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Le 26 mars 2009

Archivé - Discours prononcé par l'honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, à la conférence annuelle de l'Institut d'études canadiennes de McGill

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Montréal (Québec)

Je suis heureux d'être ici ce soir. Je suis impatient de vous faire part d'une partie des travaux que nous avons accomplis et de certaines des mesures que nous avons prises ces derniers mois, pour illustrer comment se déroulent le processus décisionnel ou l'élaboration des politiques publiques en temps de crise.

Le titre de la présente conférence, « Une crise des politiques publiques? », est très bien choisi. J'ai déjà prononcé des discours sur des sujets plus réjouissants, mais rarement sur un thème d'une actualité aussi brûlante.

J'espère que mon allocution de ce soir vous aidera à mieux comprendre le processus d'élaboration des politiques publiques qui a cours au Canada, particulièrement en temps de crise. Il y a certainement ici, ce soir, des gens qui ont participé à ce processus. Établir un budget, c'est vraiment élaborer des politiques publiques, au sens large du terme. Au Canada, ce processus fait appel à un grand nombre de personnes, mais je vais tenter de vous livrer mon point de vue, en tant que ministre des Finances.

Permettez-moi de vous indiquer d'abord à quel point nous en sommes, puis comment nous sommes arrivés à ce point. Le 1er avril, notre gouvernement sera autorisé à engager des dépenses de quelque 20 milliards de dollars afin de stimuler l'économie. Il pourra le faire parce que le premier projet de loi budgétaire a franchi toutes les étapes nécessaires à la Chambre des communes et au Sénat, avant de recevoir la sanction royale, le 12 mars.

Ces 20 milliards de dollars comptent pour près de 90 % des mesures de stimulation comprises dans le Plan d'action économique du Canada. Au cours d'une récession mondiale synchronisée et sans précédent, c'est le type d'aide et la quantité d'aide dont l'économie canadienne a besoin.

Je suis revenu il y a 10 jours d'une réunion des ministres des Finances et des dirigeants des banques centrales des pays membres du Groupe des Vingt (G20), qui a eu lieu dans le Wessex, au Royaume-Uni. La semaine prochaine, le premier ministre se rendra au sommet de Londres, qui réunira les dirigeants du G20 et auquel je participerai également. Le sommet sera très important pendant la crise que nous traversons. En effet, on y discutera d'un plan pour stabiliser les marchés financiers, c'est-à-dire pour régler les problèmes que connaissent les banques – pas les banques canadiennes, qui se portent bien, mais certainement les banques américaines et certaines banques européennes –, pour rétablir les flux du crédit et pour soutenir la croissance de l'économie mondiale.

Une récession synchronisée à l'échelle mondiale correspond sans doute à la définition d'une crise, ce qui me ramène au thème de votre conférence, « Une crise de l'élaboration des politiques publiques ? ». C'est une question très juste à poser à l'heure actuelle, car il s'agit bel et bien de créer des politiques publiques en pleine crise.

La situation mondiale est sans précédent, elle évolue rapidement, et elle est parfois très préoccupante. Notre pays n'est pas isolé, et cette situation a des effets au Canada. Des travailleurs canadiens perdent leur emploi, et le chômage s'accroît. Cela inquiète beaucoup l'ensemble des Canadiennes et des Canadiens, et notamment les titulaires de charges publiques. Des familles, des entreprises et des collectivités sont frappées. De toute évidence, nous nous trouvons dans une période de crise.

Mais peut-on affirmer que l'élaboration des politiques publiques est en crise? Je répondrais par la négative. Les décisions qu'a prises le gouvernement tiennent compte de la situation actuelle et visent à y réagir. Nous devons prendre dès maintenant les mesures qui s'imposent pour protéger les Canadiens dans le contexte des bouleversements en cours, mais nous devons garder à l'esprit que, pour agir dans le meilleur intérêt des Canadiens et de l'économie canadienne, il faut également adopter une vision à long terme. Tandis que nous prenons des mesures pour remédier aux problèmes immédiats comme le chômage et les besoins de recyclage dans certains secteurs, nous nous assurons de ne pas perdre de vue nos objectifs à long terme énoncés dans Avantage Canada. En fait, les choix que nous avons faits et ceux que nous ferons en vue de remédier à la crise actuelle doivent tenir compte de ces objectifs.

Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir en 2006, nous nous sommes vite rendu compte que le gouvernement précédent n'avait pas établi de plan à long terme pour l'économie canadienne. Nous nous sommes attaqués à cette question et, en octobre 2006, nous avons publié Avantage Canada, un plan à long et à moyen terme dont nous avons tenu compte pour prendre les mesures incluses dans chacun des budgets établis par la suite.

Le budget de 2009 constitue une réponse détaillée au grand défi qu'il nous faut relever, soit la perte de confiance découlant de la crise mondiale des liquidités, qui nuit aujourd'hui gravement à notre économie. Les budgets comportent beaucoup de chiffres et de nombreux graphiques, mais il s'agit en fait de documents complets de politique publique. C'est particulièrement le cas du budget de cette année, le Plan d'action économique du Canada.

Un projet de loi budgétaire contient habituellement des mesures fiscales. Le premier projet de loi budgétaire de cette année accorde effectivement des allégements fiscaux d'environ 20 milliards de dollars en vue de stimuler l'économie, mais il prévoit aussi des dépenses, toujours en vue de stimuler l'économie. Il s'agissait d'un pas important à franchir, qui a nécessité une période de réflexion de la part de l'opposition, mais celle-ci a finalement reconnu qu'il fallait prendre les mesures que nous proposions.

Le projet de loi est maintenant adopté. Nous disposons également d'une somme additionnelle de 3 milliards de dollars que nous pourrons dépenser dans les prochains mois, avec l'approbation du Conseil du Trésor. Ces fonds sont d'une importance cruciale. Ils doivent être dépensés dès maintenant au Canada. Il serait dommageable que les mesures de stimulation de l'économie ne soient mises en œuvre que dans un ou deux ans, parce qu'elles pourraient alors faire hausser l'inflation. Nous avons donc vivement insisté, devant un comité du Sénat, pour que ces mesures soient prises immédiatement. Elles ont pu l'être, et nous pouvons remercier le Sénat pour cela.

L'appareil gouvernemental est imposant, et il n'est donc pas facile pour le gouvernement d'agir rapidement. Il existe des processus efficaces visant à s'assurer que les dépenses de fonds publics font l'objet d'un contrôle adéquat. Mais, en même temps, il y a un risque plus grand et, à mon avis, plus menaçant : le risque que la situation économique s'aggrave si nous ne prenons pas les mesures qui s'imposent, qu'un plus grand nombre de Canadiens perdent leur emploi et que nous n'ayons pas les fonds requis pour faciliter leur recyclage. Ce risque pour le Canada et les Canadiens est plus important que celui de commettre peut-être quelques erreurs dans le financement visant à stimuler l'économie.

Revenons maintenant en arrière. En août 2007, les ministres des Finances et les dirigeants des banques centrales s'étaient réunis en Australie. À mon retour de cette réunion, j'ai reçu un coup de fil de Hank Paulson, qui était alors secrétaire au Trésor des États-Unis. Nous avons notamment discuté de la situation des prêts hypothécaires à risque dans son pays. D'après moi, il ne s'agissait pas de la source du problème, mais plutôt de sa manifestation : il devenait alors évident que les marchés du crédit étaient aux prises avec un problème de taille.

À l'automne 2007, cela n'avait pas encore de répercussions véritables dans les économies réelles. Les États-Unis s'inquiétaient à ce moment de l'éclatement de la bulle immobilière. Dans son Rapport sur la politique monétaire d'octobre 2007, la Banque du Canada prévoyait une croissance de l'économie aux États-Unis de 1,9 % en 2007, de 2,1 % en 2008 – on parle ici du produit intérieur brut (PIB) réel – et de 3 % en 2009. Vous pouvez voir à quel point les choses ont changé en très peu de temps.

La Banque du Canada prévoyait alors une croissance de l'économie canadienne de l'ordre de 2,6 % en 2007, de 2,3 % en 2008 et de 2,5 % en 2009. Selon ses prévisions, le prix du baril de pétrole brut allait se situer à près de 80 $US au début de 2008, avant de reculer pour se fixer à environ 74 $US en 2009.

Toujours à l'automne 2007, je me suis rendu à New York pour y rencontrer les dirigeants de diverses banques d'investissement. Le discours dominant était que la situation durerait six mois et se résorberait. Il s'agissait d'une crise du crédit, d'un problème touchant les marchés financiers, qui n'aurait aucune incidence sur l'économie réelle. Tout allait rentrer dans l'ordre dans environ six mois. Comme vous le savez, il en a été autrement.

En 2008, la crise du crédit s'est aggravée. Des faillites bancaires se sont produites aux États-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne, et on a commencé à observer un certain ralentissement dans les économies réelles.

Malgré cela, quand je consulte mes notes d'août 2008, je constate que mon ministère affirmait que nous allions afficher un excédent budgétaire, comme il était alors légitime de le croire. La croissance était stationnaire, mais nous nous dirigions tout de même vers un excédent pour l'exercice qui se terminera dans quelques jours. Les retombées de la crise américaine commençaient à se faire sentir ailleurs dans le monde, mais il s'agissait alors seulement d'une stagnation de l'économie, observable dans tous les pays du Groupe des Sept (G7). Je le répète, il y avait un certain ralentissement de l'économie mondiale, mais personne ne prédisait une récession pour le Canada. Voilà où nous en étions en août dernier.

Notre journée de réflexion annuelle a eu lieu les 19 et 20 août 2008, et j'y ai convié d'éminents Canadiens afin qu'ils me prodiguent leurs conseils. Nous avons discuté de la situation du logement des États-Unis – qui n'avait pas encore atteint le creux de la vague –, du soutien aux entrepreneurs, de certaines idées de réformes fiscales touchant les gains en capital, les investissements dans l'environnement et l'amortissement accéléré, mais nous n'avons pas tellement parlé de l'économie canadienne.

C'était il n'y a pas si longtemps, je le rappelle. À la fin de la rencontre, il ressortait que nous étions sur la bonne voie et que nous devions essentiellement maintenir le cap. Personne ne prévoyait alors que le Canada entrerait en récession.

En septembre 2008, l'élection fédérale a été déclenchée, le scrutin devant avoir lieu le 14 octobre. Au cours du mois, les contacts téléphoniques entre les ministres des Finances du G7 ont commencé à se multiplier. Nous avions l'habitude de nous parler assez souvent, mais les échanges devenaient plus fréquents en raison des préoccupations relatives à la stabilité du système financier international, particulièrement aux États-Unis.

À la fin de septembre, Hank Paulson, qui était alors secrétaire au Trésor, a proposé un plan visant l'acquisition d'actifs non liquides par le gouvernement des États-Unis. Certains d'entre vous savent de quoi je parle, j'en suis sûr, compte tenu des annonces faites cette semaine au sujet des actifs toxiques. L'expression « actif toxique » n'existait pas à ce moment, et nous parlions d'actifs non liquides. Quoi qu'il en soit, il reste encore de ces actifs à certains endroits, et nous devons continuer de nous occuper de ce problème en vue d'assainir la situation des banques.

Au début d'octobre, les ministres des Finances des pays du G7 mentionnaient dans un communiqué qu'ils étaient prêts à prendre toutes les mesures nécessaires, individuellement et collectivement, pour assurer la stabilité du système financier international, compte tenu de la situation particulière de chaque pays. Or, il est évident que la situation intérieure varie d'un pays à l'autre. Le Canada dispose du système financier le plus solide au monde, selon le Forum économique mondial et d'autres intervenants.

Pour ce qui est d'élaborer des politiques publiques en temps de crise, nous étions en plein dedans! La campagne électorale se poursuivait, tandis que l'économie mondiale commençait à se détériorer. Nous avons eu une série d'échanges téléphoniques à ce sujet. Les problèmes ont commencé à se propager à l'extérieur du système financier. Nous étions en octobre 2008, toujours en campagne électorale. Comme on peut s'y attendre, mes échanges avec le premier ministre étaient de plus en plus fréquents. En fait, les discussions ont été assez nombreuses au début d'octobre. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, les dirigeants des banques canadiennes et ceux des grandes sociétés d'assurances – nous participions tous à ces discussions, tout comme le ministère des Finances, le Bureau du Conseil privé et le cabinet du premier ministre.

Or, il est rare qu'on soit appelé à prendre d'importantes décisions sur les politiques publiques durant une campagne fédérale ou toute autre campagne électorale au Canada. Ce n'est pas dans les habitudes, et pour cause. Le parti au pouvoir forme en quelque sorte un gouvernement provisoire en période d'élection générale. Il faut pourtant que le gouvernement reste en place en tout temps – le premier ministre, le Cabinet, etc.

La dernière semaine de la campagne, le premier ministre a convenu qu'il était nécessaire de prendre des mesures pour montrer notre soutien au système financier canadien, ce que nous avons fait le vendredi 10 octobre, en annonçant que la Société canadienne d'hypothèques et de logement achèterait aux banques des prêts hypothécaires assurés par le gouvernement du Canada. Cela constituait une façon d'injecter des capitaux dans notre système bancaire et de montrer au reste du monde que nous allions soutenir le système financier canadien.

C'est également ce jour-là que les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays du G7 se sont réunis à Washington, et ce fut une réunion des plus marquantes. J'ai assisté à de nombreuses réunions. La plupart du temps, elles se soldent par un long communiqué de plusieurs pages que très peu de gens prennent la peine de lire. Cette rencontre-là fut différente. Le secrétaire américain au Trésor, Hank Paulson, a commencé par décrire la situation des banques aux États-Unis.

Il nous a ensuite demandé de commenter sa description en toute franchise, et je peux vous assurer que les commentaires ont été directs! Des gens très mécontents se trouvaient dans la salle, tant des ministres que des gouverneurs de banques centrales. Ce week-end des 10 et 11 octobre à Washington a donc revêtu une très grande importance.

En effet, les ministres et les banquiers des pays du G7 se sont entendus sur un programme en cinq points, et il n'y a pas eu de long communiqué. Le lendemain matin, nous avons rencontré le président George Bush à la Maison-Blanche, et il a approuvé ce programme. Nous avons ensuite assisté aux réunions du Fonds monétaire international (FMI) et à celle du G20, plus tard dans la journée, auxquelles était aussi présent le président Bush. Nous avons tenu une rencontre spéciale du Conseil des ministres des Finances des Amériques – du Nord, du Sud et centrale –, et nous avons tous approuvé le plan en cinq points. Ce fut, selon moi, le moment décisif de l'approche internationale pour faire face aux difficultés de l'heure.

Nous nous trouvions bel et bien dans une situation de crise. Le vendredi, notre grande préoccupation était évidemment que les marchés éprouvent des difficultés très importantes la semaine suivante. Il fallait prendre des mesures que le monde entier percevrait comme des actions très claires; c'est ce à quoi nous nous sommes employés pendant ce week-end.

Les élections au Canada ont eu lieu le 14 octobre. Je me souviens bien de la journée des élections, car à 7 h, ce matin-là, j'étais une fois de plus au téléphone avec les ministres des Finances des pays du G7. Le secrétaire américain au Trésor nous a alors annoncé le montant que le gouvernement des États-Unis s'apprêtait à injecter dans le système bancaire américain, en nous expliquant à quel point il était essentiel que ce soit fait. Des mesures importantes ont donc été prises assez rapidement dans un délai relativement court. Voilà les événements qui ont marqué le mois d'octobre.

En novembre, nous nous sommes employés à préparer l'Énoncé économique, qui n'est pas un budget, mais plutôt un instantané de la situation économique. Récemment, un de mes collègues américains a comparé la situation des économies en novembre à celle d'une balle qui a roulé en bas d'une table et qui n'a pas encore touché le sol. Nous ne savions pas alors – personne ne le savait – que l'économie canadienne entrerait en récession durant le dernier trimestre de 2008. Personne n'avait prévu la récession, ni l'importance de la croissance négative de l'économie américaine pendant le dernier trimestre de l'an dernier.

Nous avons donc publié l'Énoncé économique qui, essentiellement, était un instantané de la situation à la fin de novembre. Nous y disions que la croissance était stationnaire, mais qu'il ne semblait pas y avoir lieu de s'inquiéter jusqu'à la fin de l'exercice. Toutefois, la situation a continué de se détériorer. Vous vous en souviendrez, il y a eu une crise politique. Les partis de l'opposition ont décidé de former une coalition, et cela a constitué une source importante de préoccupation. Nous avons décidé de préparer un budget hâtif – en fait, le plus hâtif de l'histoire canadienne moderne –, qui a été présenté le 27 janvier.

Nous avons pris une autre décision très importante, relative à l'information sur laquelle repose notre processus décisionnel. Nous avons donc mené ce qui constitue probablement, à ce jour, le plus vaste processus de consultation jamais entrepris au Canada pour préparer un budget. Cela n'a pas été le fruit du hasard. Nous avons fait le choix délibéré, au début de décembre, de procéder à de très vastes consultations durant une période d'environ six semaines, et notamment pendant les Fêtes.

Comme on pouvait s'y attendre, les banques canadiennes ont été consultées. Leurs dirigeants m'ont indiqué que la compétitivité de nos banques était réduite parce que leurs concurrentes étrangères obtenaient du financement bon marché de leurs gouvernements respectifs. Qui aurait dit que les États-Unis procéderaient à la quasi-nationalisation de leurs institutions bancaires? Les choses ont évolué très rapidement en décembre et en janvier. Je parle souvent avec certains de nos grands détaillants parce que, comme vous le savez, ils détiennent dans leurs systèmes de l'information permettant de savoir qui a acheté quoi la veille partout au Canada, ce qui constitue un très bon indicateur de la situation. J'ai également rencontré des recteurs d'universités.

J'avais eu une réunion avec les ministres des Finances des provinces et des territoires en novembre. Nous avions alors discuté de la péréquation, dont les paiements augmentaient à un taux qui ne pouvait être maintenu. J'avais donc présenté aux ministres un plan selon lequel la croissance des paiements de péréquation au Canada ne devait pas dépasser celle de l'économie. Cela semblait être une idée judicieuse à ce moment, mais, évidemment, la question de la péréquation n'est jamais réglée de façon définitive, et il y a des préoccupations qui sont exprimées de temps à autre. Or, lorsque nous nous sommes réunis ensuite à Saskatoon en pleine crise, à la mi-décembre, tous les ministres étaient d'avis qu'il fallait travailler ensemble, coopérer et collaborer pour venir à bout du problème. Cela illustre l'un des points forts du Canada.

Une fois le processus de consultation achevé, nous avons rapidement élaboré le budget fédéral, de manière à offrir une certaine protection aux provinces qui pouvaient être réticentes à l'idée d'engager les dépenses d'infrastructure nécessaires dès cette année, pendant que les Canadiens ont besoin de leur aide. Les provinces ont produit des budgets conséquents, y compris l'Ontario, qui a présenté le sien cet après-midi à Queen's Park.

On peut donc dire qu'il y a eu une réelle cohésion. Les ministres provinciaux ont clairement convenu que des dépenses d'infrastructure étaient requises. Ils ont tenu à élargir la définition d'« infrastructure », ce qui était vraiment une question de politique publique, et j'étais d'accord avec eux sur ce point. Nous ne nous sommes pas attardés uniquement aux réparations des routes et des ponts; nous avons également traité de l'accès aux services à large bande, des laboratoires universitaires et des centres de formation professionnelle des collèges communautaires. Tous ces éléments ont un rôle important à jouer dans la reprise, et il y avait consensus à leur sujet –c'était aussi le cas pour l'Inforoute Santé du Canada et les dossiers de santé électroniques, qui sont d'une importance cruciale pour aider les provinces à gérer de façon efficiente et efficace les coûts des soins de santé.

Nous avons tenu cinq tables rondes régionales. Lorsque je suis devenu ministre des Finances, la coutume voulait que tous les lobbyistes du pays demandent à rencontrer le personnel du Ministère et le ministre pour leur dire ce qu'ils attendaient du gouvernement. Les réunions de ce type ne sont pas des plus édifiantes.

Nous avons donc changé cette façon de faire il y a deux ans, et nous avons poursuivi cette année. Nous invitons maintenant des Canadiens de différents horizons à des tables rondes d'une journée complète, qui ont eu lieu cette année à Saint John, à Montréal, dans la région du Grand Toronto, à Saskatoon et à Victoria. Nous rassemblons des recteurs d'universités, des présidents de collèges, des gens d'affaires, des banquiers, des professionnels et des dirigeants de syndicats, pour qu'ils examinent la situation dans son ensemble. Nous étudions diverses questions, et les participants formulent leurs recommandations collectivement, ce qui permet d'obtenir des résultats très utiles.

En écoutant ce qui se disait à ces tables rondes, il est devenu évident pour moi que le principal problème au pays était l'accès au crédit. Nous avons donc établi dans le budget le Cadre de financement exceptionnel, qui donnera accès à environ 200 milliards de dollars de financement au Canada. Nous sommes en train de mettre sur pied un comité d'experts du secteur privé, qui me donnera des conseils sur les moyens de combler les lacunes en matière de financement au Canada, pendant l'année difficile qui nous attend.

Les tables rondes ont aussi révélé qu'il fallait stimuler l'économie. Une fois de plus, nous avons recherché l'avis de représentants du secteur privé plutôt que de fonctionnaires, et ils nous ont dit que les mesures de stimulation devaient être définies de façon large. Il fallait parler non seulement de briques et de mortier, ou encore de routes et de ponts, mais aussi de questions plus générales, y compris la recherche et l'innovation, parce que c'est ce qui doit nous permettre de sortir de la récession en position de force.

Nous avons également innové et mis sur pied le Conseil consultatif sur l'économie, composé de Canadiens de premier plan, qui s'est avéré très utile pour moi et le gouvernement. Nous continuons à nous réunir, et nous venons de le faire il y a deux jours à Montréal. Les Canadiens veulent aider leur pays, et il suffit de faire appel à eux.

Nous avons eu quatre longues réunions dans différentes villes canadiennes. Le Conseil a prodigué d'excellents avis au gouvernement non seulement sur ce qu'il fallait faire, mais également sur ce qu'il fallait éviter de faire. D'ailleurs, il y a beaucoup plus d'idées à rejeter que d'idées à retenir dans la préparation d'un budget et les décisions relatives aux politiques publiques. Bien entendu, les idées rejetées ne sont pas annoncées, mais elles n'en sont pas moins importantes, car il s'agit toujours de choisir entre diverses options. Les réunions du Conseil consultatif sur l'économie se sont avérées très utiles. Elles se poursuivent, et je remercie ses membres de l'aide qu'ils ont apportée à leur pays.

Lors des consultations publiques, des membres de mon personnel m'ont demandé si je voulais vraiment y participer, étant donné que des gens exprimeraient du mécontentement à mon endroit. Ce genre de chose arrive en politique, et je leur ai répondu qu'il faut écouter ce que les gens ont à dire.

J'ai d'ailleurs tiré une grande leçon de consultations tenues à Vancouver et dans la région du Grand Toronto, où je n'ai pratiquement rien fait d'autre que dire bonjour, m'asseoir et prendre des notes. À la fin d'une séance, j'ai eu droit à une ovation! Après toutes ces années comme député provincial puis fédéral, si j'avais su que je n'avais qu'à me taire pour mériter une ovation, je l'aurais fait bien avant!

Cela dit, il est vraiment important que les personnes qui occupent des postes de responsabilité au gouvernement écoutent ce qu'on leur dit et montrent qu'ils ont bien compris. C'est ainsi que j'ai beaucoup appris sur le système d'assurance-emploi et certaines de ses lacunes : cela m'a permis de proposer des réformes qui ont pris force de loi ce mois-ci.

On nous a soumis de nombreux commentaires par écrit. Le site Web du Ministère en a reçu des dizaines de milliers, ce qui a donné beaucoup de travail au personnel, mais tous ces commentaires se sont avérés très utiles. Comme c'était aussi le cas pendant les tables rondes tenues dans des villes et des régions différentes, les commentaires semblent axés sur les mêmes thèmes – tout comme les attitudes. Les mêmes enjeux ont tendance à ressortir clairement dans toutes les régions du pays. Cela se confirme lorsqu'on examine les commentaires soumis sous forme électronique sur le site Web.

J'ai aussi rencontré des économistes. Ils avaient de la difficulté – tout comme nous d'ailleurs – à évaluer la situation et à prévoir la durée de cette période de croissance négative.

Par l'entremise du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, je suis resté en contact, à l'instar du gouvernement, avec les États-Unis et l'Union européenne. J'ai eu de plus en plus de contacts avec divers pays d'Amérique du Sud, y compris le Chili, qui avaient connu certains succès sur le plan économique mais qui commençaient à être touchés par les problèmes relatifs au crédit et aux marchés financiers.

J'étais toujours en discussion avec le gouverneur de la Banque du Canada et la surintendante des institutions financières, Julie Dickson, pour essayer d'évaluer la situation des institutions financières fédérales et de notre système financier. La plupart des nouvelles étaient bonnes, mais il se produisait des changements qui devaient être surveillés, et c'est une autre raison pour laquelle nous avons créé le Cadre de financement exceptionnel dans le budget.

Tout s'est ensuite accéléré considérablement, et je dois remercier pour cela l'ensemble des employés du ministère des Finances. Ils ont trimé dur pendant toute la période des Fêtes. Nous savions que le budget devait être prêt le 27 janvier. Bien entendu, le premier ministre n'a cessé de travailler lui aussi durant toute cette période, tout comme le greffier du Conseil privé, le personnel du Bureau du Conseil privé et celui du cabinet du premier ministre. Tout le monde a œuvré sans relâche pour résumer les commentaires qui avaient été exprimés et pour préparer les séances d'information organisées au ministère des Finances à l'intention du premier ministre.

Voilà comment tout cela fonctionne. Vous êtes nombreux à siéger à des comités et à assister à des présentations. J'aimerais pouvoir vous dire qu'il y a un côté prestigieux à cela, mais ce serait vous mentir. Il y a de nombreux documents à lire. On passe beaucoup de temps à examiner, à évaluer et à analyser des idées, puis on commence à déterminer les éléments qui cadrent dans le plan d'ensemble et ceux qui doivent être exclus.

Je continuais d'avoir des rencontres privées avec certaines personnes au sujet de questions particulières liées à l'économie, comme la recherche, l'innovation et d'autres sujets relatifs au secteur sans but lucratif au Canada, aux organismes non gouvernementaux, etc. Bien entendu, nous lisions aussi beaucoup. Je dois admettre que, durant cette période, j'ai commencé à lire des livres du président Roosevelt, empruntés pour la plupart à la Bibliothèque du Parlement. Il faut dire que j'essayais à ce moment de trouver un moyen de nous sortir d'une situation de déclin économique.

À la réunion de Saskatoon, alors que j'écoutais ce qui se disait depuis quelques heures, j'ai commencé à prendre conscience de certains éléments qui s'avéraient essentiels. Le premier était, à mon avis, que nous devions faire preuve d'audace, que nous ne pouvions nous permettre de prendre des mesures timides, sous peine d'exposer l'économie canadienne à un risque important.

Et, en fin de compte, nous avons fait preuve d'audace. Il y aura un déficit considérable cette année et l'an prochain, et un déficit moins élevé l'année suivante. Cependant, le fait d'accepter que le gouvernement doive stimuler ainsi l'activité économique pour le bien du Canada était un retournement de situation important pour moi, en tant que ministre des Finances, car j'avais présenté trois budgets fédéraux équilibrés et rétabli l'équilibre budgétaire en Ontario.

Pourquoi a-t-il fallu en arriver là? Parce que le secteur privé avait cessé d'investir. Est-ce un rôle qui convient à un gouvernement? Certains libertaires et certains conservateurs répondraient par la négative. Pour ma part, en toute franchise, je crois que nous devons être pragmatiques, et faire ce qui est bon pour le pays selon la situation du moment.

Par ailleurs, nous devions aussi prévoir un plan de sortie. Il n'était pas question de revenir aux années 1970 et 1980, lorsque des gouvernements de plus d'un parti ont affiché des déficits à répétition dans des périodes pourtant relativement prospères. Ce sont les dépenses des gouvernements des années 1970 qui m'ont amené à faire de la politique. Je ne pouvais tout simplement pas comprendre cette façon de faire. Ce qui m'a motivé à participer à la vie publique, en définitive, c'est ce qui m'apparaissait comme de la prodigalité de la part du gouvernement.

Nous savions donc que nous devrions enregistrer des déficits. J'estimais que nous devions faire preuve d'audace à égard. Je me suis également rendu compte qu'il y aurait des problèmes dans certains secteurs, en plus de l'automobile. L'industrie de l'automobile éprouvait déjà de graves difficultés en Ontario et, comme il s'agit d'un secteur important de notre économie, l'ensemble du Canada était touché.

Nous nous attachions à résoudre ce problème, mais il apparaissait clairement que le secteur de l'exploitation forestière et celui de la fabrication dans son ensemble allaient aussi connaître des difficultés. De plus, il devenait évident que le taux de chômage serait très élevé cette année et qu'il nous faudrait prendre des mesures pour remédier à cette situation. Certaines de ces mesures seraient axées sur la transition : pour les travailleurs des secteurs que je viens de mentionner, qui survivront mais seront de taille moins imposante, il fallait prévoir une formation leur permettant d'occuper d'autres emplois, dans des secteurs en croissance de l'économie.

En outre, il ne faisait aucun doute que le gouvernement devrait investir. Nous devrions veiller à ce que les activités de recherche et de développement se poursuivent pendant la récession, afin de ne pas nous éloigner des objectifs de notre plan à long terme, Avantage Canada, et d'émerger de la récession plus rapidement.

Nous nous étions cependant imposé certaines contraintes : nous devions nous limiter à des mesures que nous aurions prises de toute façon; les déficits devaient être temporaires; et nous devions nous assurer d'avoir un plan de sortie. C'est ce qu'on retrouve dans le Plan d'action économique.

Le plan établit une règle selon laquelle, quand nous aurons émergé de la récession, les excédents enregistrés dans les quatre ou cinq années suivantes serviront avant tout à éliminer les déficits que nous afficherons au cours des prochaines années. Il sera important de respecter cette règle, sous peine d'accumuler les déficits. Les gouvernements ne sont pas très doués lorsqu'il s'agit de réduire les dépenses. Une fois qu'un programme est mis en place, il tend à le rester. C'est pourquoi nos dépenses visant à stimuler l'économie sont limitées dans le temps – les montants qui ne seront pas utilisés seront perdus. Au bout de deux ans, les mesures de stimulation ne seront pas prolongées.

Donc, nous examinions la situation économique qui se détériorait et nous écoutions les avis éclairés qu'on nous soumettait. Nous tentions également de tirer parti de certaines leçons de l'histoire, et je tiens à préciser ici que le premier ministre, qui a une formation d'économiste, possède des connaissances dans ce domaine. Il fallait aussi tenir compte de la question de la confiance du public et de l'aspect psychologique, car ces deux éléments jouent un rôle très important dans toutes les économies.

Toutefois, selon moi, c'est la décision de tenir compte avec pragmatisme des besoins immédiats du Canada qui a vraiment orienté notre processus d'élaboration de politiques. Nous devions prendre des mesures pour atténuer les répercussions de la crise sur les Canadiens, dont bon nombre perdraient leur emploi et auraient besoin de formation. Nous devions stimuler les secteurs où nous pouvions agir, parce que cette stimulation ne viendrait pas du secteur privé. Nous devions veiller à ce que le crédit reste accessible au pays; le gouvernement devrait jouer un rôle actif à cet égard, parce que les banques hésitaient à accorder des prêts en raison du risque de pertes et de la nécessité de venir en aide à certaines banques à l'échelle internationale. Il nous fallait traiter de chacune de ces questions dans le budget, et c'est ce que nous avons fait.

Entre temps, d'autres choses se produisaient. Le papier commercial adossé à des actifs constituait un problème. Purdy Crawford dirigeait des discussions qui duraient depuis longtemps, avec l'encouragement du gouvernement du Canada, en vue de faire en sorte que ce problème canadien soit résolu au Canada. La solution est venue du secteur privé, et non du gouvernement.

En décembre, c'est toutefois le gouvernement du Canada qui, sous la direction du premier ministre, a convoqué les gouvernements du Québec, de l'Ontario et de l'Alberta, trois provinces touchées de façon importante par le problème du papier commercial adossé à des actifs. Nous avons financé la dernière partie de la solution à ce problème, qui a été approuvée par les tribunaux puis mise en œuvre.

Parallèlement, nous étions aux prises avec la question des pensions, qui représentait un grave problème. Comme beaucoup d'entre vous le savent, nous menons actuellement une consultation à ce sujet, à l'instar des provinces. Le gouvernement fédéral réglemente environ 10 % des régimes de retraite, mais, en raison du déclin des marchés, beaucoup d'entreprises seront contraintes d'injecter des fonds additionnels dans leurs régimes de retraite, ce qui pourrait compromettre leur viabilité.

Nous devions également nous occuper des difficultés du secteur de l'automobile. À la mi-décembre, les premiers ministres du Canada et de l'Ontario ont annoncé que nous allions unir nos efforts à ceux des États-Unis, à condition que les Trois Grands produisent des plans de viabilité. Voilà les problèmes auxquels nous devions faire face.

Je dois aussi mentionner les domaines de la recherche et de l'innovation, parce que nous faisons l'objet de certaines critiques à ce sujet. Cela me préoccupe réellement parce que, à l'époque où j'étais ministre des Finances de l'Ontario, nous avons consenti des efforts importants à la recherche et à l'innovation, et nous avons investi des sommes considérables dans ces domaines, parfois en collaboration avec le gouvernement du Canada. Nous avons notamment cofinancé à parts égales le centre MaRS de Toronto, destiné à la commercialisation des innovations, qui a été une réussite. Il est très important que nous poursuivions dans cette voie. Cela fait partie de notre plan Avantage Canada.

Le gouvernement est doté d'un processus d'examen stratégique qui fait en sorte, fort heureusement, que tous les programmes gouvernementaux ne soient pas éternels. Des personnes s'emploient effectivement à vérifier que les programmes permettent toujours de réaliser les objectifs pour lesquels ils ont été conçus.

Dans la dernière année, certains programmes n'ont pas utilisé tous leurs fonds, notamment le Programme des chaires de recherche du Canada, parce que les universités ont dû mener des recherches intensives dans le monde entier pour découvrir les meilleurs titulaires pour les chaires. En d'autres termes, l'agent n'a pas été dépensé.

Qu'avons-nous fait avec les fonds non utilisés? Nous les avons affectés à d'autres fins, notamment pour accorder un financement additionnel de 750 millions de dollars à la Fondation canadienne pour l'innovation. Il n'y a donc pas eu de compressions. Il n'y a eu aucune réduction des dépenses. Il y a eu réaffectation des ressources à d'autres volets de notre programme en matière de recherche et d'innovation. C'est important, et cela permet de poursuivre les activités dans ces domaines.

Permettez-moi de dire quelques mots sur la vision à long terme que j'ai pour le Canada. Je suis vraiment encouragé aujourd'hui par la décision qu'a prise le gouvernement de l'Ontario d'harmoniser sa taxe de vente provinciale avec la taxe sur les produits et services (TPS). Certaines provinces canadiennes n'ont pas encore harmonisé leur taxe, soit l'Île-du-Prince-Édouard, le Manitoba, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. L'Ontario, en optant pour l'harmonisation, donne un vrai coup de fouet aux activités commerciales dans cette province. En effet, de 75 % à 80 % des entreprises canadiennes pourront dorénavant faire des affaires selon une taxe de vente provinciale et une TPS harmonisées.

L'Ontario économisera quelque 500 millions de dollars uniquement en coûts administratifs relatifs aux entreprises. Pour leur part, les entreprises économiseront au total environ 5 milliards de dollars par année, qu'elles pourront utiliser pour créer des emplois et pour investir. Voilà un exemple de politique économique efficace, et nous encourageons depuis 2006 les provinces qui ne l'ont pas encore fait à harmoniser leur taxe de vente avec la TPS. Je suis donc heureux que l'Ontario ait pris cette décision.

Cette mesure prise par l'Ontario est également importante parce qu'il est probable que les provinces qui n'ont pas encore harmonisé leur taxe de vente voudront l'imiter. Cela signifie que dans quelques années, espérons-le, nous aurons un système harmonisé à l'échelle du Canada. Il sera donc beaucoup plus facile pour les entreprises de faire des affaires et de créer des emplois, ce qui sera profitable à l'ensemble du pays.

Enfin, quand j'examine la situation actuelle, je dirais que nous en sommes à peu près à mi-chemin dans la crise. On a récemment demandé à un banquier britannique où nous en étions, et il a répondu que nous nous rapprochions du creux de la vague. Je crois pour ma part qu'il a raison.

L'année en cours sera difficile. Il faudra régler les problèmes des banques à l'échelle internationale avant de voir une reprise des diverses économies du globe. La situation des marchés financiers doit être rétablie.

Le Canada joue un rôle de premier plan à cet égard. Notre système financier est perçu comme un modèle à suivre partout dans le monde. Il est de bon ton, à l'étranger, de parler avec humour de notre système financier en le caractérisant de « terne », et des ministres des Finances d'autres pays vont jusqu'à dire qu'ils voudraient bien que leur système financier soit aussi terne que le nôtre. On peut donc dire que nous obtenons de bons résultats dans ce domaine. À l'échelle du globe, les gens admirent la façon dont notre système financier est réglementé et la façon dont il fonctionne.

En ce qui concerne nos mesures de stimulation, nous avons dépassé les exigences du FMI et celles qui avaient été convenues par les dirigeants du G20 à Washington au début de novembre. Notre pays est donc sur la bonne voie en ce qui a trait au leadership qu'exerce le premier ministre sur la scène internationale, et je m'attends à ce que cela transparaisse au sommet de Londres, la semaine prochaine.

Enfin, j'aimerais dire quelques mots afin d'illustrer mon point de vue général au sujet de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Nous allons sortir de la crise. Nous sommes des Canadiens. Nous sommes un peuple fort et plein de ressources. Nous avons les ressources humaines requises. Nous disposons de grandes institutions, dont l'Université McGill est un parfait exemple.

J'ose espérer que, grâce aux politiques publiques que nous avons élaborées en temps de crise, les choses iront en s'accélérant au Canada et que nous sortirons plus forts que jamais de la récession.

Le gouvernement fédéral a contribué à la création du parc Ireland, à Toronto, qui commémore le décès de plus d'un millier d'enfants lors de la grande famine en Irlande. Le souvenir des immigrants irlandais est aussi rappelé dans le parc national de la Grosse Île, à l'est de la ville de Québec.

D'innombrables immigrants ont fui les conditions économiques ou politiques de leur pays et sont arrivés au Canada totalement démunis. Certains ne parlaient aucune des deux langues officielles. Pourtant, voyez ce qu'ils ont réussi à accomplir.

Quant à nous, les périls les plus graves que nous ayons à affronter sont quelques récessions, y compris celle qui est en cours et qui s'annonce relativement difficile. Il ne fait aucun doute que nous y survivrons et que nous en sortirons plus forts que jamais.

Merci beaucoup.