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Le 12 août 2009 – Beijing (Chine)

Archivé - Discours de l’honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, au Forum financier canadien

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Merci de cette très aimable présentation. Bonjour. Je suis très heureux d’être en votre compagnie ce matin et de prendre la parole dans ce pays. C’est la deuxième fois que je viens en Chine en qualité de ministre des Finances du Canada. Je suis également venu à l’époque où j’étais ministre des Finances de l’Ontario.

J’ai le plaisir d’être accompagné de personnes qui remplissent des rôles clés en matière de réglementation de l’économie canadienne, soit le gouverneur de la Banque du Canada et la surintendante des institutions financières. Tous deux s’adresseront à vous plus tard.

Nous sommes aussi accompagnés de certains des principaux chefs de file des institutions financières canadiennes, entre autres des domaines de l’assurance-vie et des banques. Je me réjouis de la présence de Tiff Macklem, sous-ministre délégué principal des Finances, ainsi que de notre nouvel ambassadeur en Chine, David Mulroney.

J’aimerais vous entretenir ce matin des mesures prises par le Canada en réaction à la crise financière des dernières années. Je souhaite aussi discuter des relations que le Canada et la Chine ont tissées au fil du temps. Enfin, je parlerai du G20, du G7 et de ce que nous entendons accomplir au cours de la prochaine année.

Notre mission actuelle en Chine s’inscrit dans la foulée de l’engagement qui unit nos pays depuis de nombreuses années. D’ailleurs, il se trouve que je suis né dans une collectivité canadienne qui s’appelle Lachine. L’explorateur français La Salle pensait bien avoir atteint la Chine quand il venait en fait de découvrir Montréal; mais il faut comprendre que cela se passait au 17e siècle, ce qui peut expliquer pourquoi il a raté sa cible de quelques milliers de kilomètres.

Comme je le disais, l’engagement qui unit nos deux pays date de longtemps. Actuellement, notre but consiste à élargir cette relation entre le Canada et la Chine ainsi qu’à resserrer nos liens d’amitié et nos liens économiques, en particulier au niveau du secteur financier.

Ceci m’amène à fournir quelques précisions sur la manière dont le Canada a su affronter la crise économique mondiale des dernières années. Je voudrais expliquer comment le Canada en vient également à exercer un leadership dans l’optique de l’avenir. Notre pays joue un rôle d’avant-plan dans le cadre des efforts visant à s’assurer que le système mondial soit plus solide que jamais lorsqu’il émergera des perturbations actuelles.

Il faut reconnaître les liens financiers qui ont réuni nos deux pays jusqu’ici. Bien sûr, sur le plan géographique, une grande distance sépare le Canada et la Chine, mais cela ne les a pas empêchés par le passé d’exercer une profonde influence l’un sur l’autre. Environ un million de Chinoises et de Chinois ont immigré au Canada au cours du dernier siècle, et leur apport à notre pays a été important. Ils incarnent des valeurs canadiennes dont nous sommes fiers – la tolérance et la générosité.

Le Canada a aussi contribué à la glorieuse histoire de la Chine. Les missionnaires canadiens ont bâti des hôpitaux et des écoles dans ce pays il y a plus de 40 ans déjà, et le médecin Norman Bethune est célèbre pour le travail qu’il a accompli en Chine en 1938 et en 1939.

Je tire une grande fierté du fait que malgré les fortes pressions qui s’exerçaient à l’époque, c’est un représentant d’un gouvernement conservateur canadien qui a négocié les premières ventes de blé à la Chine dans les années 1950.

Des sociétés comme la Sun Life et Manuvie sont à l’origine de réseaux économiques établis dans l’ensemble de la Chine il y a plus de 100 ans, tandis que Bombardier, SNC-Lavalin et beaucoup d’autres entreprises font des affaires prospères en Chine depuis des décennies.

La Chine est désormais l’un des principaux partenaires commerciaux du Canada. Nous sommes aussi devenus des partenaires économiques à titre de pays de la région du Pacifique par l’entremise de l’APEC.

Nous pouvons être fiers de notre longue histoire commune, que nous continuons d’approfondir dans l’intérêt des citoyens de nos deux pays. Bien que je sois ici depuis à peine quelques jours, j’ai déjà eu plusieurs rencontres très fructueuses avec des représentants de la Chine. J’ai aussi eu l’honneur de rencontrer le vice-premier ministre Li, ce qui peut donner une idée de l’importance que la Chine accorde à ses liens économiques avec le Canada. Ces liens sont importants. La crise économique mondiale a mis à l’épreuve le cadre financier en place dans tous les pays, dont les nôtres. Je suis fier de pouvoir dire que nos systèmes respectifs se sont révélés solides.

Au Canada, nous étions en bonne posture lorsque notre gouvernement est entré en fonction pour la première fois, au début de 2006. Nous avons su planifier en prévision d’une éventuelle récession. Depuis des années, le Canada a maintenu l’équilibre budgétaire, et nous avons réduit la dette publique. De fait, nous avons retranché environ 40 milliards de dollars canadiens de cette dette durant nos premières années au gouvernement, et c’est cette approche qui nous donne la capacité d’intervenir lorsque la conjoncture économique l’impose.

Nous sommes présentement en situation déficitaire; cependant, cette situation sera temporaire, contrairement à d’autres pays industrialisés où la dette continuera de croître sur une longue période. Pour notre part, nous serons en mesure de dégager de nouveau des excédents d’ici quelques années.

D’autres pays accumulent une dette de plus en plus lourde en période de récession – précisons que je parle ici de pays occidentaux –, ce qui affaiblit leur position financière et leur capacité de relancer leur économie.

Le Canada est cependant en meilleure posture. Nous comptons sur un secteur financier solide, et c’est un facteur important. Comme vous le savez, la crise financière a débuté en août 2007 aux États-Unis, et elle a été provoquée par les prêts hypothécaires à risque. Au Canada, il n’y avait pas eu de bulle immobilière de ce genre, et ce n’est pas un effet du hasard. Nos prêteurs sont plus prudents, et notre marché des prêts hypothécaires à risque était réduit.

Lorsque le président Obama s’est rendu à Ottawa le 19 février, il a vanté le système financier canadien et a déclaré que notre système pourrait servir d’exemple aux États-Unis. Des chefs de file du Congrès m’ont fait part de la même opinion lors d’une rencontre récente à Washington. Des institutions internationales comme le Forum économique mondial et le Fonds monétaire international (FMI) estiment aussi que le Canada est un modèle à suivre en prévision de l’avenir.

Le 10 mai 2009, le magazine Asian Banker a décerné au Bureau du surintendant des institutions financières du Canada la distinction de l’organisme de réglementation du secteur bancaire le plus admiré de l’extérieur des régions de l’Asie-Pacifique et du Golfe. Je suis sûr que la surintendante, Julie Dickson, est fière, et à juste titre, de cette marque de reconnaissance. Je tiens à lui faire part à mon tour de tout le bien que je pense du travail qu’elle accomplit.

Passons maintenant à la situation budgétaire. De tous les pays du G7, c’est le Canada qui jouit de la position la plus solide. Selon le FMI, le Canada est le pays du G7 qui devrait connaître la contraction économique la moins marquée cette année et qui devrait enregistrer la plus forte croissance économique l’an prochain. Je précise qu’il est question ici d’une croissance limitée, modeste, mais c’est tout de même une reprise de la croissance.

Cette solidité financière a été précieuse pour le Canada. Elle nous a notamment donné les moyens d’exercer une influence allant bien au-delà de la taille de notre économie, dans le cadre de la démarche collective visant à redresser le système financier mondial.

Les succès du Canada ont donné du poids à nos positions sur les tribunes internationales au cours de la dernière année, et nous n’avons pas hésité à nous prévaloir de cet avantage. Le Canada a prêché par l’exemple. Il avait déjà joué un rôle central dans la création du G20. Nous pensons qu’il est essentiel d’établir des liens avec les marchés émergents comme la Chine. J’ajouterai que nous faisons valoir depuis longtemps que la représentation de pays comme la Chine au sein du FMI devrait être un reflet de la taille de leur économie.

Lors du sommet du G20 qui s’est déroulé à Washington en novembre dernier, nous avons transmis un message tout à fait clair, appuyé par un système qui est resté solide pendant que d’autres éprouvaient de plus grandes difficultés. Ce message était le suivant : une saine réglementation commence à l’intérieur des frontières nationales. Chaque pays doit régler ses propres problèmes car, au sein d’un système financier mondial intégré, nous subissons tous le contrecoup des erreurs commises par les autres.

Par suite du sommet de Washington, en novembre, on a demandé au Canada de coprésider les travaux du groupe de travail du G20 sur l’amélioration de la réglementation et de la transparence. Nous nous sommes acquittés de ce mandat de concert avec l’Inde. Le rôle de coprésident pour le Canada a été confié à Tiff Macklem, sous-ministre délégué principal au ministère des Finances du Canada, qui m’accompagne aujourd’hui.

Le rapport du groupe de travail a été présenté aux ministres des Finances du G20 lors de notre plus récente réunion, en avril dernier à Londres, et il a été endossé par les dirigeants du G20.

La Chine a contribué de façon très constructive à ces travaux. Les représentants chinois ont été très actifs et leur contribution a été fort utile à plusieurs égards.

J’aimerais en passant préciser que je suis heureux de l’adhésion de la Chine au Conseil de stabilité financière, dont les rangs ont été élargis. Je prévois que la Chine continuera d’offrir un apport notable au sein de cette institution.

Les membres du groupe de travail du G20 ont convenu que la seule assise garantissant la viabilité du processus de mondialisation et une plus grande prospérité pour tous consiste en une économie mondiale ouverte qui repose sur les principes du marché, une réglementation efficace et des institutions internationales solides. Voilà la marche à suivre si nous visons la stabilité internationale. Un large consensus a été dégagé à l’échelle mondiale concernant les mesures budgétaires. Nous avons assumé nos responsabilités en lançant une campagne nationale sans précédent, ce qui était nécessaire pour relancer la croissance économique.

Les mesures de relance contenues dans notre budget de cette année allaient bien au-delà des objectifs mis de l’avant par le G20 et le FMI. En ce qui a trait à la valeur totale des mesures de stimulation budgétaires prises à l’échelle nationale, le Canada se situe parmi les premiers pays du G20.

Nous avons été en mesure d’exercer un leadership sur la scène internationale, et nous entendons bien continuer de le faire.

Le Canada présidera les travaux du G7 et du G8 l’an prochain, alors que la présidence du G20 sera assurée par la Corée du Sud. Il est important que les pays travaillent de concert, et c’est précisément ce que nous faisons. Le Canada et la Chine ont des intérêts communs, par exemple l’ouverture commerciale et la stabilité financière à l’échelle mondiale. Nous pouvons, et nous devons, collaborer afin d’exercer un leadership à ce chapitre dans des tribunes comme le G20.

Le G20 continuera de mettre l’accent sur les efforts planétaires visant à surmonter la récession. Cela diffère quelque peu des efforts que mène le Canada au sein du G7, comme vous le savez sans doute. Ce sont les économies avancées qui sont à l’origine de la crise. Dans le cadre des travaux du G7 de l’année prochaine, nous porterons notre attention avant tout aux mesures requises de la part, tout particulièrement, des économies avancées pour prévenir toute nouvelle crise du même genre dans l’avenir.

Si les années 2008 et 2009 nous ont appris ce qu’il faut éviter de faire, 2010 peut nous montrer la marche à suivre pour connaître la prospérité sur l’ensemble du globe. Nous élaborons collectivement les mesures à long terme qui conduiront à la reprise et qui aideront le monde à éviter de nouvelles crises.

En conclusion, bon an mal an, vous pouvez compter sur le Canada, sur la stabilité de notre pays, de notre réglementation financière et de nos institutions financières. Je suis confiant qu’il en sera toujours ainsi, et surtout aux heures de grande incertitude. Je vous cède maintenant la parole, et je suis heureux de voir tant de gens avec qui discuter des relations entre la Chine et le Canada.

Merci.