Une main-d’œuvre hautement qualifiée, scolarisée et adaptable est une condition préalable à la réussite dans l’économie d’aujourd’hui, qui est axée sur le savoir. Les Canadiennes et les Canadiens sont conscients de la valeur de l’éducation, et nos taux de fréquentation au niveau postsecondaire sont déjà élevés par rapport à ceux d’autres pays. Nous pouvons maintenir notre avance à ce chapitre en continuant de nous scolariser davantage et d’accroître nos compétences. Bref, nous devons tirer le meilleur parti qui soit des compétences et des talents de tous les Canadiens, et veiller à ce que tous aient la chance de contribuer à la prospérité du Canada et d’en tirer profit.
Nous devons augmenter nos compétences et notre efficacité en assurant l’excellence de nos réseaux d’enseignement et l’amélioration de la formation en milieu de travail. Le Canada a une occasion en or de rehausser la qualité de notre éducation et de nos compétences et d’accroître le nombre de Canadiens au travail. Afin de maintenir la croissance de la main-d’œuvre, nous avons besoin d’un éventail de solutions : remédier à la sous-représentation de certains groupes au sein de la population active, éliminer les facteurs de désincitation au travail, et augmenter l’immigration de travailleurs qualifiés. Il sera aussi important d’accroître l’adaptabilité et la mobilité de la main-d’œuvre.
Des progrès réalisés sur ces fronts permettront à un plus grand nombre de Canadiens d’aspirer à de meilleurs emplois et à des revenus plus élevés. Il importera aussi que les collectivités où vivent les Canadiens soient sécuritaires, créatives et viables et que les programmes sociaux dont ils dépendent soient de haute qualité.
Des compétences et des niveaux de scolarisation accrus permettent aux Canadiens d’obtenir de meilleurs emplois et d’être ainsi mieux rémunérés. Il s’agit là d’un objectif fondamental pour assurer la prospérité à long terme du Canada. De même, pour demeurer florissante, notre économie doit pouvoir compter sur une main-d’œuvre qui est souple et capable de s’adapter, et sur des gens qui empruntent la voie de l’apprentissage permanent.
Pour satisfaire à ces besoins, nos systèmes et nos institutions doivent :
Ce faisant, nous hausserons le niveau global des compétences au pays, nous serons mieux en mesure d’exploiter à leur juste valeur les nouvelles idées et les technologies, et nous établirons les conditions essentielles à une croissance soutenue et à une hausse du niveau de vie.
Les administrations publiques, les établissements d’enseignement, les entreprises, les syndicats et les particuliers ont tous un rôle important à jouer pour veiller à ce que tous les Canadiens aient la possibilité de développer leurs compétences et d’utiliser pleinement leurs connaissances. Il s’agit probablement de l’investissement le plus judicieux que nous puissions faire collectivement pour favoriser la croissance économique.

En plus d’accroître le nombre de travailleurs canadiens, nous devons aussi veiller constamment à hausser le niveau de scolarité et de compétences de tous les Canadiens. Autrement dit, une main-d’œuvre canadienne de calibre mondial doit constamment être concurrentielle quant à la qualité. Cela signifie qu’il faut assurer l’accès aux connaissances ainsi que l’excellence tout au long du continuum des études et de l’acquisition de compétences, en commençant par des services de haute qualité en matière d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, jusqu’à la fin des études postsecondaires ainsi qu’à la formation professionnelle et au recyclage des adultes.
Le fondement d’une main-d’œuvre de calibre mondial repose sur les services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, qui rendent ces enfants prêts à apprendre lorsqu’ils arrivent à l’école et qui leur offrent un tremplin vers l’apprentissage et la réussite pendant toute leur vie.
|
Le niveau de l’aide fédérale à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants est élevé Le gouvernement du Canada investit beaucoup dans le développement de la petite enfance et dans l’apprentissage et la garde des jeunes enfants (AGJE), en collaboration avec les provinces et les territoires. Ces investissements nationaux s’inscrivent dans le cadre de l’Entente de 2000 sur le développement de la petite enfance et du Cadre multilatéral de 2003 pour l’AGJE. Ensemble, ces ententes prévoient le versement d’une aide fédérale d’un peu plus de 4 milliards de dollars aux provinces et aux territoires dans les cinq prochaines années. Sur cette lancée, le gouvernement a prévu dans le budget de 2005 une aide additionnelle de 5 milliards de dollars, répartie sur la même période, à l’appui d’une nouvelle initiative d’AGJE réalisée en collaboration avec les provinces et les territoires. En tout, le gouvernement du Canada consacrera donc 9 milliards de dollars, dans les cinq prochaines années, à l’amélioration de l’AGJE et des services et programmes de développement de la petite enfance partout au Canada. D’autres investissements seront faits en collaboration avec les provinces et les territoires. |
Le Canada profite de réseaux efficaces d’écoles primaires et secondaires, et nos jeunes se classent bien dans les comparaisons internationales devançant presque tous les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Par rapport aux élèves d’autres pays, les jeunes Canadiens obtiennent de bons résultats en lecture, en mathématiques et en sciences et, à ce chapitre, le Canada se situe bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE et des États-Unis. Le fait de maintenir et de renforcer cet avantage clé contribuera dans une grande mesure à assurer la prospérité et la compétitivité futures du Canada.
Le gouvernement du Canada est déterminé à promouvoir l’alphabétisation et à investir dans ce domaine, qui est essentiel à l’évolution d’une société fondée sur l’apprentissage. Depuis 1988, le Secrétariat national à l’alphabétisation collabore avec les provinces, les territoires et d’autres partenaires pour mieux informer les Canadiens sur les enjeux liés à l’alphabétisation et pour veiller à ce qu’ils aient la possibilité de développer les capacités de lecture et d’écriture qui leur sont de plus en plus nécessaires s’ils veulent fonctionner adéquatement au travail, dans leur collectivité et même à la maison.
Les compétences de base des travailleurs canadiens s’améliorent, mais il faudra faire davantage à ce chapitre. De 1994 à 2004, la proportion des Canadiens en âge de travailler (de 25 à 64 ans) qui n’avaient pas terminé leurs études secondaires a chuté, passant de 19 % à 11 %. C’est là un progrès important et encourageant, mais le décrochage au secondaire n’en demeure pas moins préoccupant. En effet, le fait de quitter l’école prématurément peut coûter cher, tant sur le plan individuel (des salaires moins élevés) que sur le plan social (un potentiel humain non réalisé). Or, ces coûts deviendront de plus en plus élevés à mesure que d’autres pays hausseront le niveau de scolarité de leur population.
Il est essentiel que notre réseau d’enseignement postsecondaire soit abordable, accessible et de qualité, et qu’il s’adapte aux besoins du marché du travail, afin de doter les Canadiens des compétences et de la capacité d’adaptation qui leur permettront de réussir au sein de l’économie moderne en évolution rapide. La majorité des emplois créés aujourd’hui exigent un diplôme d’études postsecondaires. Les personnes qui ont fait les études et acquis les compétences les plus en demande sur le marché du travail sont plus susceptibles que les autres de se trouver et de conserver un emploi.
Un diplôme d’études postsecondaires procure à son détenteur des avantages qui vont bien au-delà du simple fait de se trouver un emploi. En effet, le détenteur d’un diplôme a la possibilité de gagner des salaires beaucoup plus élevés. Ainsi, les détenteurs d’un baccalauréat qui travaillent à temps plein durant une année complète gagnent en moyenne environ 50 % de plus que les détenteurs d’un diplôme d’études secondaires qui sont dans la même situation.
Les Canadiens sont conscients de ces avantages et ils connaissent la valeur individuelle et la valeur sociale des études postsecondaires. De nos jours, plus de 9 jeunes sur 10 interrogés à ce sujet aspirent à des études postsecondaires. En fait, le taux de fréquentation des établissements d’enseignement postsecondaire au Canada atteint des sommets historiques et continue d’augmenter. Le Canada doit veiller à ce que la fréquentation d’établissements d’enseignement postsecondaire demeure à la hausse.

Tous les Canadiens, peu importe leur origine, doivent avoir la possibilité de poursuivre des études postsecondaires. Il est essentiel de réduire les obstacles à cet égard pour améliorer les résultats du Canada en matière d’éducation et pour offrir des possibilités à tous les Canadiens.
De nombreuses analyses montrent que la décision de poursuivre des études postsecondaires repose sur un certain nombre de facteurs interreliés, comme le niveau de scolarité des parents, la performance au secondaire, le fait de vivre en zone rurale ou en milieu urbain, ainsi que l’intérêt et la motivation. L’impact combiné de ces facteurs peut être particulièrement aigu pour certains segments de la population dont les taux de fréquentation (particulièrement au niveau universitaire) sont sous la moyenne canadienne, notamment les personnes issues de familles à faible revenu, les personnes handicapées et les habitants de régions rurales.
Le revenu familial, même s’il n’est pas le principal facteur dans la décision de poursuivre des études postsecondaires, demeure l’aspect le plus couramment utilisé pour étudier les taux de fréquentation des collèges et universités. Les obstacles financiers à l’accès aux études postsecondaires sont à la baisse en raison des améliorations apportées à l’aide financière aux étudiants (p. ex., l’adoption de la Stratégie canadienne pour l’égalité des chances, les hausses récentes des plafonds du Programme canadien de prêts aux étudiants, l’instauration des Subventions canadiennes d’accès offertes aux étudiants de première année provenant de familles à faible revenu, et l’amélioration des mesures de gestion de la dette, qui aident les étudiants aux prises avec des difficultés financières exceptionnelles à rembourser leur dette d’études). Il est important que le Canada demeure vigilant afin de réduire les obstacles à l’accès aux études postsecondaires.
|
L’aide du gouvernement du Canada à l’enseignement postsecondaire totalise près de 9 milliards de dollars par année, y compris un montant estimatif de 3,8 milliards en espèces et en points d’impôt dans le cadre du Transfert canadien en matière de programmes sociaux ainsi que des dépenses directes et des dépenses fiscales de 5 milliards. Le total des transferts fédéraux en espèces et de l’aide fédérale directe (7 milliards) est demeuré relativement constant et représente environ 25 % du financement global de l’enseignement postsecondaire. Ces dernières années, les dépenses fédérales dans ce secteur ont été de plus en plus axées sur l’accès aux études et sur l’excellence de la recherche. L’aide directe permet aux étudiants et aux familles d’économiser en prévision des futures études par l’entremise du régime fiscal, et elle favorise l’accès aux études postsecondaires au moyen de subventions, de bourses d’études et de programmes de prêts. Le régime fiscal aide aussi à compenser les coûts des études postsecondaires. De plus, le gouvernement du Canada accorde un financement élevé pour la recherche et l’innovation par l’intermédiaire des conseils subventionnaires, des chaires de recherche et d’autres mesures qui appuient les objectifs de croissance (voir le chapitre 5). Le gouvernement du Canada est conscient de l’importance de l’excellence de l’enseignement postsecondaire et est toujours déterminé à collaborer avec les administrations provinciales et territoriales, de même qu’avec les universités, les collèges, les enseignants et les étudiants, afin de maintenir un réseau d’enseignement postsecondaire dynamique et accessible. |
Les Canadiens sont parmi les plus scolarisés au monde. En 2002, 43 % de notre population de 25 à 64 ans avait fait des études postsecondaires, soit le pourcentage le plus élevé de tous les pays de l’OCDE. Pour les jeunes Canadiens, les résultats sont encore meilleurs : chez les 25 à 34 ans, cette proportion grimpe à 51 %, ce qui constitue aussi le niveau le plus élevé des pays de l’OCDE.
Des écarts ressortent toutefois si l’on observe séparément les taux d’études collégiales et d’études universitaires. Le Canada devance largement les États-Unis pour ce qui est des études collégiales (chez les 25 à 64 ans), mais les États-Unis dépassent le Canada quant aux études universitaires.
Plusieurs pays, y compris le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Australie, cherchent à améliorer leurs réseaux d’enseignement postsecondaire de façon à se positionner en vue de la concurrence mondiale de l’avenir. Le Canada doit continuer à viser l’excellence en matière d’enseignement postsecondaire, à la fois pour produire les diplômés les mieux adaptés qui soient au marché du travail et pour faire en sorte que le Canada puisse attirer les meilleurs étudiants, professeurs et chercheurs dans nos collèges et universités.
La capacité d’innovation d’un pays est un déterminant essentiel de sa croissance économique. La capacité future d’innovation du Canada repose non seulement sur le nombre de diplômés de niveau postsecondaire, mais aussi sur le domaine dans lequel ils étudient, le milieu où ils font leurs études, l’étendue de leur expérience internationale et le niveau qu’ils atteignent.
Les travailleurs ayant un diplôme d’études supérieures en sciences, en génie et en mathématiques accroissent la capacité qu’ont les entreprises d’effectuer de la recherche-développement, d’investir dans ce domaine et d’adopter avec succès de nouvelles technologies. De même, les gestionnaires professionnels favorisent la création de nouvelles entreprises et permettent d’assurer la commercialisation de nouveaux produits et de technologies innovatrices. Les personnes ayant de solides connaissances à la fois en sciences et en administration des affaires font souvent fonction d’intermédiaires entre les laboratoires de recherche et les marchés. Elles facilitent le transfert de connaissances requis pour que les recherches de pointe se transforment en réussites économiques. Le Canada peut faire davantage pour favoriser la formation de travailleurs ayant des compétences spécialisées à la fois en sciences et en administration des affaires.
Suivant ces mesures, la performance du Canada est moins satisfaisante qu’elle ne devrait l’être. Si l’on examine la proportion des jeunes qui détiennent un diplôme universitaire en sciences, le Canada n’accuse qu’un léger retard sur les États-Unis, qui se classent eux-mêmes au milieu des pays de l’OCDE. Toutefois, pour ce qui est de la proportion des jeunes détenant un diplôme universitaire en administration des affaires, le Canada vient loin derrière les États-Unis, qui se classent en tête des pays de l’OCDE.

Il est important qu’il y ait suffisamment de personnes qui poursuivent des études supérieures, car elles sont les plus susceptibles d’être à l’avant-garde des découvertes technologiques. Toutefois, la proportion des détenteurs d’un diplôme de premier cycle qui poursuivent des études supérieures est moins élevée au Canada que dans d’autres pays. Bien que de plus en plus de Canadiens fréquentent un établissement d’enseignement postsecondaire, la proportion des personnes qui détiennent une maîtrise ou un doctorat est moins élevée – de près de la moitié – au Canada qu’aux États-Unis. Même s’il est difficile de comparer les diplômes d’études supérieures d’un pays à l’autre, les données de l’OCDE sur les titres requis pour participer à des programmes de recherche avancée – qui correspondent habituellement à un doctorat – portent à croire que le Canada n’a que des résultats moyens à ce chapitre et est devancé par les États-Unis et par de nombreux autres pays.
Les études de deuxième et de troisième cycle permettent aux étudiants d’acquérir une expérience de la recherche, dont les entreprises à vocation technologique ont besoin pour appuyer leurs activités de développement et d’adoption de technologies. S’il y a moins de personnes détenant un diplôme d’études supérieures au Canada, il y aura aussi moins de gens pour remplacer les professeurs, les travailleurs de la recherche-développement et les gestionnaires professionnels qui partent à la retraite. Dans une économie mondiale axée sur le savoir, ces pénuries peuvent avoir une importance croissante, surtout si l’on considère que, dans des économies émergentes comme l’Inde et la Chine, les étudiants sont nombreux à obtenir des diplômes d’études supérieures (surtout en génie).
Afin de profiter pleinement d’une offre accrue de travailleurs hautement scolarisés détenant des diplômes d’études supérieures en sciences, en génie, en mathématiques et en administration des affaires, le Canada doit veiller à ce que tous aient la chance de mettre leurs compétences à profit dans un milieu d’affaires propice à l’innovation et à la croissance.

Enfin, la qualité du milieu où les jeunes étudient est aussi importante. Des installations qui risquent de devenir surpeuplées, mal entretenues ou désuètes – ou qui le sont déjà – nuisent à la qualité globale de l’enseignement offert. Elles réduisent aussi la capacité du réseau d’enseignement postsecondaire d’attirer des étudiants et de produire des diplômés qui sont qualifiés pour utiliser du matériel à la fine pointe de la technologie et de mener des recherches de premier plan. Il est important que les collèges et universités aient des moyens adaptés à l’augmentation du nombre d’inscriptions et à l’évolution des besoins des étudiants en matière d’apprentissage et de formation.
|
Les investissements du gouvernement ont permis de créer un climat de recherche universitaire de calibre mondial « Le gouvernement fédéral a mis l’épaule à la roue en investissant, depuis 1997, des sommes considérables dans la création du savoir en augmentant le financement des organismes subventionnaires fédéraux de la recherche et en mettant en place plusieurs programmes clés comme la Fondation canadienne pour l’innovation et les Chaires de recherche du Canada, de même qu’en accordant un soutien financier permanent pour les frais indirects de la recherche et une meilleure aide financière aux étudiants aux cycles supérieurs. Ces mesures font partie d’une stratégie cohérente et audacieuse. On ne saurait exagérer les retombées de ces programmes dans les universités canadiennes. Les campus universitaires sont animés d’une vitalité nouvelle et le Canada est de plus en plus perçu sur la scène internationale comme protagoniste de la recherche. » Association des universités et collèges du Canada, |
Les travailleurs des métiers spécialisés contribuent dans une grande mesure à la prospérité du Canada. Ils ont besoin de bonnes connaissances de base et d’une mise à jour périodique de leurs compétences pour être au courant des nouveautés et à la hauteur de la concurrence. Ils peuvent obtenir cette formation dans les collèges ou dans le cadre de programmes d’apprentissage, mais les travailleurs et les entreprises ont un rôle à jouer. Tous les intervenants doivent travailler de concert pour permettre l’acquisition des connaissances et des compétences essentielles ainsi que l’apprentissage et la mise à jour des compétences en milieu de travail.
Le changement technologique modifie les compétences à posséder et les tâches à exécuter dans les divers corps de métiers. Ces impacts, qui varient d’un métier à l’autre, vont de la « déqualification » (p. ex., le recours à des matériaux préfabriqués en milieu de travail) au perfectionnement des compétences (p. ex., de nouvelles technologies informatiques). Bon nombre de corps de métiers prévoient rehausser les niveaux de formation et de reconnaissance professionnelle exigés de leurs membres.
Une main-d’œuvre de calibre mondial est adaptable et vouée à l’apprentissage permanent, qui se poursuit après la fin des études. De nos jours, les travailleurs sont souvent appelés à s’adapter à de nouveaux processus et à de nouvelles technologies tout au long de leur carrière. Il sera important de leur donner accès à des possibilités d’apprentissage et d’acquisition de compétences pour faciliter cette adaptation. Cela s’applique particulièrement aux personnes qui sont actuellement sur le marché du travail sans avoir de diplôme d’études postsecondaires : sans ces possibilités, elles risqueraient d’être laissées pour compte.
Dans l’ensemble, la proportion des Canadiens qui ont fait des études postsecondaires est élevée, mais il nous reste un bassin relativement important de travailleurs dont le niveau de compétences de base est faible. Ainsi, plus de 40 % des Canadiens d’âge adulte ne satisfont pas à la norme minimale d’alphabétisation jugée nécessaire pour fonctionner et réussir dans l’économie axée sur le savoir.
Des programmes d’éducation coopérative permettent à des étudiants de mieux comprendre quels types de compétences sont requis en milieu de travail. Le fait d’offrir à plus d’étudiants la possibilité d’acquérir de l’expérience dans le secteur privé préparerait mieux les jeunes Canadiens à accéder au marché du travail.
Si l’on veut accorder plus d’importance au relèvement du niveau d’alphabétisation et à l’apprentissage permanent, il faut que les employeurs offrent plus de formation et investissent davantage. Or, lorsqu’il s’agit des investissements des entreprises et des particuliers dans la formation en milieu de travail, le Canada a actuellement des résultats inférieurs à ceux de pays qui lui font concurrence. Selon l’édition de 2003 des Perspectives de l’emploi de l’OCDE, 31 % des travailleurs ont participé à des programmes de formation parrainés par leur employeur au Canada, comparativement à 35 % aux États-Unis et à 45 % au Royaume-Uni. Entre 1997 et 2002, le taux de participation à des programmes de formation financés par l’employeur n’a que très légèrement augmenté au Canada.
Pour les travailleurs de petites entreprises dont le niveau de compétences est faible, la tendance actuelle des investissements en formation se traduit par un accès inadéquat à des programmes de formation structurés. Il en découle une polarisation accrue des compétences et des revenus, qui peut être aggravée par les problèmes d’alphabétisation. Pour illustrer cette affirmation, il suffit d’indiquer que, dans les pays de l’OCDE, les employés détenant un certificat de métier ont deux fois moins de chances de recevoir une formation parrainée par leur employeur que ceux qui détiennent un diplôme universitaire; quant aux employés qui n’ont pas de diplôme d’études secondaires, ils ont cinq fois moins de chances d’en recevoir. De plus, les employés de petites et moyennes entreprises ont deux fois moins de chances de recevoir une formation structurée que les employés de grandes entreprises.
En somme, il faut s’attaquer au problème du sous-investissement et du sous-engagement des employeurs en matière de formation en milieu de travail. Les travailleurs canadiens doivent bénéficier d’une culture axée sur l’apprentissage permanent ainsi que d’engagements plus fermes, de la part des employeurs, d’accroître le perfectionnement des compétences en milieu de travail.
|
Grandes orientations stratégiques
|
Comme nous l’avons vu au chapitre 3, le vieillissement de la population canadienne devrait entraîner une diminution de la population active. Cette baisse projetée du pourcentage de travailleurs réduira graduellement la capacité du Canada de continuer à améliorer le niveau de vie de sa population. Toutefois, cet impact peut être atténué, en partie, grâce à des hausses de la productivité des Canadiens et à une participation accrue sur le marché du travail.
Le fait d’ouvrir davantage à tous le marché du travail canadien pourrait contribuer à compenser la baisse du taux de croissance de la main-d’œuvre associée au vieillissement de la population. Ce but pourrait être atteint au moyen de l’accroissement du taux d’activité de plusieurs groupes au Canada, notamment les travailleurs âgés, les personnes handicapées, les nouveaux immigrants et les Canadiens à faible revenu. Tous ces groupes continuent en effet d’afficher des taux d’emploi inférieurs à celui de l’ensemble de la population canadienne. Comme il a été mentionné au chapitre 3, la hausse du taux d’emploi de ces groupes ferait aussi augmenter le produit intérieur brut (PIB) par habitant.

Les Canadiens âgés qui veulent demeurer au sein de la population active constituent une ressource précieuse. Or, le Canada accuse du retard sur plusieurs pays, dont les États-Unis, au chapitre du taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans.
Il est important que les Canadiens âgés qui veulent travailler n’en soient pas dissuadés par des entraves institutionnelles ou financières. L’un des défis à cet égard consiste à faire en sorte qu’ils puissent conserver un emploi suffisamment rémunérateur : ils pourraient, par exemple, avoir besoin de services d’aide à l’emploi. En outre, les entreprises pourraient être encouragées à offrir des débouchés et de la formation en cours d’emploi aux travailleurs âgés. Il nous faut aussi envisager d’offrir plus de possibilités de mentorat et de transfert des connaissances des travailleurs expérimentés aux plus jeunes.
Le système public de pensions du Canada est l’un des meilleurs au monde : il procure un revenu de retraite de base aux aînés tout en demeurant viable et abordable. Toutefois, notre système de revenu à la retraite devrait donner une place adéquate à une variété croissante de types d’emploi et de transitions vers la retraite. Cela permettrait de hausser le niveau d’activité des personnes âgées sur le marché du travail, tout en veillant à ce que les Canadiens continuent à disposer d’un revenu suffisant à la retraite. L’examen du Régime de pensions du Canada prévu par la loi et mené tous les trois ans, de concert avec les partenaires provinciaux, nous fournit l’occasion d’agir en ce sens.
Chez les personnes handicapées, les niveaux de scolarité et les taux d’emploi sont moins élevés que chez le reste des Canadiens. Ainsi, les jeunes (de 15 à 24 ans) qui sont handicapés ont moins de chances de poursuivre des études que ceux qui n’ont pas de handicap (52 % contre 68 %). Quant aux adultes handicapés, ils ne travaillent pas dans une proportion trois fois plus grande que les adultes qui n’ont pas de handicap.
Il faut continuer à déployer des efforts pour rendre le marché du travail plus accueillant pour les personnes handicapées qui souhaitent commencer ou continuer à travailler en abolissant les obstacles qui les empêchent d’accéder aux études postsecondaires, à la formation spécialisée et au marché du travail.
Non seulement l’immigration contribue à enrichir la diversité du Canada, mais elle renforce notre main-d’œuvre et accroît notre prospérité. Elle est un important facteur de croissance de la main-d’œuvre et, d’ici 10 ans, la totalité de la croissance nette de la population active du Canada devrait lui être attribuable, si les tendances actuelles se maintiennent. Toutes choses égales, pour conserver jusqu’à 2050 le taux de croissance annuel de la population active observé entre 1990 et 2004 (1,4 %), en supposant des taux de natalité constants, il faudrait multiplier d’ici là au moins par quatre les niveaux d’immigration, pour les porter à près de 900 000 immigrants par année.
L’ouverture du Canada à l’immigration lui procure un important avantage concurrentiel, car plus de 50 % des immigrants qui arrivent au pays ont fait des études postsecondaires ou détiennent un certificat de métier. Ils sont donc, en moyenne, plus scolarisés que les personnes nées au Canada, ce qui hausse le niveau de scolarité de la population.

L’accroissement du nombre d’immigrants qualifiés et scolarisés, jumelé à l’amélioration des politiques et des pratiques d’intégration au marché du travail, assurerait une croissance continue de la main-d’œuvre, contribuerait à la réduction des pénuries régionales de main-d’œuvre et faciliterait l’adaptation du marché du travail dans les années à venir. Des taux d’emploi plus élevés chez les immigrants atténueraient également les effets de la baisse prévue de la proportion des travailleurs au sein de la population canadienne, ce qui apporterait une contribution positive au niveau de vie au Canada.
La difficulté consiste à veiller à ce que le système d’immigration puisse répondre aux besoins de l’économie et aide à combler les lacunes et à ce que cet influx de nouvelles personnes qualifiées et talentueuses puisse facilement s’intégrer à la main-d’œuvre et à la collectivité. Dans cette optique, les provinces et les organismes qui réglementent les professions ont un rôle important à jouer. Or, bon nombre d’immigrants ont de la difficulté à poursuivre leur carrière en exerçant la profession qui était la leur dans leur pays d’origine. Les immigrants qui sont arrivés au Canada, par exemple, dans la première moitié des années 1990 ont eu des revenus moins élevés et de moins bons résultats sur le marché du travail que les personnes nées au Canada qui avaient une scolarité et des compétences semblables.
Récemment, les investissements dans les programmes d’aide à l’établissement et dans la formation linguistique avancée pour le travail ont été augmentés, et des efforts ont été déployés pour faciliter la reconnaissance des titres de compétence des nouveaux arrivants au Canada. Ces mesures devraient accélérer l’intégration des immigrants à la population active et permettre aux immigrants de mieux utiliser leurs compétences au Canada.
Même si le Canada part d’un fondement solide, nous devons examiner notre système d’immigration pour en combler les lacunes et chercher à l’améliorer davantage. Avant d’accroître les niveaux globaux d’immigration, nous devons veiller à ce que le système d’immigration fonctionne de manière efficace et efficiente pour répondre aux objectifs du Canada. Notre stratégie d’immigration doit concilier l’accroissement du nombre d’immigrants qui arrivent au Canada et la nécessité de répondre à nos besoins changeants en main-d’œuvre. Elle doit aussi prévoir des politiques et des pratiques d’intégration qui assurent la pleine participation des immigrants au sein de la population active et de la collectivité.
Pour beaucoup de Canadiens à revenu faible ou modeste, la participation au marché du travail ne va pas de soi. En particulier, les bénéficiaires de l’aide sociale sont confrontés à d’importants obstacles financiers lorsqu’ils acceptent un emploi rémunéré : leur situation financière peut même s’en trouver moins favorable. Tous les ordres de gouvernement doivent collaborer pour trouver des moyens de réduire les obstacles qui empêchent de nombreux Canadiens à faible revenu de participer pleinement au marché du travail, pour les aider à accéder à l’autosuffisance et pour contribuer à la hausse du niveau de vie pour tout le monde, à long terme (pour de plus amples renseignements, voir le chapitre 7).
Bref, afin d’assurer notre prospérité collective dans l’avenir, il nous faut adopter des stratégies visant à accroître notre population active et à rendre le marché du travail plus accessible à tous. Cependant, les chiffres ne disent pas tout. En effet, si nous augmentions les taux d’emploi au sein des groupes sous-représentés pour qu’ils se situent au niveau de la moyenne nationale, cela ne comblerait qu’une faible partie de l’écart qui nous sépare des
États-Unis au chapitre des revenus (comme il est indiqué au chapitre 3). De plus, même en quadruplant les niveaux d’immigration, nous ne réussirions qu’à maintenir le taux de croissance actuel de la population active. Enfin, les mesures qui visent à accroître le nombre de travailleurs canadiens doivent tenir compte des réalités et des pressions associées à la concurrence mondiale pour l’obtention d’une main-d’œuvre qualifiée.
|
Grandes orientations stratégiques Relever le défi démographique
|
À l’heure actuelle, la proportion des personnes âgées de moins de 25 ans est plus grande chez les Autochtones que dans le reste de la population canadienne. Ces jeunes devraient accéder au marché du travail, aux études postsecondaires ou à un programme de perfectionnement des compétences avancées dans les trois à cinq prochaines années. Toutefois, les Autochtones demeurent confrontés à un certain nombre d’obstacles qui restreignent leur participation au marché du travail. En 2001, 5,3 % des jeunes Autochtones (de 15 à 24 ans) détenaient un diplôme collégial ou universitaire, comparativement à 15,7 % de tous les Canadiens du même groupe d’âge. Dans les réserves, seulement environ 2,5 % des jeunes Autochtones détenaient un diplôme collégial ou universitaire.
Bon nombre d’Autochtones sont aussi confrontés à de faibles perspectives d’emploi, surtout s’ils vivent dans des collectivités où les possibilités économiques sont limitées. Pour les Autochtones qui détiennent un diplôme d’études postsecondaires et qui vivent à l’extérieur d’une réserve, le taux d’emploi est pratiquement le même que chez les non-Autochtones.
Même si les écarts se réduisent, une hausse sensible du taux de fréquentation d’établissements d’enseignement postsecondaire et une meilleure préparation pour le marché du travail aideraient les Autochtones à participer pleinement à l’économie du pays.
|
Grandes orientations stratégiques
|
Comme les Canadiens investissent beaucoup dans leur éducation, il est important de veiller à ce qu’ils puissent facilement déménager là où leurs connaissances et leurs compétences sont en demande. La population et la main-d’œuvre canadiennes sont relativement mobiles, ce qui est un facteur clé pour s’adapter rapidement et efficacement aux changements structurels de l’économie. Avec les profonds changements qui s’opèrent actuellement au sein de l’économie mondiale, cette adaptabilité pourrait devenir de plus en plus importante.

Des initiatives ont accru la mobilité de la main-d’œuvre, notamment la réforme de l’assurance-emploi de 1996, ainsi que les efforts déployés aux termes de l’Accord sur le commerce intérieur pour abolir les obstacles à la mobilité des travailleurs entre les provinces. Néanmoins, les taux de chômage régionaux continuent de varier davantage entre les provinces canadiennes qu’entre les régions des États-Unis : on peut en déduire que la mobilité de la main-d’œuvre constitue un problème dans certaines provinces plus que dans d’autres. En fait, certaines des solutions qui permettraient d’accroître la mobilité de la main-d’œuvre relèvent des provinces, notamment une plus grande reconnaissance des titres de compétence ainsi que la réduction des entraves au commerce intérieur.
Même si le gouvernement du Canada collabore avec les provinces en vue d’accroître la mobilité de la main-d’œuvre partout au pays, il investit aussi, par l’entremise de programmes nationaux et d’agences régionales de développement, afin d’augmenter les possibilités d’emploi dans chaque région. Parmi les objectifs prioritaires des agences régionales, mentionnons le soutien de l’infrastructure en matière de recherche et de technologie, l’aide consentie aux entreprises pour les rendre plus innovatrices, le renforcement de la capacité des régions de relever les défis de l’adaptation, et la diversification de l’activité économique.
La mobilité à l’intérieur des frontières d’un pays est importante, mais l’expérience et la mobilité à l’échelle internationale le sont aussi. Les travailleurs les plus qualifiés se déplaçaient autrefois vers les économies les plus avancées afin de mettre leurs compétences à profit. Or, en raison de la mondialisation de la production, ils sont maintenant plus à même de faire usage de leurs compétences dans leur propre pays. Parallèlement, la mobilité de la main-d’œuvre entre les économies avancées a également progressé. Il en résulte une concurrence plus vive pour obtenir les employés les plus brillants. Les travailleurs qui ont acquis de l’expérience à l’étranger peuvent ramener au Canada des compétences, des connaissances et des pratiques nouvelles ainsi que des réseaux de contacts à l’étranger, et tout cela contribue grandement à renforcer l’avantage concurrentiel du Canada.
Une information exacte, pertinente et à jour sur le marché du travail aide les étudiants et les travailleurs à prendre des décisions éclairées au sujet de leurs études, de leur carrière et de leur emploi. Elle influence aussi les décisions concernant les investissements des entreprises. Le Canada dispose de bons renseignements globaux sur le marché du travail, mais il ne réussit pas aussi bien à communiquer ces renseignements aux particuliers, aux entreprises et aux établissements d’enseignement. L’information sur le marché du travail au niveau régional pourrait aussi être améliorée. Une meilleure information sur le marché du travail permettrait de remédier aux déséquilibres de l’offre et de la demande dans certains secteurs du marché du travail où l’on retrouve des travailleurs sans emploi, ou des emplois sans travailleurs.
Le programme d’assurance-emploi constitue le principal programme visant le marché du travail au Canada. Il fournit un revenu de remplacement en cas de perte d’emploi, et il a été conçu pour donner aux travailleurs le temps de se trouver un emploi qui correspond à leurs compétences. Les mesures actives d’aide à l’emploi, comme les programmes d’acquisition de compétences, sont conçues pour aider les Canadiens à trouver et à conserver un emploi, après s’y être bien préparés. Il importe donc de veiller à ce que le programme d’assurance-emploi continue à répondre aux besoins changeants de la population active canadienne, qu’il demeure conforme à l’évolution des besoins du marché du travail et qu’il maximise la mobilité, la souplesse et l’adaptabilité de la main-d’œuvre.
|
Grandes orientations stratégiques
|
- Table des matières - Précédent - Suivant -