Ottawa, le 3 mai 2012
2012-054
La chronique spéciale qui suit, signée par le ministre des Finances, Jim Flaherty, a été initialement publiée dans l'édition en ligne du 1er mai du The Daily Telegraph. Dans celle-ci, le ministre Flaherty demande aux pays de la zone euro de prendre rapidement des mesures énergiques afin de régler la crise de la dette en Europe et préconise l’utilisation équitable des ressources du Fonds monétaire international.
Par Jim Flaherty
Lors de la récente réunion du Fonds monétaire international (FMI), le Canada a refusé d’accorder davantage de ressources afin de soutenir la zone euro. Nous avons également soutenu que tous les pays débiteurs du Fonds devaient recevoir un traitement égal. Nous avons adopté ces positions parce que nous croyons qu’elles sont dans l’intérêt de la zone euro, du FMI et de la communauté internationale.
Nous avons toujours appuyé l’important rôle systémique du FMI de promouvoir la stabilité économique en accordant des prêts aux pays ayant épuisé les options disponibles à l’intérieur de leurs frontières et de placer ces pays sur le chemin de la viabilité au moyen d’interventions à durée limitée. Mais il n’appartient pas au FMI de se substituer aux gouvernements nationaux.
Pour que l’intervention du Fonds en Europe porte ses fruits, il faut des orientations et un plan directeur exhaustif permettant de rétablir la viabilité. On ne peut pas isoler la question de la viabilité de celle de l’avenir de l’Union monétaire européenne. À ce titre, il appartient à ses membres de prendre l’initiative de définir un plan directeur exhaustif et crédible. Pour cela, il faut aller au-delà des solutions graduelles et des vœux pieux. L’Europe a pris d’importantes mesures en ce sens grâce au pacte financier, aux réformes économiques et budgétaires en Italie et en Espagne, au coupe-feu renforcé, et aux récentes mesures de soutien des liquidités prises par la Banque centrale européenne. Il faut toutefois faire davantage afin de rétablir la viabilité de la zone euro et de corriger les déséquilibres systémiques internes qui menacent cette union monétaire.
Depuis 2008, et tout au long de la crise de la dette en Europe, je répète à mes homologues à l’étranger qu’il importe de surmonter le problème et de devancer les marchés. C’est ce qu’ont fait les États-Unis en 2008, et c’est ce que le Canada a fait en 2009 en adoptant des mesures de stimulation budgétaire à hauteur d’environ 4 % du produit intérieur brut sur deux ans, en réponse à une crise née à l’extérieur de nos frontières. Ces mesures ambitieuses ont porté leurs fruits. Les agences de notation ont confirmé la cote de crédit AAA du Canada, et nous sommes maintenant en bonne voie pour rétablir l’équilibre budgétaire à moyen terme. En revanche, les mesures adoptées par les pays de la zone euro n’ont pas permis de surmonter le problème. Cette approche hésitante a miné la confiance dans les autorités et s’est traduite par trop d’occasions manquées.
En fin de compte, ce sont les marchés qui décideront si les mesures sont adéquates. Il est inutile pour les politiciens de parler de confiance si les marchés continuent de leur retirer leur confiance. La confiance des marchés dans les autorités politiques ne sera rétablie que s’il devient évident que les politiciens sont disposés à envisager le problème dans son ampleur réelle, à se concentrer sur les véritables enjeux au lieu de miser sur des mesures accessoires comme la taxe sur les opérations financières, et à élaborer puis à exécuter un plan afin de régler ces questions.
La crise de la dette en Europe soulève aussi la question des ressources. La zone euro dispose des ressources nécessaires pour régler la crise de sa dette souveraine, mais ses membres ne sont pas prêts à s’engager à s’attaquer au problème. Dans ces conditions, les prêts du FMI ne peuvent pas se substituer adéquatement à un engagement sérieux de la part des pays de la zone euro à dénouer la crise.
La question de l’équité ne peut être esquivée. Les membres de la zone euro profitent d’une hausse des exportations et de prix stables. Ce n’est pas en répartissant les risques de la zone euro à l’échelle du globe, alors que ce sont principalement les membres de la zone euro qui bénéficient des avantages de cette zone, que l’on parviendra à régler cette crise. On ne peut pas s’attendre à ce que les pays hors Europe, dont les citoyens, dans bien des cas, jouissent d’un niveau de vie nettement plus bas, volent au secours de la zone euro. De plus, avec près de 400 milliards de dollars à sa disposition, le FMI a déjà les ressources nécessaires pour combler les besoins urgents.
Le mode de prestation du soutien du FMI doit aussi être équitable. Le Fonds a très bien réussi à dénouer des crises à l’aide de son modèle éprouvé d’accords de prêt à durée limitée, les pays débiteurs étant assujettis à des conditions strictes. C’est pourquoi j’estime que tous les pays qui empruntent au FMI devraient être traités de la même manière. Le Canada est d’avis que la conditionnalité devrait être déterminée exclusivement par le FMI, et non par la « troïka » que représentent le Fonds, la Banque centrale européenne et la Commission européenne. Si la zone euro souhaite obtenir de l’aide, ce n’est pas à elle qu’il revient de fixer les modalités d’octroi du soutien.
De plus, l’Europe contrôle 34 % des voix au FMI. Dans un tel contexte, la majorité simple requise pour que le Fonds investisse constitue un seuil relativement bas. Les marchés émergents jouent un rôle de plus en plus important au sein de l’économie mondiale. Le Canada a été l’un des premiers pays à constater cette nouvelle dynamique sur la scène internationale et à promouvoir une plus grande représentation des marchés émergents au FMI. Dans ce contexte, nous croyons que des mesures devraient être prises afin que les grandes décisions au sujet des ressources consacrées à l’Europe requièrent plus qu’une majorité simple.
Le Canada croit que la zone euro est en mesure de résoudre cette crise. Nous croyons également en un FMI solide et équitable, à la table duquel les économies émergentes peuvent prendre la place qui leur revient. C’est pour cela que nous avons décidé de ne pas accorder au FMI davantage de ressources pour la zone euro.
Jim Flaherty est ministre des Finances du Canada, et il est le ministre des Finances du G-7 ayant siégé le plus longtemps à ce groupe.