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Le 20 novembre 2009
Toronto (Ontario)

Archivé - Allocution de l'honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, devant le Canadian Club of Toronto et l'Empire Club of Canada

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Je tiens à remercier l'Empire Club et le Canadian Club de m'avoir invité à m'entretenir avec vous aujourd'hui.

Je souhaite aborder deux sujets aujourd'hui. En premier lieu, je ferai un retour sur ce qui a été une période difficile pour toute l'économie mondiale au cours de la dernière année. En second lieu, j'expliquerai les prochaines mesures que compte prendre le gouvernement pour assurer une reprise solide et une prospérité à long terme pour les Canadiennes et les Canadiens.

La dernière année a été marquée par une crise mondiale. Cette crise économique n'a pas débuté au Canada, mais dans de nombreux pays à l'échelle planétaire. Cependant, elle a eu de graves répercussions sur notre économie.

Plus tôt cette année, nous avons dû agir avec rapidité et détermination, alors que l'économie mondiale était chancelante et que le système financier international était au bord de l'effondrement. Cela a nécessité du leadership et de la discipline, et nous avons été obligés de faire des choix difficiles.

Nous avons été à l'écoute des Canadiens ainsi que des entreprises canadiennes, grandes et petites. Nous avons pris ensuite des mesures rapides et audacieuses.

Notre plan d'action économique donne des résultats. Aujourd'hui, certains indices semblent montrer qu'une reprise s'amorce. Toutefois, en dépit de ces premiers signes positifs, il y a peu de preuves d'une croissance solide et bien ancrée.

Nous avons donc encore beaucoup de défis à relever. Nous devons mettre en œuvre notre plan d'action économique dans son intégralité afin d'assurer la reprise. Ainsi, nous continuerons à faire preuve de leadership et de discipline ainsi qu'à prendre les décisions difficiles qui nous ont permis de nous engager sur la voie de la reprise.

J'aimerais vous parler de ce que nous avons accompli dans la dernière année. J'espère avoir assisté à ma dernière réunion internationale des ministres des Finances cette année. Il y a dix jours, j'étais à St. Andrews avec mes homologues du G20, et la semaine dernière je me trouvais à Singapour à une réunion avec mes collègues de l'APEC. Les ministres des Finances se sont réunis très fréquemment, comme l'ont fait nos dirigeants.

Nous avons dû agir avec détermination. L'économie mondiale, à laquelle nous participons tous, n'a pas eu à surmonter de plus grandes difficultés depuis la Seconde Guerre mondiale. Durant la dernière année, j'ai siégé à de nombreuses tables de conférence, où j'ai entendu les avertissements de banques trop importantes pour sombrer et qui sombraient pourtant, ou encore de marchés qui ne pouvaient prendre de l'expansion, car la confiance des investisseurs n'existait plus.

Je peux vous garantir que ces risques étaient réels. La catastrophe a pu être évitée, car nous avons pris des décisions que nous n'aurions jamais cru devoir prendre.

Par exemple, il y a environ 13 mois, le vendredi 10 octobre 2008, nous étions en plein milieu d'une campagne électorale fédérale, ici même au Canada. Le matin de cette journée-là, j'ai annoncé que des mesures seraient prises pour aider nos banques—comme l'achat de certains prêts hypothécaires assurés, l'octroi de liquidités aux banques et une tentative d'uniformiser les règles du jeu—car, vous vous en souviendrez, partout dans le monde, les gouvernements offraient divers types de soutien à leurs banques. Nous n'avons pas eu à utiliser l'argent des contribuables, contrairement à la plupart de nos alliés.

Le vendredi après-midi, j'ai rencontré le secrétaire au Trésor, Hank Paulson, et mes homologues du G7 à la salle du Trésor des États-Unis. La réunion a commencé par une déclaration selon laquelle nous nous retrouvions tous dans une position très précaire et devions faire preuve de franchise les uns envers les autres.

Nous avons déchiré le communiqué, puis avons discuté ouvertement. Pendant mes quatre années ou presque comme ministre des Finances, c'était la première fois que je participais à des échanges aussi francs et directs, et les États-Unis ont essuyé certaines critiques résultant du fait qu'ils aient permis à Lehman Brothers de faire faillite. Il y a eu aussi des critiques à l'endroit de certaines banques européennes qui étaient lourdement endettées et qui avaient participé à l'achat de certains des actifs qui se sont révélés par la suite être toxiques.

Nous avons tous convenu de la nécessité d'agir. On s'inquiétait du fait que les marchés soient fermés le lundi suivant. On craignait notamment que, tout particulièrement au Royaume-Uni, la fermeture de certaines banques entraîne une ruée vers les guichets des banques britanniques. Il y avait également certaines autres préoccupations aux États-Unis et en Europe.

Nous avons donc conçu un plan en cinq points. J'ai insisté auprès de certains de mes collègues pour que ce plan tienne en une page et que nous obtenions l'appui du G20, du FMI et de la Banque mondiale durant la fin de semaine. Et c'est ce que nous avons fait.

Voici les cinq points du plan :

  • Premièrement, nous ne permettrons pas que des institutions financières importantes au plan systémique puissent faire faillite.
  • Deuxièmement, nous mettrons tout en œuvre pour débloquer les marchés monétaires et du crédit.
  • Troisièmement, nous prendrons tous les moyens nécessaires pour rétablir la confiance et le crédit.
  • Quatrièmement, nous maintiendrons la confiance dans les programmes nationaux d'assurance et de garantie, quelle que soit la gravité de la crise.
  • Et finalement, nous relancerons les marchés secondaires de prêts hypothécaires et autres actifs titrisés.

Il ne s'agissait pas de vaines promesses. Le matin suivant, à 7 h, nous avons rencontré le président Bush, qui a exprimé son appui à notre plan immédiatement après la réunion. Ce samedi-là, nous avons tenu des réunions avec le FMI, la Banque mondiale, le G20 et les ministres des Finances des Amériques. Samedi soir, les principales économies avaient convenu de se conformer à ce plan en cinq points.

Cela a fonctionné. Il y a eu ouverture des marchés, et la situation s'est stabilisée la semaine d'après et dans les semaines à venir.

Nous étions pleinement conscients des conséquences que pourraient avoir ces engagements permanents. Cependant, nous avons choisi d'agir ainsi, car l'inaction aurait entraîné des coûts encore plus catastrophiques.

Après ces décisions difficiles, d'autres ont suivi.

Les dirigeants et les ministres des Finances des pays du G20 se sont réunis fréquemment dans la dernière année et ont continué d'appliquer ces principes de base, pour éviter que nous revenions en récession.

Un élément clé de ces efforts a été l'engagement de recourir à des mesures exceptionnelles de stimulation économique pour prévenir l'effondrement de l'économie. Voilà l'un des points dont tous les membres du G20 ont convenu. Les mesures de stimulation que nous avons prises au Canada jouent donc un rôle essentiel pour les membres du G20, qui ont tous mis en œuvre de telles mesures également. Comme je l'ai mentionné, il s'agit de l'année la plus difficile pour l'économie mondiale depuis la Deuxième Guerre mondiale. Nous sommes aux prises avec une récession planétaire synchronisée sans précédent.

Nous devions nous assurer que tous les pays mettent immédiatement en œuvre des mesures de stimulation utiles, et que la stimulation économique de tous les pays se fasse de façon synchronisée. Notre approche devait être suffisamment ambitieuse pour surmonter efficacement les effets d'une crise encore jamais vue. Le risque était de ne pas en faire assez, même au Canada. Et nous savions que nous allions enregistrer un déficit. mais quelle en serait l'importance? Nous courrions le risque de ne pas stimuler suffisamment l'économie canadienne, ce qui entraînerait le retour en récession.

Tous les pays ont donc dû prendre des décisions difficiles dans un très court laps de temps.

Nos discussions ont porté des fruits. Le monde a échappé de peu à la catastrophe. Même si l'économie mondiale est encore fragile aujourd'hui, le ralentissement s'est stabilisé à l'échelle planétaire.

Il ressort que, pendant la récession, le Canada a mieux réussi que la plupart des autres pays à traverser la crise. Grâce aux mesures que nous avions prises par le passé, nous étions en position de force au début de la crise.

Le Canada était bien préparé à affronter une crise mondiale, car il avait réduit sa dette lors de périodes de prospérité. Dans les trois années qui ont suivi son arrivée au pouvoir, le gouvernement a réduit la dette d'environ 38 milliards de dollars. Cela nous a placés en bonne position pour traverser la récession mondiale.

En octobre, le FMI a prévu que le ratio de la dette nette de l'ensemble des administrations publiques du Canada au PIB s'établirait à 28 % cette année. Si l'on se compare à nos partenaires du G7, on constate que le ratio de la dette nette au PIB est d'environ 60 % au Royaume-Uni et aux États-Unis, de près de 70 % en Allemagne et en France, et qu'il s'approche de 100 % ou dépasse ce taux au Japon et en Italie.

Fait plus important encore à signaler : le FMI prévoit aussi que le ratio de notre dette nette au PIB n'aura augmenté que de 1 % d'ici 2014. Dans les autres pays du G7, ce ratio s'élèvera en moyenne de 25 %.

Vous pouvez donc vous réjouir des résultats financiers du Canada. Nous nous en sortons relativement bien, même par rapport aux États-Unis. Il y a encore un trop grand nombre de personnes sans emploi au Canada, mais notre taux de chômage est d'environ 8,6 %, alors qu'il oscille autour de 10,2 % chez nos voisins du Sud. Nous n'avons pas constaté un écart de cette importance en faveur du Canada depuis une génération, soit depuis 1975.

De plus, les ménages et les entreprises du Canada sont en meilleure santé financière que ceux des États-Unis. Durant la crise, nos banques, nos autres institutions financières et notre régime réglementaire ont continué de retenir l'attention, et ce, pour les bonnes raisons.

Selon le Forum économique mondial, le système financier du Canada a été le plus stable au monde ces deux dernières années. Notre système a bien résisté à la crise. Nos institutions financières demeurent solides, bien capitalisées et moins endettées que celles d'autres pays.

La prudence dont nous avons fait preuve durant les périodes de prospérité nous a procuré un avantage financier réel lorsque la crise est survenue. Elle nous a permis de mettre sur pied l'un des plus importants ensembles de mesures de stimulation économique parmi les pays du G20, sans pour autant hypothéquer l'avenir de nos enfants.

Lorsque la situation l'a exigé, le gouvernement a agi de manière audacieuse en rédigeant un budget dans un temps record et en déposant, le 27 janvier dernier, le budget le plus hâtif de l'histoire du pays. Le Plan d'action économique de 61 milliards de dollars, estimé à environ 4 % du PIB en 2009 et en 2010, est allé bien au-delà de l'engagement que nous avions pris auprès du G20. Cela comprend les dépenses prévues par les provinces et les territoires en vue de relancer l'économie.

Et je le répète, vous pouvez être fiers de votre pays. Dans une période de crise, l'ensemble des provinces et des territoires ont collaboré avec le gouvernement du Canada pour mettre en œuvre des mesures de stimulation générales, car ils savaient qu'il était essentiel de le faire. Les mesures prises au Canada sont les plus importantes parmi les pays du G7, et elles figurent au nombre des plus importantes parmi les pays du G20.

On a conçu le Plan d'action économique pour qu'il ait un effet dynamisant immédiat sur l'économie nationale, sans jamais perdre de vue l'avenir à long terme du pays. Il comprend des allégements fiscaux permanents et de l'aide aux chômeurs. Nous avons persévéré dans cette voie, car nous avons été témoins de ce que vivent les travailleurs de longue date qui perdent leur emploi. Voilà pourquoi nous avons augmenté les prestations. Le Plan prévoit la création de nouveaux emplois et la protection d'emplois existants grâce aux mesures suivantes : des dépenses d'infrastructure massives à l'échelle du pays; des investissements dans l'innovation par l'amélioration de l'infrastructure des collèges et des universités et par un soutien à la recherche et au développement technologique; une aide aux industries et aux collectivités les plus touchées par le ralentissement économique mondial, y compris les secteurs de l'automobile et de la foresterie; et un accès accru à un financement abordable pour les entreprises et les ménages canadiens.

Le Plan d'action économique a fait plus cela et plus que tout autre budget auparavant. Nous n'avions pas le choix.

Après avoir préparé le budget le plus hâtif de l'histoire du Canada, nous l'avons mis en œuvre sans perdre de temps. Comme mentionné dans le Troisième rapport aux Canadiens, 90 % du financement lié aux mesures de stimulation prévues dans le Plan d'action pour l'année en cours avait été engagé en septembre 2009.

Tous les éléments du Cadre de financement exceptionnel étaient en place moins de cinq mois après le dépôt du budget. Les réductions de l'impôt sur le revenu des particuliers et la bonification des prestations d'assurance-emploi sont en vigueur depuis avril. En septembre, on avait recensé 7 500 projets d'infrastructure, et plus de 4 000 de ces projets sont déjà en cours. Il ne fait aucun doute que ce processus de vaste portée, que nous avons mis en œuvre rapidement, a aidé à stabiliser l'économie canadienne.

Où en sommes-nous maintenant? Notre marché du logement est en croissance. Les ventes d'automobiles augmentent. Le marché de l'emploi, bien qu'il soit encore beaucoup trop faible, semble s'être stabilisé. Selon Statistique Canada, la croissance des investissements en capital du gouvernement a presque doublé dans le deuxième trimestre de 2009, après avoir affiché une tendance à la baisse depuis plus d'un an.

À l'échelle internationale, on a estimé que le Plan d'action économique venait au bon moment et qu'il était vaste, bien diversifié et bien structuré pour avoir une efficacité maximale. Tout juste la semaine dernière, le FMI a conclu que la résilience du Canada durant la crise mondiale était attribuable à des politiques fortes et crédibles, qui ont été mises en œuvre au moment où l'on en avait le plus besoin.

Le dernier rapport de cette année sur les mesures de stimulation, soit le Quatrième rapport aux Canadiens, sera déposé au début de décembre. Le Plan d'action économique produit des résultats tangibles pour les collectivités à l'échelle du Canada. Il protège et crée des emplois, il investit dans la construction et l'amélioration de l'infrastructure essentielle et de logements, ce qui se traduit par des avantages à long terme, et il maintient le Canada en tête du peloton mondial grâce à un régime fiscal concurrentiel.

En 2013, grâce à la collaboration de la plupart des provinces, le taux combiné d'imposition du revenu des sociétés dans la plupart des régions du Canada s'établira à 25 %. Le gouvernement fédéral a amorcé le mouvement avec un taux d'environ 22 %, qui sera ramené à 15 % d'ici 2012-2013. Le taux sera de 10 % ou moins à ce moment-là dans la plupart des provinces. C'est ainsi que le taux combiné d'imposition du revenu des sociétés sera de 25 % dans la majeure partie du pays en 2013, y compris en Ontario.

La mise en œuvre du Plan d'action économique s'échelonne sur deux ans, et la première année n'est pas encore achevée. Ainsi, en préparant le budget de l'an prochain, il ne fait aucun doute pour moi que nous maintiendrons le cap et que nous poursuivrons la mise en œuvre du Plan jusqu'au début de 2011, selon ce qui a été prévu à l'origine.

Je suis convaincu que certains demanderont au gouvernement de dévier de la voie qu'il s'est tracée. Cela fait totalement abstraction de tout ce que notre plan a permis de réaliser jusqu'à maintenant.

Nous n'avons pas l'intention de modifier quoi que ce soit pour l'instant. Nous traversons une période cruciale. Changer d'approche maintenant serait une erreur, et nous continuerons de suivre le plan que nous avons élaboré. De plus, cela équivaudrait à renier notre engagement à l'égard du G20, tandis que nos partenaires poursuivront la mise en œuvre de leurs mesures de stimulation en 2010.

C'est pourquoi, aujourd'hui, j'essaierai de vous expliquer le plus clairement possible ce en quoi consistera le budget fédéral de 2010.

Ce budget sera différent des budgets habituels. Il visera à achever la mise en œuvre des mesures de stimulation économique, qui sont parmi les plus importantes au monde et qui viennent s'ajouter aux mesures financières prises par d'autres pays du G20.

Le budget viendra en aide aux familles et aux entreprises canadiennes. Le Plan d'action économique donne les résultats escomptés, et nous poursuivrons sa mise en œuvre.

En d'autres mots, le budget de 2010 visera à mettre en œuvre la seconde année de notre plan d'action économique échelonné sur deux ans. Nous n'entreprendrons pas de nouvelles initiatives de dépenses importantes. Nous nous en tiendrons à ce qui a déjà été annoncé dans le Plan pour protéger et créer des emplois.

Hier, dans la publication la plus récente de ses perspectives économiques, l'OCDE indiquait que le Canada devrait s'engager le plus rapidement possible dans les dépenses qui ont déjà été annoncées. Selon le rapport, il faudrait s'abstenir de prendre des mesures additionnelles de stimulation de l'économie. Et je peux vous assurer que nous suivrons cette recommandation. Toujours selon le rapport, les gouvernements devraient plutôt préparer des plans d'assainissement des finances détaillés, crédibles et à moyen terme, qui seraient annoncés sous peu et mis en œuvre une fois la reprise bel et bien amorcée.

Nous souscrivons à ce point de vue. Nous ne mettrons pas l'accent sur l'instauration de nouvelles initiatives et de mesures de stimulation additionnelles. Nous veillerons plutôt à ce que les mesures déjà annoncées soient mises en œuvre en vue de stimuler l'économie.

Nous maintiendrons le cap. Nous respecterons la promesse que nous avons faite aux Canadiens d'assurer une reprise forte et soutenue en appliquant intégralement l'un des ensembles de mesures de stimulation économique les plus ambitieux qui soit au monde. Ainsi, nous nous garderons de prendre des mesures exceptionnelles ou d'assumer des obligations qui ne sont pas assorties d'échéances précises, malgré les pressions qui pourront s'exercer sur nous.

Ronald Reagan, non sans une certaine perspicacité, a dit un jour que s'il est une chose sur cette terre qui se rapproche le plus de la vie éternelle, c'est bien un programme gouvernemental.. Il s'agissait là d'une observation tout à fait juste. Je n'ai aucunement l'intention d'incarner le genre de gouvernement dont parlait le président américain de l'époque.

Notre plan d'action économique résulte d'une réaction exceptionnelle à une situation exceptionnelle. Il ne durera pas éternellement.

Le Plan d'action s'accompagne d'une stratégie de désengagement fondée sur le fait que les mesures annoncées, si elles sont nécessaires, sont néanmoins provisoires. C'est-à-dire qu'elles seront en vigueur durant une période limitée, soit deux ans. Les mesures provisoires prendront fin comme prévu à la fin du prochain exercice, en 2010-2011, conformément aux prévisions concernant l'amélioration de l'économie.

Cependant, il n'est pas aisé de surmonter une crise mondiale, et il est également difficile de déterminer avec certitude quand elle prendra fin. Ce qui nous amène à notre prochain défi : nous préparer en vue de l'économie mondiale qui suivra la fin de la crise.

On s'attend généralement à ce que l'économie mondiale se relève à la suite du récent ralentissement, mais tous ne s'entendent pas sur la forme que prendra ce redressement. Le FMI prévoit que la reprise sera faible, parce qu'une grande partie des activités économiques qui avaient cours avant la récession n'étaient tout simplement pas viables et qu'elles seront abandonnées. Il ne fait aucun doute que cela complique notre planification budgétaire au-delà de 2011, étant donné que la reprise au Canada dépendra dans une large mesure de l'état de l'économie mondiale.

Puisque la reprise économique demeure incertaine, il faut tenir compte d'un tout nouvel ensemble de circonstances dans l'élaboration de notre stratégie de retour à l'équilibre budgétaire. Si nous agissons trop vite, nous risquons de provoquer un nouveau ralentissement économique. Si nous attendons trop longtemps avant d'agir, nous risquons de créer des déficits chroniques, soit le genre de déficits structurels qui accablent d'autres pays à l'heure actuelle et que les Canadiens ont réussi à éliminer au prix d'efforts soutenus.

À cela s'ajoutent certains autres défis, comme celui de s'assurer que nos entreprises continuent à innover et à être concurrentielles à l'échelle mondiale. Nous ne serons pas en mesure de surmonter les difficultés à moyen terme et de saisir les occasions qui s'offrent à nous si nous ne mettons pas de l'ordre dans les finances publiques.

Heureusement, comme je l'ai mentionné plus tôt, le Canada pourra relever les défis à moyen terme, parce qu'il part en position de force. Nous sommes dans une situation enviable comparativement à celle de la plupart des autres pays.

Par conséquent, bien que la récession mondiale nous oblige à enregistrer des déficits provisoires, le Canada continue d'afficher la meilleure situation financière parmi les pays du G7. Cet avantage financier continuera de nous être bénéfique dans plusieurs années, tout comme il l'était lorsque notre pays est entré en récession.

Comme je vous l'ai dit plus tôt, notre priorité sera la mise en œuvre du Plan d'action économique dans les semaines et dans les mois à venir. C'est ce que doit faire un gouvernement responsable.

Une fois que nous aurons déterminé avec certitude que la reprise s'est amorcée pour de bon, nous mettrons de l'avant notre plan visant à rétablir l'équilibre budgétaire à moyen terme. Notre engagement sera fondé sur les principes mêmes qui nous ont permis de mettre fin à la récession, soit le leadership, la discipline et la prise de décisions difficiles.

En cours de route, le gouvernement se gardera de faire certaines choses. Il n'augmentera pas les impôts. Il ne mettra pas en péril la tendance à la hausse des principaux transferts aux particuliers, c'est-à-dire nos aînés, nos enfants et les personnes qui reçoivent des prestations d'assurance-emploi. Et il ne réduira pas les transferts aux autres ordres de gouvernement.

Ce ne sera pas une tâche facile, mais une fois que le doute aura cédé la place à la certitude, le gouvernement sera prêt à relever ce prochain défi. Le gouvernement est résolu à faire les choix difficiles qui s'imposent dans les années à venir dans l'intérêt du Canada, de nos enfants et de nos petits-enfants.

Le budget de 2010 sera axé sur la mise en œuvre du Plan d'action économique en vue d'assurer la reprise au Canada. Lorsque celle-ci se sera amorcée, nous appliquerons avec fermeté notre stratégie de désengagement.

En premier lieu, nous mettrons fin aux mesures exceptionnelles et provisoires de stimulation, comme nous l'avons prévu dans le budget de 2009 présenté en janvier dernier. Le déficit prévu cette année est en grande partie attribuable à ces mesures.

Environ la moitié du déficit de cette année découle de mesures ponctuelles de stimulation et de l'aide fournie à l'industrie de l'automobile, ainsi que de mesures provisoires visant à accroître les prestations aux travailleurs sans emploi et à geler les cotisations d'assurance-emploi que doivent verser les particuliers et les entreprises. Quand ces dépenses provisoires prendront fin, nous nous rapprocherons de l'équilibre budgétaire.

En même temps, il y aura une reprise, bien que modeste, et l'économie recommencera à croître, tout comme les revenus du gouvernement. D'ici 2014–2015, nous prévoyons un faible déficit d'environ 5,2 milliards de dollars, qui pourra être géré.

Le moment venu, lorsque la reprise économique sera évidente et bien enclenchée, et, si cela est nécessaire, nous déterminerons les restrictions qu'il faudra appliquer à la croissance des dépenses pour rétablir l'équilibre budgétaire. Si nous devons limiter la croissance des dépenses, nous le ferons en temps opportun à même la tranche restante de 100 milliards de dollars consacrée aux dépenses de programmes fédérales qui, selon les prévisions, augmenteront de 3,3 % par année.

Un budget fédéral est composé de transferts aux provinces et aux particuliers. Au Canada, les transferts aux particuliers englobent, entre autres, les chômeurs, les enfants et les aînés. Et puis il y a la troisième grande catégorie de dépenses, soit les dépenses de programmes du gouvernement du Canada. Comme je viens de le mentionner, ces dépenses augmentent d'environ 3,3 % par année, et nous pouvons limiter ce taux de croissance au besoin, en fonction de l'importance de la croissance de l'économie canadienne à moyen terme.

Tandis qu'il met en œuvre le Plan d'action économique et qu'il planifie le retour à l'équilibre budgétaire, le gouvernement ne déroge pas de son engagement qui consiste à gérer les finances de façon responsable. Cela signifie qu'il respectera la promesse qu'il a faite aux Canadiens et à ses partenaires étrangers : veiller à ce que les mesures financières sans précédent donnent les résultats escomptés, ou jeter les bases d'une reprise solide et d'une prospérité réellement durable.

L'an prochain, cela signifie que le gouvernement devra ignorer les demandes visant à transformer les mesures de stimulation exceptionnelles et provisoires en programmes gouvernementaux permanents, et je sais déjà qu'elles seront nombreuses. Nous ne le ferons pas.

Cela signifie aussi qu'il faudra bien planifier le rétablissement de l'équilibre budgétaire, pour éviter qu'un soudain ralentissement de l'économie se traduise par un fardeau financier dont nous n'arriverons jamais à nous soulager.

Le chemin pour y arriver sera ardu. En fait, la dernière année dans son ensemble n'a été qu'une suite de difficultés.

Nous avons toutefois fait preuve de la discipline et du leadership voulus durant la crise pour trouver la voie de la reprise. Nous continuerons à faire preuve de discipline, et nous continuerons à prendre les décisions difficiles qui nous permettront d'arriver à bon port.

Je suis fier de tout ce qui a été accompli cette année, mais je suis également heureux de voir arriver la fin de 2009.

Qu'on ne se méprenne pas; une lourde tâche nous attend. Et en menant à bien cette tâche, nous continuerons d'influer positivement sur la vie des Canadiens maintenant, en 2010 et durant la prochaine génération.

Merci encore de m'avoir invité à prendre la parole devant vous aujourd'hui.