 - Évolution de la demande intérieure privée réelle depuis le sommet atteint avant le récession. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

La faiblesse de la croissance sous-jacente dans les économies avancées a été aggravée au second trimestre du présent exercice par plusieurs facteurs temporaires, dont les perturbations liées au tremblement de terre et au tsunami qui ont frappé le Japon, ainsi que l’agitation politique dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et la flambée connexe des prix du pétrole. En outre, aux États-Unis, les mauvaises conditions climatiques ont nui à la croissance au second trimestre.

L’un des principaux facteurs ayant freiné la croissance mondiale a été l’incidence sur la confiance et le cours des actions découlant de l’incertitude grandissante à l’égard de la capacité de certains pays de remettre leurs finances publiques sur une trajectoire viable.

Aux États-Unis, le débat politique prolongé au sujet du plafond de la dette fédérale et la baisse subséquente de la notation des emprunts de l’État par Standard & Poor’s ont ébranlé la confiance du public et des entreprises dans la capacité du gouvernement américain de gérer efficacement sa situation financière, malgré le fait qu’on soit parvenu à résoudre la question du plafond de la dette à la dernière minute. Ce climat d’incertitude a eu pour effet d’amplifier les difficultés sous-jacentes de l’économie américaine, qui sont attribuables au processus permanent de désendettement des consommateurs et à la faiblesse continue du marché du logement.

En Europe, les répercussions de la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire se sont amplifiées à la fin de l’été et à l’automne 2011, car les marchés ont de plus en plus mis en doute la capacité des gouvernements de gérer les niveaux excessifs de la dette publique dans certains pays de la zone euro. Les coûts d’emprunt ont donc considérablement augmenté dans certaines de ces économies, et le rendement des obligations d’État à deux ans de la Grèce et du Portugal a atteint ou presque atteint des niveaux record au début de novembre (graphique 2.2).

Les conséquences de la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire en Europe se sont aggravées au milieu de 2011
Graphique 2.2 - Dette nette globale des administrations publiques / Rendement des obligations d'État à 2 ans. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

Ces tensions perdurent, même si les autorités européennes ont annoncé le 26 octobre la mise en place d’un ensemble de mesures stratégiques visant à contrer la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire, notamment une majoration du coefficient de trésorerie des banques européennes, un accroissement du financement du Fonds européen de stabilité financière, qui sera porté à 1 billion d’euros, et une entente selon laquelle les créanciers privés de la dette souveraine de la Grèce accepteraient de réduire de moitié le montant de leurs créances. Bien que les marchés boursiers mondiaux aient d’abord réagi positivement, les marchés financiers sont demeurés instables et les taux d’intérêt demeurent élevés pour certains pays d’Europe. Les mesures annoncées le 26 octobre ne constituent qu’une première étape pour les autorités en vue de régler la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire. Dans un contexte d’incertitude considérable entourant l’évolution de la situation dans la zone euro, les dirigeants du G-20, réunis au sommet de Cannes les 3 et 4 novembre 2011, ont fait bon accueil au plan de la zone euro et pressé les autorités de le développer et de le mettre en œuvre rapidement.

Aux États-Unis et en Europe, les données économiques traduisent les effets de cette plus grande incertitude. En Europe, les indicateurs économiques récents, particulièrement les indices d’activité dans les secteurs de la fabrication et des services, laissent croire que la zone euro pourrait déjà être en récession.

Aux États-Unis, les données révisées des comptes nationaux montrent que l’activité économique au cours des trois dernières années a été plus faible qu’annoncé précédemment, la récession ayant été plus sévère – et la reprise, plus lente – que selon les estimations antérieures. En effet, à la fin du deuxième trimestre de 2011, le PIB réel des États-Unis était encore inférieur (de 0,4 %) au sommet d’avant la récession, tandis que le Canada avait plus que recouvré la totalité de la production perdue au cours de la récession. Les données du premier semestre de 2011 montrent qu’à l’instar des autres grandes économies, celle des États-Unis connaît une période de faiblesse, le PIB réel n’ayant progressé que de 0,4 % au premier trimestre et de seulement 1,3 % au deuxième.

Parallèlement à cette faible hausse de la production, la reprise du marché du travail aux États-Unis a aussi ralenti. Après des gains d’environ 200 000 emplois au cours de trois des quatre premiers mois de 2011, la progression de l’emploi a ralenti de manière marquée, pour se fixer à tout juste 90 000 par mois en moyenne jusqu’à la fin d’octobre. L’embauche dans le secteur privé est un peu plus élevée, à près de 120 000 emplois par mois en moyenne au cours de la même période. Le nombre d’emplois salariés aux États-Unis demeure donc inférieur de 4,7 % à son sommet, tandis que le taux de chômage s’établit à 9,0 %, soit plus du double du creux de 4,4 % enregistré avant la récession.

Bien que modeste, la demande privée aux États-Unis semble néanmoins se maintenir. Même si, en raison de l’incertitude à propos des perspectives économiques et de la situation des finances publiques américaines et du repli du cours des actions, le niveau de confiance des consommateurs est proche des planchers cycliques et historiques, d’autres indicateurs récents de l’activité économique font toutefois état d’une croissance soutenue. La vigueur des ventes au détail témoigne plus particulièrement d’une progression constante des dépenses de consommation, tandis que la forte hausse de la production de machines et de matériel montre que les entreprises continuent d’investir (graphique 2.3).

Aux États-Unis, la confiance s’est récemment effritée,
mais les dépenses et la production se maintiennent
Graphique 2.3 - Confiance des consommateurs aux États-Unis / Ventes au détail et production industrielle de machines et de matériel aux États-Unis. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

Au début de la deuxième moitié de l’année, l’économie américaine affichait dans l’ensemble un dynamisme modéré. Au troisième trimestre, la croissance s’est accélérée comparativement au ralentissement connu au premier semestre, pour atteindre 2,5 %. La poussée au troisième trimestre a bénéficié d’une remontée de 2,4 % des dépenses de consommation, tandis que l’investissement des entreprises a crû de plus de 16 %. Toutefois, le frein que continuent d’imposer la faiblesse du marché américain du logement et l’endettement toujours élevé des ménages, combiné à l’incertitude à propos de la situation financière de Washington, persiste à miner la confiance des consommateurs et des entreprises, ce qui pourrait inciter les ménages et les entreprises à mettre leurs dépenses en veilleuse.

Par conséquent, les économistes du secteur privé ont révisé à la baisse de manière appréciable leurs prévisions à l’égard de la progression du PIB réel aux États-Unis depuis le dépôt du budget de 2011. Les économistes du secteur privé anticipent une hausse de 1,6 % en 2011 et de 2,0 % en 2012 alors qu’ils prévoyaient une croissance de 3,1 % pour chacune de ces deux années au moment du budget (graphique 2.4).

Les perspectives à court terme de l’économie américaine
ont été fortement revues à la baisse
Graphique 2.4 - Perspectives de croissance du PIB réel aux États-Unis. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

Au sein des économies émergentes et en développement, l’activité a légèrement fléchi, bien qu’elle demeure vigoureuse. En Chine, le secteur du commerce international résiste assez bien malgré un ralentissement de la croissance dans les économies avancées, ce qui a aidé à soutenir l’activité économique. Dans l’ensemble, la croissance de l’économie chinoise demeure robuste; le PIB réel a grimpé de 9,5 % au troisième trimestre de 2011 après avoir gagné 10,0 % au deuxième.

En raison de la croissance plus faible que prévu de l’économie mondiale au premier semestre de cette année, le FMI a revu à la baisse ses perspectives à l’égard de cette dernière. Il s’attend maintenant à ce que l’économie mondiale progresse de 4,0 % en 2011 et en 2012 alors qu’il prévoyait une croissance de 4,4 % et de 4,5 % respectivement dans ses Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2011. Cette correction à la baisse découle en bonne partie de la croissance plus modeste prévue dans les économies avancées qui, selon le FMI, se limitera à 1,6 % en 2011 et à 1,9 % en 2012. Dans les deux cas, il s’agit de près de 1 point de pourcentage de moins que prévu en avril dernier. Le FMI s’attend à ce que les économies émergentes soient moins touchées et que la croissance y demeure relativement forte en dépit de l’effet modérateur des contraintes de capacité, du resserrement des politiques et de l’essoufflement de la demande extérieure.

Évolution des marchés financiers 

Les marchés financiers se sont particulièrement ressentis de la faiblesse de l’économie et des effets négatifs de l’incertitude quant à la viabilité budgétaire de certains pays. Les institutions financières européennes ont également subi des pressions en raison de leur exposition à la dette souveraine de certains pays européens – en particulier la Grèce, l’Irlande et le Portugal –, ce qui a entraîné une forte chute des cours des titres et amené des signes d’un regain des pressions sur le crédit interbancaire.

Par ailleurs, l’impasse de juillet dernier au sujet du plafond de la dette des États-Unis a provoqué un net recul des marchés boursiers à travers le monde et une recherche généralisée d’actifs moins à risque. Même si le plafond de la dette a finalement été relevé le 1er août, les marchés ont continué de fondre en raison du risque de décote de la dette souveraine des États-Unis, qui s’est concrétisé le 5 août lorsqu’une des trois grandes agences de notation, Standard and Poor’s, a fait passer de AAA à AA+ la cote de la dette du pays.

En raison de la turbulence connue en Europe et aux États-Unis et des craintes d’une croissance mondiale plus faible, les grandes places boursières ont vu leur valeur chuter de 15 % à 25 % entre la fin de juillet et le début d’octobre, avant de connaître une légère amélioration les semaines suivantes. Les marchés ont brièvement continué de progresser à la suite de l’annonce, le 26 octobre, des mesures adoptées par les autorités de la zone euro pour entreprendre de corriger la situation budgétaire et bancaire de la région, mais ils se sont repliés depuis et les cours demeurent très volatils (graphique 2.5).

L’incertitude associée à la crise de la dette souveraine et du secteur bancaire en Europe et les craintes d’une croissance mondiale plus faible ont miné la confiance des investisseurs à travers le monde
Graphique 2.5 - Indices des machés boursiers mondiaux. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

Prix des produits de base 

Comme dans le cas des valeurs boursières, la perspective d’une croissance économique plus timide, combinée à l’incertitude croissante des investisseurs et à une aversion généralisée pour le risque, explique la baisse marquée des prix des produits de base. Le prix du brut West Texas Intermediate (WTI), que les événements politiques en Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont fait grimper à plus de 110 dollars américains le baril plus tôt cette année, a fortement chuté, en même temps que les valeurs boursières. Ainsi, les cours du pétrole sont de plus de 5 % inférieurs depuis le budget de 2011, malgré une récente amélioration, alors que les autres catégories de produits de base affichent aussi des baisses (graphique 2.6). Inversement, la recherche d’actifs de qualité ou semblant constituer des valeurs refuges a fait grimper les prix des métaux précieux. L’or a d’ailleurs atteint un sommet record au début de septembre avant de se replier quelque peu ces dernières semaines. D’après la valeur moyenne des contrats à terme pour la période de deux semaines se terminant le 4 novembre, les marchés financiers s’attendent à ce que le prix moyen du brut WTI s’établisse à 94 dollars américains le baril en 2011 et à 92 dollars américains en 2012, et à ce que le cours du Henry Hub, qui sert de référence pour le gaz naturel, se situe en moyenne à 4,10 dollars américains par million de BTU (MBTU) en 2011 et en 2012.

L’incertitude accrue et la baisse de croissance de l’économie mondiale ont affecté les prix des produits de base depuis le budget de 2011
Graphique 2.6 - Prix des produits de base ($) / Variation des prix des produits de base ($US). Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

Évolution récente de l’économie canadienne 

Le Canada a mieux résisté que la plupart des autres pays industrialisés à la récession mondiale, et il est le seul pays du G-7 à avoir plus que recouvré à la fois la totalité de la production et la totalité des emplois perdus au cours de la récession. Selon les plus récentes perspectives du FMI, le Canada, à l’instar de l’Allemagne, continuera d’afficher la croissance la plus forte, en moyenne, à l’échelle du G-7 en 2011 et en 2012.

La forte poussée du PIB au Canada s’est reflétée dans la vigueur observée jusqu’ici sur le marché du travail. Près de 600 000 Canadiens de plus qu’en juillet 2009 travaillent à l’heure actuelle, ce qui représente la plus forte hausse de l’emploi à l’échelle du G-7. La reprise du marché du travail du Canada a été vigoureuse et généralisée; l’emploi a augmenté dans toutes les régions du pays pendant la reprise. En outre, près de 9 emplois sur 10 créés depuis juillet 2009 sont à temps plein et dans des secteurs à rémunération élevée, et les trois quarts ont été créés dans le secteur privé (graphique 2.7).

Les emplois créés au cours de la reprise sont à rémunération élevée et à temps plein, et ils ont été créés dans le secteur privé
Graphique 2.7 - Variation de l'emploi pendant la reprise, de juillet 2009 à octobre 2011. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

La reprise de l’emploi au Canada contraste vivement avec la situation aux États-Unis, où l’emploi reste nettement inférieur à ce qu’il était avant la récession (graphique 2.8). Le taux de chômage au Canada est donc inférieur à celui des États-Unis depuis octobre 2008 et l’écart en faveur du Canada atteint maintenant 1,7 point de pourcentage, un phénomène qui n’avait pas été observé depuis trois décennies. Si l’on mesure le taux de chômage au Canada de la même manière qu’aux États-Unis, l’écart entre les deux pays grimpe à 2,5 points de pourcentage[2].

Toutefois, l’emploi a connu une baisse en octobre, qui a largement annulé la forte progression affichée le mois précédent. Par conséquent, le niveau actuel de l’emploi au Canada est pratiquement inchangé depuis juillet 2011. Cette pause de la croissance de l’emploi depuis le milieu de l’année reflète la détérioration de la situation économique mondiale. Afin de donner un soutien aux travailleurs canadiens, le gouvernement annonce dans cette mise à jour qu’il ramène de 10 cents à 5 cents la hausse potentielle maximale du taux de cotisation d’assurance-emploi par tranche de 100 $ de rémunération assurable pour l’année 2012, et qu’il accordera jusqu’en octobre 2012 une prolongation additionnelle d’au plus 16 semaines des accords de travail partagé en vigueur, récemment venus à échéance ou nouveaux. Le gouvernement est disposé à soutenir l’emploi et la croissance de manière souple et mesurée si la situation économique devait se détériorer davantage.

La performance de l’emploi au Canada contraste
vivement avec celle des États-Unis
Graphique 2.8 - Emploi total / Taux de chômage. Pour avoir des détails, reportez-vous au deuxième paragraphe précédent.

Au Canada, la production économique réelle a progressé pendant sept trimestres consécutifs entre la fin de la récession, soit au cours du troisième trimestre de 2009, et le premier trimestre de 2011 (graphique 2.9). Elle a toutefois marqué une pause au deuxième trimestre alors qu’une croissance plus faible des principales économies avancées, particulièrement aux États-Unis, et que la valeur élevée du dollar canadien ont contribué à un repli marqué des exportations. Les exportations canadiennes ont également fléchi au deuxième trimestre à cause de facteurs temporaires, y compris les problèmes d’approvisionnement causés par le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon, les perturbations des exportations d’énergie en raison d’arrêts imprévus pour effectuer des travaux d’entretien et un important feu de forêt dans la région de Slave Lake. Le PIB réel mensuel a d’ailleurs connu une hausse de 0,4 % en juillet et de 0,3 % en août, ce qui laisse croire que la croissance du PIB réel s’est raffermie au troisième trimestre pour se situer à environ 2 %, indiquant ainsi que les facteurs temporaires ayant freiné la croissance au trimestre précédent se sont dissipés comme prévu.

L’économie canadienne a crû pendant sept trimestres consécutifs jusqu’au deuxième trimestre de 2011
Graphique 2.9 - Croissance du PIB réel. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

En dépit des problèmes économiques mondiaux, l’économie intérieure du Canada a bien résisté. La demande intérieure réelle a progressé de 3,0 % au deuxième trimestre, alimentée par une forte poussée des dépenses de consommation et de l’investissement du secteur privé (graphique 2.10).

La croissance a profité de la vigueur soutenue
de l’économie intérieure
Graphique 2.10 - Croissance des dépenses de consommation réelles et de l'investissement des entreprises réel. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

C’est ainsi que la demande intérieure réelle et le PIB réel dépassent nettement tous deux les niveaux d’avant la récession au Canada. Il s’agit du meilleur résultat à l’échelle du G-7 (graphique 2.11).

Le niveau de l’activité économique au Canada est nettement
plus élevé qu’avant la récession; il s’agit du meilleur résultat
à l’échelle du G-7
Graphique 2.11 - Variations du PIB réel depuis le somment atteint avant la récession / Variation de la demande intérieure privée réelle depuis le sommet atteint avant la récession. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

La reprise vigoureuse de l’économie canadienne a profité des mesures de stimulation énergiques contenues dans le Plan d’action économique du Canada, de la solidité des facteurs économiques et financiers fondamentaux et de cadres judicieux de politique budgétaire et de politique monétaire, qui ont alimenté une forte remontée des dépenses de consommation et de celles des entreprises.

La performance de l’économie canadienne au cours de la crise économique et financière mondiale de 2008 et 2009 démontre la valeur de son régime flexible de ciblage de l’inflation, jumelé à une politique budgétaire prudente et à un solide système financier. Ce régime a contribué à la stabilité et à la certitude du contexte économique, soutenant ainsi la confiance des consommateurs et des entreprises. Tout au long de la crise, ce régime a en outre permis à la Banque du Canada d’appuyer la croissance et la création d’emplois en abaissant les taux d’intérêt et en prenant l’engagement conditionnel de maintenir des taux bas pendant une longue période, tout en gardant les attentes à l’égard de l’inflation bien ancrées.

Compte tenu des avantages prouvés du régime flexible de ciblage de l’inflation, le gouvernement et la Banque du Canada ont convenu de le reconduire pour cinq ans et de maintenir la cible de maîtrise de l’inflation à 2 %, soit le point médian d’une fourchette de contrôle de l’inflation allant de 1 % à 3 %. Grâce à cet engagement, les Canadiens continueront de profiter d’une inflation faible, stable et prévisible.

Perspectives de l’économie canadienne 

Le ministère des Finances mène périodiquement des enquêtes auprès d’économistes du secteur privé afin de connaître leur opinion concernant les perspectives de l’économie canadienne. Les prévisions économiques exposées dans cette section sont fondées sur une enquête réalisée en septembre 2011, à laquelle ont participé 15 économistes du secteur privé.

L’enquête de septembre 2011 a été menée auprès d’économistes des institutions privées suivantes : la Bank of America Merrill Lynch, la Banque Royale du Canada, la Banque Scotia, BMO Marchés des capitaux, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Conference Board du Canada, Desjardins, la Deutsche Bank (Canada), la Financière Banque Nationale, IHS Global Insight, le Groupe Financier Banque TD, Marchés mondiaux CIBC, UBS Valeurs mobilières Canada, l’Université de Toronto (programme d’analyse politique et économique) et Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Une croissance plus faible de l’économie mondiale et, plus particulièrement, les attentes d’une croissance plus lente aux États-Unis ont incité les économistes du secteur privé à revoir à la baisse leurs prévisions quant à la progression du PIB réel au Canada depuis le budget de 2011. Les économistes prévoient maintenant une croissance de 2,2 % en 2011 et de 2,1 % en 2012 alors qu’ils anticipaient une hausse de 2,9 % et de 2,8 % respectivement au moment du dépôt du budget (tableau 2.1). Cette révision à la baisse tient compte d’une croissance nettement plus faible que prévu au deuxième trimestre de 2011 et de la croissance plus modérée que l’on entrevoit pour le deuxième semestre de 2011 et le premier semestre de 2012 (graphique 2.12). Les économistes s’attendent à une croissance modeste de l’ordre de 2,5 % à moyen terme. C’est ainsi que le niveau projeté du PIB nominal en 2015 est maintenant nettement inférieur à l’hypothèse de planification énoncée dans le budget de 2011.

Vu l’affaiblissement de l’économie mondiale, on s’attend maintenant à ce que la croissance à court terme soit plus modérée que prévu au moment du budget de 2011
Graphique 2.12 - Perspectives de croissance du PIB réel du Canada. Pour avoir des détails, reportez-vous au paragraphe précédent.

De pair avec la progression plus lente du PIB réel attendue, les économistes ont sensiblement abaissé leurs projections des taux d’intérêt pour toute la période de prévision. Les taux des bons du Trésor à 3 mois et des obligations du gouvernement à 10 ans devraient être inférieurs d’environ 100 points de base en moyenne entre 2011 et 2015 par rapport aux prévisions qui ont été établies dans le budget de 2011. Les économistes du secteur privé s’attendent aussi à ce que le dollar canadien demeure à moyen terme à parité avec le dollar américain.

Les économistes prévoient que le taux de chômage sera proche de ce qui était prévu à l’époque du budget, et ce, malgré les attentes d’une croissance moins vigoureuse. Ils considèrent encore que le taux de chômage devrait s’établir à 7,5 % en 2011 et à 7,2 % en 2012, et s’attendent à ce qu’il continue de baisser progressivement pendant la période de projection pour atteindre 6,4 % d’ici 2016.

Tableau 2.1
Moyenne des prévisions du secteur privé
  2011 2012 2013 2014 2015 2016 2011-2015
  (%, sauf indication contraire)
Croissance du PIB réel              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 2,9 2,8 2,7 2,5 2,5 2,7
Enquête de septembre 2011 2,2 2,1 2,5 2,5 2,5 2,3 2,4
Inflation du PIB              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 2,8 2,1 2,1 2,0 2,0 2,2
Enquête de septembre 2011 3,0 2,0 2,0 2,0 2,0 2,0 2,2
Croissance du PIB nominal              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 5,8 5,0 4,9 4,5 4,5 4,9
Enquête de septembre 2011 5,3 4,1 4,5 4,5 4,5 4,3 4,6
Niveau du PIB nominal (G$)              
Enquête de mars 2011 1 719 1 804 1 893 1 979 2 068
Hypothèse de planification budgétaire du budget de 2011 1 709 1 794 1 883 1 969 2 058
Enquête de septembre 2011 1 711 1 781 1 861 1 945 2 032 2 120
Écart entre :              
  Les enquêtes de mars et de septembre 2011 -8 -24 -32 -34 -36
  L’enquête de septembre et l’hypothèse
   de planification du budget de 2011
2 -14 -22 -24 -26
Taux des bons du Trésor à 3 mois              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 1,3 2,5 3,4 3,9 4,1 3,1
Enquête de septembre 2011 0,9 1,2 2,0 2,9 3,5 3,7 2,1
Taux des obligations du gouvernement
 du Canada à 10 ans
             
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 3,5 4,0 4,6 4,8 5,0 4,4
Enquête de septembre 2011 2,8 2,7 3,2 3,9 4,5 4,5 3,4
Taux de change (cents US/$CAN)              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 99,7 98,8 98,1 97,4 96,5 98,1
Enquête de septembre 2011 101,2 102,1 102,1 98,8 97,9 98,0 100,4
Taux de chômage              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 7,5 7,2 7,0 6,7 6,5 7,0
Enquête de septembre 2011 7,5 7,2 7,0 6,8 6,6 6,4 7,0
Inflation de l’indice des prix à la consommation              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 2,4 2,1 2,0 2,0 2,0 2,1
Enquête de septembre 2011 2,9 2,0 2,0 2,0 2,0 2,0 2,2
Croissance du PIB réel aux É.-U.              
Enquête de mars 2011 et budget de 2011 3,1 3,1 3,2 3,3 3,2 3,2
Enquête de septembre 2011 1,6 2,0 2,4 2,9 2,9 2,8 2,4
Sources : Budget de 2011; enquêtes de mars et de septembre 2011 du ministère des Finances auprès d’économistes du secteur privé

Évaluation des risques et hypothèses de planification 

Le 25 octobre 2011, le ministre des Finances a rencontré des économistes du secteur privé afin de discuter des perspectives économiques établies lors de l’enquête de septembre 2011, ainsi que des risques qui s’y rattachent. Lors de cette rencontre, ces économistes ont convenu que la moyenne des prévisions de l’enquête de septembre constituait un point de départ raisonnable de la planification budgétaire.

Les économistes ont signalé des risques tant d’amélioration que de détérioration des perspectives. Il est à noter que ces risques sont largement externes à l’économie canadienne.

Le principal risque négatif pour les perspectives que les économistes ont signalé est l’absence possible de réponse stratégique ferme à la situation de la dette souveraine en Europe, de sorte que le problème pourrait se propager aux principaux pays européens et, éventuellement, aux marchés mondiaux du crédit. Les économistes estiment encore que la probabilité de contagion à plus grande échelle est toutefois faible. Ils ont également signalé que l’économie américaine pourrait encore ralentir, ce qui aurait des conséquences négatives évidentes pour l’économie canadienne. Les économistes estiment que la viabilité de la situation financière aux États-Unis constitue à moyen terme le principal risque de détérioration.

Pour ce qui est de la situation intérieure, les économistes ont laissé entendre que l’économie pourrait encore baisser de régime si un choc externe devait faire augmenter le taux de chômage au Canada, ce qui pourrait inciter les ménages dont la dette est élevée à accélérer le remboursement de cette dernière.

Les économistes entrevoyaient toutefois la possibilité que l’économie mondiale croisse plus que prévu, surtout si les autorités européennes parvenaient à mettre en place un ensemble efficace de mesures pour contenir la crise de la dette souveraine dans les pays périphériques d’Europe. De fait, depuis la rencontre avec les économistes, les dirigeants européens ont annoncé des mesures destinées à contenir et à gérer la crise. La situation en Europe reste toutefois précaire et le problème sous-jacent des niveaux excessifs de la dette publique persiste.

Les économistes ont aussi mentionné des risques d’amélioration aux États-Unis, à condition que les autorités parviennent à concilier adéquatement le soutien à court terme de l’économie et l’assurance d’une viabilité à plus long terme en instaurant un plan crédible pour réduire les déficits budgétaires. Cela éliminerait en bonne partie l’incertitude qui pèse à l’heure actuelle sur l’économie mondiale, ce qui réduirait la volatilité des marchés financiers et favoriserait un regain de confiance.

Les prix mondiaux des principaux produits de base provenant du Canada sont d’importants déterminants de l’inflation du PIB, et donc, du PIB nominal. Les prix des produits de base correspondant à la moyenne des prévisions du secteur privé à l’égard de l’inflation du PIB sont plus élevés qu’à l’heure actuelle, ce qui entraîne un certain risque de détérioration du niveau du PIB nominal que projettent ces économistes, en particulier à court terme (tableau 2.2).

Tableau 2.2
Prix des produits de base d ’après les prévisions
de l’inflation du PIB de l’enquête de septembre 2011 auprès du secteur privé
  Prix actuel1 2011 2012 2013 2014 2015 2016
Prix d’après l’enquête de septembre 2011              
Indice des prix des produits de base (1997 = 100) 177 191 190 189 189 189 189
Pétrole brut (WTI, $US/baril) 93 99 99 99 98 98 98
Gaz naturel (Henry Hub, $US/MBTU) 3,5 4,3 4,2 4,2 4,2 4,2 4,2
Prix des contrats à terme récents1              
Pétrole brut (WTI, $US/baril)   94 92 90 89 89 90
Gaz naturel (Henry Hub, $US/MBTU)   4,1 4,1 4,6 5,0 5,2 5,5
1 Moyenne de la période de deux semaines terminée le 4 novembre 2011.

Aux fins de sa planification financière, le gouvernement a majoré l’ajustement en fonction du risque appliqué aux prévisions du secteur privé à l’égard du PIB nominal, par rapport à l’ajustement apporté dans le budget de 2011 pour les années 2011, 2012 et 2013. L’ajustement en fonction du risque s’établit maintenant à 20 milliards de dollars en 2011, à 30 milliards en 2012, à 20 milliards en 2013 et à 10 milliards les années suivantes (tableau 2.3). Les perspectives budgétaires sont présentées au chapitre 3.

Tableau 2.3
Hypothèse de planification de la mise à jour de 2011 concernant le PIB nominal
  2011 2012 2013 2014 2015 2016
  (G$)
Enquête de septembre 2011 auprès du secteur privé 1 711 1 781 1 861 1 945 2 032 2 120
Hypothèse de planification budgétaire de la mise à jour de 2011 1 691 1 751 1 841 1 935 2 022 2 110
 
Ajustement en fonction du risque -20 -30 -20 -10 -10 -10

Le gouvernement continuera d’analyser l’évolution de la situation économique et les risques connexes afin de déterminer s’il convient de maintenir cet ajustement en fonction du risque à l’avenir.


1 Tous les taux de croissance présentés dans ce chapitre sont annualisés, sauf indication contraire.

2 Certaines différences conceptuelles ont pour effet de gonfler le taux de chômage au Canada par rapport à celui des États-Unis. Statistique Canada classe notamment parmi les chômeurs les personnes qui recherchent un emploi de façon passive (p. ex., en lisant les petites annonces) ainsi que celles qui commenceront à travailler prochainement, alors que le U.S. Bureau of Labor Statistics exclut ces deux catégories dans ses calculs. De plus, la méthode de calcul canadienne tient notamment compte des personnes âgées de 15 ans, dont le taux de chômage est supérieur à la moyenne, tandis que la méthode utilisée aux États-Unis n’en tient pas compte.

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