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Le 6 mars 2009

Archivé - Allocution de l’honorable Jim Flaherty, ministre des Finances, devant le Toronto Board of Trade et l’Association des gens d’affaires et professionnels italo­canadiens de Toronto

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Toronto (Ontario)

Je suis heureux d’être ici aujourd’hui. C’est tout un privilège que de prendre la parole devant deux des principaux regroupements de gens d’affaires au Canada.

Nous traversons une période d’incertitude sans précédent. Nous vivons des temps exceptionnels, qui nous obligent à prendre des mesures hors de l’ordinaire et à rendre compte aux citoyens du Canada de la mise en œuvre de ces mesures.

La semaine prochaine, nous déposerons à la Chambre des communes le premier rapport sur les progrès que nous avons accomplis pour mettre en œuvre le Plan d’action économique du Canada. Ce plan protégera notre économie de la menace immédiate qui pèse sur elle. Il procurera l’aide dont nous avons besoin pour assurer notre croissance et notre sécurité à long terme. De plus, la semaine prochaine, je serai en Angleterre en compagnie de mes collègues les ministres des Finances du G20, où nous ferons le point sur nos progrès depuis la réunion des dirigeants qui a eu lieu au début de novembre à Washington. Le premier ministre Harper, le président Obama et les autres dirigeants des pays du G20 se rencontreront ensuite à Londres le 2 avril.

Les membres du G20 se sont engagés à adopter des mesures pour stimuler leurs économies respectives. À ce chapitre, le Canada fait plus que sa part. Les mesures de stimulation que nous allons instaurer sur une période de deux ans, en collaboration avec nos partenaires provinciaux, atteindront 3,2 % de notre PIB. Or, chaque pays membre du G20 s’est engagé à prendre des mesures correspondant au moins à 2 % de son PIB sur deux ans. Les Américains prévoient des mesures passablement plus importantes, mais ils ne peuvent pas faire autrement, puisque leur économie est bien plus durement touchée par la récession que la nôtre.

Cela dit, nous nous trouvons aujourd’hui dans une récession synchronisée à l’échelle mondiale. Heureusement, le Canada est entré en récession dans une forme relativement bonne. Nous avions réduit notre dette et affiché des budgets équilibrés. Nous avions remboursé environ 38 milliards de dollars en moins de trois ans. Nous disposons ainsi d’une certaine marge de manœuvre pendant ces temps difficiles. Donc, si vous comparez notre situation à celle de certains des autres pays du G8 et du G20, vous verrez que bon nombre d’entre eux affichaient des déficits. En cette période de turbulence, leur marge de manœuvre est donc passablement réduite, car, s’ils adoptent d’importants programmes de stimulation, ils s’exposent à des déficits structurels qui pourraient persister à long terme. C’est exactement le genre de situation que nous avons absolument voulu éviter lorsque nous avons élaboré le plan économique intégré au budget de cette année.

Au quatrième trimestre de 2008, le produit intérieur brut (PIB) du Canada a reculé de 3,4 % en chiffres annualisés. Celui des États-Unis a diminué de 6,2 %, celui de la France, d’environ 5 % et celui du Japon, de près de 13 %. Des chiffres de plus en plus sombres seront enregistrés au premier trimestre de 2009 et plus loin dans l’année. Il faut s’y attendre, car nous traverserons alors les pires moments de la récession. Mais le Canada a déjà connu une telle situation. Presque toutes les personnes présentes ici aujourd’hui se rappellent le début des années 1980 et celui des années 1990 : nous savons que nous nous en sortirons!

Pour le gouvernement, il est essentiel de procéder en deux étapes. D’abord, nous devons prendre des mesures de stimulation et nous assurer qu’elles agissent rapidement sur l’économie. De cette façon, nous amortirons le coup pour les Canadiens qui perdront leurs emplois, pour ceux qui devront se recycler et pour ceux qui pourront conserver leurs emplois grâce à des mécanismes de partage du travail dans le cadre d’accords conclus entre le gouvernement et leurs employeurs. Ces mesures sont d’une importance fondamentale pour un groupe appréciable de Canadiens qui traverseront des temps difficiles sur le plan personnel et familial.

Ensuite, nous devons veiller à protéger les facteurs fondamentaux de notre économie, en évitant de créer des déficits structurels persistants et en investissant dans les genres d’infrastructures qui fourniront des avantages à long terme. Il s’agit notamment d’éléments tels que l’expansion du réseau à large bande au Canada et de l’Inforoute Santé, qui permettra de continuer à créer des dossiers de santé électroniques, ce qui revêt une importance fondamentale pour la réforme des soins de santé au Canada. Nous accomplissons toutes ces choses. Et nous avons établi notre plan après avoir consulté les Canadiens tout au long du mois de décembre et pendant presque tout le mois de janvier, avant de déposer notre budget le 27 janvier.

Le contexte international est important. Notre propre plan est important. Il importe que les mesures de stimulation soient temporaires et qu’elles n’entraînent pas de dépenses de programmes à long terme. Telle est l’origine des difficultés que tous les gouvernements canadiens, quelle que soit leur allégeance politique, ont connues dans les années 1970 et 1980. Ils ont créé des programmes à long terme qui se poursuivaient d’année en année, et ils n’ont pas réévalué les résultats de ces programmes.

Nous n’agissons pas ainsi. Nous faisons en sorte que les dépenses soient productives et que les fonds soient utilisés rapidement par les municipalités et par nos partenaires des provinces et du secteur privé pour stimuler l’économie, selon le principe voulant qu’un montant inutilisé soit un montant perdu. Nous allons appliquer ce principe : si une municipalité, par exemple, n’utilise pas un montant pendant l’année pour laquelle elle l’a reçu, nous allons le récupérer l’année suivante, à même les transferts de la taxe sur l’essence. Nous transférons 2 % de la taxe sur l’essence aux municipalités chaque année : si nous devons réduire ces transferts pour récupérer des montants inutilisés, nous allons le faire. Ce que nous voulons, c’est nous assurer que les dépenses autorisées par le Parlement sont effectuées rapidement, et éviter qu’elles fassent plus de tort que de bien dans un an ou deux, en ayant un effet inflationniste. Il est donc d’une importance cruciale que les mesures de stimulation aient un effet dès maintenant dans l’économie.

Nous voulons également stimuler les dépenses des Canadiens. Nous voulons encourager les Canadiens à puiser dans leurs portefeuilles. Nous avons instauré un allégement de 20 milliards de dollars au titre de l’impôt sur le revenu des particuliers – en présumant que le Sénat adopte le projet de loi, ce qu’il fera, j’en suis certain –, et l’Agence du revenu du Canada commencera à réduire les retenues d’impôt dès le 1er avril. Il ne reste plus grand temps, pourvu que le projet de loi obtienne la sanction royale d’ici là.

Nous avons également instauré le crédit d’impôt pour la rénovation domiciliaire. Et nous prenons des mesures pour aider les entreprises et les collectivités. Certaines villes canadiennes sont très durement touchées. Lorsque le principal employeur d’une ville ferme ses usines, tous les résidents de cette ville en souffrent. Nous avons donc prévu 7,5 milliards de dollars dans le budget spécialement pour venir en aide aux secteurs de l’économie les plus durement frappés. Cette somme amortira le coup et nous préparera à sortir plus forts de la récession.

Mais comment faire en sorte de ne pas créer de déficits permanents à long terme? En janvier, nous avons longuement débattu cette question au ministère des Finances. Et nous avons instauré une règle sur laquelle j’ai beaucoup insisté : dès que nous sortirons de la récession et que le gouvernement recommencera à enregistrer des excédents – ce qui est dans l’ordre des choses, puisque nous n’aurons pas créé de déficits structurels –, nous utiliserons chaque sou de ces excédents pour rembourser les déficits que nous ne manquerons pas d’afficher pour le prochain exercice et les deux suivants. Cette règle nous évitera à coup sûr d’enregistrer des déficits permanents à long terme.

Hier, le ministre de l’Industrie, Tony Clement, et moi-même avons rencontré à Washington le secrétaire au Trésor et le conseiller économique en chef du président. Nous avons discuté du secteur de l’automobile, qui est vraiment intégré en Amérique du Nord – comme ses difficultés doivent être réglées en mars, vous allez encore en entendre parler bientôt. Notre but pour ce secteur n’est pas compliqué : si nous avons à investir l’argent des contribuables dans ces grandes sociétés, il faut d’abord qu’elles aient établi des plans de viabilité à long terme. Il est de notre devoir d’agir ainsi, en tant que gardiens des fonds publics, de l’argent de nos concitoyens.

Les discussions se poursuivent donc avec les Trois Grands pour voir ce qu’ils peuvent offrir au gouvernement. Et pour qu’elles portent fruit, il faudra de sérieux efforts de leur part.

Lorsque la récession a commencé, notre budget était équilibré. Pour aider à en amortir le coup, nous allons enregistrer des déficits dans les trois ou quatre années à venir. Notre ratio de la dette au PIB est d’environ 29 %; il augmentera jusqu’à 32 % dans les trois ou quatre prochaines années, puis il reviendra à moins de 29 % dans cinq ou six ans.

Comparez cela au ratio de la dette au PIB des États-Unis : il pourrait frôler les 50 %, sinon dépasser ce pourcentage. En ce qui concerne le ratio de la dette au PIB, nous sommes donc en assez bonne position par rapport aux autres pays du monde, et surtout du G20.

Nous veillons à ce que les institutions financières canadiennes se fassent remarquer. Dans un article paru dans le Financial Times en novembre dernier, j’ai admis que le système financier du Canada peut sembler terne, tout en soulignant que des systèmes financiers comme le nôtre sont peut-être ce dont le monde a besoin aujourd’hui. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont très conscients du succès relatif de notre système financier. Le système financier canadien se fait donc remarquer, et cela offre des possibilités au Canada. J’espère que nous tirerons parti de ces possibilités, de notre stabilité et de la réputation dont nous jouissons.

Le président Obama a dit que le Canada s’est montré un très bon gestionnaire du système financier. À l’instar de notre situation budgétaire, notre système financier présente de nombreux points forts, dont une gestion prudente. De plus, puisque la plupart de nos banques d’investissement ont été acquises par des banques commerciales à la fin des années 1980 et au début des années 1990, tout notre système bancaire est assujetti à la réglementation prudentielle du surintendant des institutions financières, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Et notre système bancaire fait moins appel à l’effet de levier que ceux d’autres pays.

De plus, les bilans des ménages sont plus solides au Canada que dans les autres pays du G7. Nous sommes donc en excellente posture, mais nous devons agir sans plus tarder. Nous devons faire en sorte que les mesures de stimulation soient intégrées à l’économie en avril, mai et juin.

Bon nombre d’entre vous connaissez l’industrie de la construction beaucoup mieux que moi, mais je sais que nous disposons d’environ six mois pour dépenser cet argent afin de créer des emplois pour les travailleurs et des débouchés pour les fournisseurs du Canada. Voilà pourquoi nous préconisons les mesures exceptionnelles du plan de stimulation.

Nous avons commencé par déposer le budget le plus hâtif de l’histoire du Canada le 27 janvier 2009, puis nous avons rationalisé le processus d’approbation au Cabinet. Ainsi, un plus grand nombre de décisions seront prises rapidement à l’échelon le plus élevé du Cabinet.

Nous n’avons cessé de discuter avec nos partenaires des provinces et des territoires. En général, leur attitude a été très positive. Nous les avons exhortés à s’assurer que leurs dépenses en infrastructure s’ajoutent aux nôtres. Cela est essentiel si nous voulons que l’économie soit stimulée et que la contribution des provinces et des territoires corresponde à la nôtre.

Essentiellement, les provinces se sont montrées très coopératives, et nous tentons d’agir en coordination avec elles. Je crois que les Canadiens ne s’attendent à rien de moins de la part des gouvernements du pays, pendant une grave récession. Ils comptent sur nous pour faire preuve de coopération et de collaboration.

Certaines erreurs seront commises, comme l’ont indiqué la vérificatrice générale et l’ancien greffier du Conseil privé, Paul Tellier. Alors, vaut-il la peine de prendre le risque de faire quelques erreurs? La réponse est oui. Ce qui serait bien plus risqué – et j’en ai touché mot à la vérificatrice générale –, ce serait de ne pas agir à temps et de voir des dizaines de milliers de Canadiens souffrir plus que nécessaire (pour se recycler, par exemple) parce que le Parlement n’aurait pas adopté des mesures en temps voulu.

Tout semble indiquer que nous aurons adopté ces mesures en mars et que nous les aurons instaurées au cours des prochains mois. Il est d’une importance capitale qu’il en soit ainsi pour le Canada – pour les particuliers canadiens, pour les familles canadiennes et pour les entreprises canadiennes. Comme je l’ai dit, les provinces et les territoires font montre de la plus grande coopération. Les premiers ministres des provinces et des territoires se sont réunis le 16 janvier à Ottawa, et ils ont convenu de travailler de concert avec notre gouvernement pour stimuler l’économie canadienne. Ils ont également parlé d’instaurer sans délai la mobilité complète de la main-d’œuvre, d’harmoniser la réglementation des entreprises et d’accélérer les investissements dans l’infrastructure.

Avec nos partenaires provinciaux et territoriaux, nous avons donc établi un plan qui nous sera très utile pour traverser cette période difficile, qui se poursuivra pendant quelque temps encore. Ce plan donne suite à Avantage Canada, car il va créer des avantages pour la société canadienne qui feront en sorte que, au sortir de la récession, nous serons bien préparés et plus forts que jamais.

Le Canada montre qu’il est un chef de file à l’échelle internationale. Je suis très fier de parler de notre système financier, de notre prudence et de la solidité de notre situation financière – non seulement celle du gouvernement fédéral, mais aussi celle de toutes les administrations publiques du Canada. Voilà un bon exemple de ce que le Canada peut accomplir. En outre, nous assurons la coprésidence d’un groupe de travail sur la réglementation financière au G20. Lorsque les dirigeants se réuniront à Londres le 2 avril, le premier rapport qu’ils examineront traitera des mesures à prendre concernant la réglementation financière et des moyens d’éviter les problèmes à l’avenir. Et le Canada sera le coauteur de ce rapport.

Nous devons nous armer de courage, travailler de bon cœur et nous en tenir à nos convictions en ces temps difficiles.

Un très beau parc, le parc Ireland, se trouve tout au bas de la rue Bathurst. Il me rappelle que notre pays a été bâti par des gens qui sont venus en bateau et qui, pour la plupart, n’avaient pas grand-chose. De nos jours, les temps sont difficiles, bien sûr, mais cela ne peut se comparer à la situation des nouveaux arrivants qui ont bâti notre pays.

Comme eux, nous allons persévérer. Nous sommes Canadiens. Nous disposons des ressources nécessaires. Nous sommes mieux placés que tout autre pays du monde pour traverser cette tourmente et en ressortir encore plus forts qu’avant. Je sais que je peux compter sur votre soutien dans ces efforts.

Merci beaucoup.