Le 30 mars 2012
Toronto (Ontario)
Je suis heureux d’être ici aujourd’hui et de pouvoir vous parler du budget fédéral.
La dernière fois que je suis venu ici, nous étions en novembre, et j’ai alors annoncé le lancement de nos consultations publiques précédant le budget. Pendant ces consultations, j’ai soulevé des problèmes, j’ai posé des questions et, par-dessus tout, j’ai écouté. J’ai entendu beaucoup d’opinions et reçu beaucoup d’information de la part de Canadiennes et de Canadiens de l’ensemble du pays.
Comme notre bilan financier est l’un des plus solides parmi les pays industrialisés, le gouvernement du Canada peut compter sur une solide fondation. Le Canada est l’un des deux seuls pays du G-7 à avoir recouvré tous les emplois perdus au cours de la récession mondiale de 2008-2009. En fait, depuis juillet 2009, l’économie a créé un total net de plus de 610 000 emplois.
De plus, selon le Forum économique mondial, nos banques sont les plus solides au monde, et le magazine Forbes a récemment classé le Canada au premier rang mondial pour son climat des affaires.
Le ratio de notre dette nette au produit intérieur brut demeure le moins élevé du G-7. Il a augmenté depuis la mise en œuvre du Plan d’action économique, mais je tiens à vous assurer qu’au rythme où vont les choses sur le plan budgétaire, ce ratio sera ramené à moyen terme à son niveau d’avant le Plan. De plus, l’Organisation de coopération et de développement économiques et le Fonds monétaire international prévoient que notre économie se classera parmi les premières des pays industrialisés au cours des deux prochaines années.
Voilà donc notre point de départ. Regardons maintenant notre objectif. Le budget met l’accent sur l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme pour le Canada. Comme nous formons un gouvernement majoritaire, nous pouvons, comme Sir John A. Macdonald a enjoint ses collègues du Cabinet de le faire il y a plus de 100 ans, nous projeter un peu dans l’avenir.
Ce budget établit nos objectifs à plus long terme. En 2006, 2007 et 2008, nous avons affiché des excédents que nous avons utilisés pour rembourser une tranche de 37 milliards de dollars de la dette publique. Ensuite, la crise est arrivée de l’extérieur de nos frontières, mais nous étions en position d’y répondre avec le Plan d’action économique, qui a constitué un très grand programme de stimulation de l’économie pour notre pays.
Pourquoi avons-nous agi ainsi? Tout simplement parce que nous vous avons écoutés. Je me souviens avoir rencontré, en décembre 2008, un groupe de gens d’affaires de Saskatoon qui me disaient à quel point les choses allaient mal dans l’économie réelle. Et je me souviens avoir parlé au premier ministre ce soir-là, et lui avoir dit que la situation était plus grave que nous le pensions, et que nous allions devoir afficher un déficit plus important que prévu. Puis, en 2009, nous avons déclaré un important déficit de plus de 50 milliards de dollars.
Nous l’avons fait parce que nous craignions que le taux de chômage dépasse la barre des 10 % au Canada, et nous voulions tout faire pour éviter cela. Nous voulions aussi garantir que le pays ne tomberait pas dans une récession prolongée. En fait, la récession a duré trois trimestres au pays.
Dans le Plan d’action économique, nous avons prévu des déficits, mais nous avons aussi incorporé une stratégie de sortie de façon à revenir graduellement à l’équilibre budgétaire et à notre situation d’avant la récession de 2008-2009. Je suis heureux de vous annoncer que nous sommes en voie de réaliser cet objectif.
Il s’agit d’un objectif important pour notre pays puisque, comme plusieurs pays comme la Grèce l’ont appris, si nous n’assainissons pas nos finances publiques, quand éclatera la prochaine crise, et elle éclatera certainement, nous ne serons pas en position de réagir, comme nous l’avons fait en position de force en 2008-2009.
Nous sommes donc en voie de rétablir l’équilibre budgétaire. Dans notre plus récent budget, nous avons dû réduire modestement les dépenses publiques. Il y aura des pertes d’emploi dans la fonction publique fédérale et certaines initiatives fédérales seront abandonnées. Comme la plupart d’entre vous dirigez des organisations, des programmes ou des initiatives, vous savez que ce ne sont pas tous les programmes qui sont conçus pour être permanents. Dans le secteur public, c’est un peu différent. Quand nous lançons un programme, sa fin n’est pas prévue. Il est donc important d’examiner régulièrement nos programmes afin de nous assurer qu’ils continuent d’atteindre les objectifs pour lesquels ils ont été conçus.
Malheureusement, environ 12 000 emplois seront perdus, si l’on ne compte pas l’attrition, mais cela, sur un effectif d’un peu moins de 400 000 employés. Les réductions des dépenses sont donc relativement modestes et elles nous aideront à revenir à l’équilibre budgétaire à moyen terme.
La viabilité financière est donc au cœur de nos préoccupations. Environ 25 % du budget du gouvernement du Canada représente des transferts versés aux provinces et aux territoires : il s’agit de la péréquation, du Transfert canadien en matière de santé et du Transfert canadien en matière de programmes sociaux. Pour disposer d’un plan à long terme financièrement viable, nous devons contrôler la croissance de cette large part des dépenses du gouvernement fédéral. Nous avons donc dit aux provinces, il y a plusieurs années de cela, que la péréquation augmenterait au même rythme que le produit intérieur brut (PIB) nominal, et c’est ainsi que nous avons fait les choses.
En décembre, j’ai dit aux ministres des Finances des provinces que le Transfert canadien en matière de santé croîtrait à un taux de 6 % jusqu’à la fin de 2016, et ensuite au taux de croissance du PIB nominal, mais jamais moins de 3 %, jusqu’à la fin de 2024. Vous constaterez que dans les budgets provinciaux déposés jusqu’ici cette année, aucune province ne prévoit augmenter ses dépenses en matière de santé à un taux de 6 %. Aucune d’elles n’augmente ses dépenses en santé au même rythme que le gouvernement fédéral. Pour sa part, le Transfert canadien en matière de programmes sociaux continuera de croître à son taux actuel de 3 % jusqu’à la fin de 2024.
Une autre partie de notre budget est constituée de transferts aux particuliers. Nous avons pris l’engagement de ne pas réduire ces transferts, tout comme nous avions promis de ne pas réduire les transferts aux provinces et aux territoires. Il n’y a donc aucune réduction dans ce domaine.
Le dernier aspect du budget porte sur les dépenses de programmes du gouvernement du Canada. C’est dans ce domaine que nous avons cerné 70 % des économies de 5,2 milliards sur trois ans au cours de notre examen des dépenses.
Nous avons donc assaini nos finances publiques, et nous avons un plan à long terme. Que faisons pour créer des emplois, favoriser la croissance économique et la prospérité à long terme au pays? Devrions-nous nous comparer aux pays d’Europe, où la croissance économique est stagnante? Ou plutôt aux solides économies émergentes d’Asie et d’Amérique du Sud? Je suggère que nous nous comparions à ces dernières au moment d’envisager la décennie.
Pour être concurrentiels, nous devons nous occuper de certains piliers de notre économie.
Premièrement, il y a l’innovation. Nous avons l’avantage de disposer du groupe de Tom Jenkins, que nous avons nommé l’an dernier, et qui nous a présenté son rapport il y a de cela quelques mois. Nous avons observé les principes du groupe dans le budget déposé hier en apportant certains changements au Programme de recherche scientifique et de développement expérimental. De plus, nous créons un important bassin de capital de risque, à hauteur de 400 millions de dollars, à la lumière des plus fructueuses initiatives d’autres pays liées au capital de risque.
Ensuite, nous devons procéder à une réforme de la réglementation. Le Canada a un énorme potentiel. De grands projets économiques sont lancés partout au pays, d’un océan à l’autre : l’hydroélectricité dans la région de l’Atlantique, le Plan Nord au Québec, la région du Cercle de feu, ici en Ontario, l’exploitation minière et pétrolière dans les Prairies et en Alberta, et l’exploitation minière et forestière en Colombie-Britannique. Des possibilités remarquables existent partout au pays. Nous croyons dans la protection de l’environnement, mais certains processus d’examen qui prennent trois, quatre, cinq et même six ans font que certains projets ne sont plus économiquement viables à la fin de l’examen. La durée de ces processus devra donc être limitée et se fonder sur le principe : un projet, un examen, dans des délais clairement établis. Nous ne voulons aucunement faire obstacle à la protection de l’environnement. Nous voulons simplement que les choses se fassent plus rapidement à l’avenir. Cette décision est d’une importance fondamentale pour l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme du Canada.
L’emploi constitue le troisième pilier. Nous affichons de meilleurs résultats que d’autres pays, mais la croissance de l’emploi est faible. Le budget prévoit donc des initiatives de formation pour les aînés, les jeunes Autochtones, les personnes handicapées et les personnes dont les compétences ne correspondent pas aux emplois disponibles. Nous nous occupons des effets dissuasifs du régime d’assurance-emploi afin d’encourager les gens à travailler. Par exemple, nous voulons faire en sorte que les travailleurs à temps partiel puissent continuer de recevoir des prestations d’assurance-emploi, et veiller à ce que les jeunes Autochtones disposent d’un plus grand éventail de possibilités de formation par l’entremise du programme d’assurance-emploi tout en continuant de toucher des prestations.
Le système d’immigration, qui ne met actuellement pas l’accent sur la croissance économique, constitue le quatrième pilier. Comme nous voulons attirer des personnes qui peuvent contribuer à l’économie canadienne, comme l’on fait des générations d’immigrants au fil des ans, nous allons réformer le système d’immigration.
Enfin, nous devons élargir le commerce. Nous avons conclu neuf accords de libre-échange. Nous sommes actuellement en négociation avec l’Union européenne et l’Inde. Et le Premier ministre vient d’annoncer que nous allons entamer des pourparlers avec le Japon et la Thaïlande.
Nous avons aussi dû composer avec le régime de revenu de retraite. Cela n’inclut pas le Régime de pensions du Canada, dont la solidité actuarielle est établie pour les 75 prochaines années. Nous avons toutefois dû modifier notre principal programme social, la Sécurité de la vieillesse (SV). Ce programme a été instauré à une époque où l’espérance de vie au Canada était de 69 ans pour les hommes, alors qu’elle est aujourd’hui de 79 ans. Pour les femmes, elle s’établit à 83 ans. Nous vivons désormais plus longtemps et en meilleure santé. Il s’agit là d’un progrès dont il y a lieu de se réjouir, mais nous devons également nous ajuster à cette réalité.
À l’instar d’autres économies avancées, qui haussent l’âge d’admissibilité à leurs programmes publics de pension, nous porterons graduellement l’âge d’admissibilité à la SV de 65 à 67 ans. Cela ne se fera toutefois pas avant longtemps, si bien que les gens qui ont 54 ans ou plus aujourd’hui ne seront pas touchés.
Nous augmentons l’âge d’admissibilité afin que ce très important programme social soit toujours disponible lorsque d’autres en auront besoin. Nous voulons assurer le maintien de ce programme à long terme.
Notre budget constitue donc un plan à long terme. Les gouvernements sont parfois accusés de ne pas avoir de vision pour l’avenir. Nous avons donc établi un plan pour la prochaine décennie et au-delà.
Nous avons une vision pour notre pays. Nous voyons le Canada au centre de l’échiquier mondial – avec un grand marché allié au sud, un continent riche de possibilités de l’autre côté de l’Atlantique et un monde en pleine expansion de l’autre côté du Pacifique. Nous voyons un Canada dont la richesse, bien qu’immense, sera ultimement mesurée en fonction du bonheur accru et de la plus grande sécurité de ses citoyens.
Nous voyons le Canada tel qu’il est et tel qu’il peut être : une belle et grande nation qui fait l’envie des autres pays, une nation forte et libre.
Merci beaucoup.