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Archivé

Chapitre 3
Défis et possibilités

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L’émergence de nouvelles puissances économiques, jumelée à l’adoption généralisée de la technologie, redéfinit en profondeur l’économie mondiale. Les entreprises canadiennes jouissent donc maintenant de possibilités sans précédent de percer de nouveaux et gigantesques marchés de consommation et de se tailler une place dans les segments à forte valeur ajoutée des chaînes d’approvisionnement mondiales. Par ailleurs, tout en profitant de ces possibilités, nous devons aussi surmonter les obstacles que le vieillissement de notre population risque de susciter pour nos perspectives économiques et financières.

Pour que le Canada puisse réussir, l’ensemble de sa population doit réaliser pleinement son potentiel humain. Plus particulièrement, chaque Canadienne et chaque Canadien doit avoir la possibilité de faire les études et d’acquérir les compétences qui lui permettront de s’épanouir sur le plan personnel grâce à son travail. Personne ne devrait être confronté à des obstacles insurmontables au travail ni à la désincitation au travail.

Cet engagement fondamental envers l’équité doit s’accompagner d’une hausse de notre productivité. Nous avons d’excellentes raisons d’avoir confiance en nos perspectives : notre population est diversifiée et hautement qualifiée, nous sommes ouverts sur le monde, notre potentiel en ressources naturelles est immense et notre santé financière est bonne. Nous pouvons accroître encore ces avantages grâce à un cadre cohérent de politique économique qui encourage les études, la formation et le développement des compétences, ainsi que l’accumulation du capital et l’innovation.

1. Des possibilités sans précédent à l’échelle mondiale

L’économie mondiale évolue rapidement. Les économies émergentes à croissance rapide augmentent leur part du commerce et de la production à l’échelle mondiale. Les progrès des technologies de l’information et des communications, la diminution des coûts de transport et la réduction des obstacles au commerce font augmenter la circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes à l’échelle de la planète. De nouveaux modèles de gestion font leur apparition, et la production devient sans cesse plus spécialisée et plus dispersée dans différents pays. L’accroissement des flux d’investissements internationaux favorise la diffusion rapide de nouveaux produits et de nouvelles connaissances, ce qui accélère l’expansion économique et accroît la concurrence pour l’obtention d’une main-d’œuvre qualifiée.

L’importance croissante des économies émergentes

Les puissances économiques émergentes constituent dorénavant des facteurs importants de l’économie mondiale. L’essor de la Chine est remarquable : son économie a connu une croissance moyenne de 9 % par année au cours des 20 dernières années, et elle se situe maintenant au septième rang dans le monde[1]. Selon les projections actuelles, l’économie de la Chine devrait se classer au deuxième rang dans le monde en 2020, devancée seulement par celle des États-Unis. L’Inde augmente elle aussi sa part de l’économie mondiale : elle affiche une croissance de 6 % par année et occupe maintenant le douzième rang au monde. En 2020, elle pourrait être la neuvième plus grande économie du monde, juste devant celle du Canada.

L'activité économique se déplace vers des économie émergentes à croissance rapide

L’impact de la Chine et de l’Inde sur la structure des échanges à l’échelle mondiale a aussi été remarquable. En 2003, la Chine a exporté davantage que le Japon, ce qui a fait d’elle la troisième puissance commerciale au monde après les États-Unis et l’Allemagne. La croissance des exportations de produits manufacturés chinois s’est établie en moyenne à près de 20 % par année au cours des 10 dernières années. La Chine exporte surtout des biens de consommation à forte intensité de main-d’œuvre comme des vêtements, des textiles, des chaussures et des jouets, mais ses exportations de machines de bureau, de matériel de télécommunications et de fournitures industrielles ont également augmenté rapidement ces dernières années.

Même si la part de l’Inde dans le commerce mondial est encore relativement petite, ses exportations de services ont connu une croissance aussi fulgurante que les exportations de produits manufacturés de la Chine, bien qu’à une échelle beaucoup plus réduite. De plus en plus, l’Inde se spécialise dans la prestation de services commerciaux aux entreprises occidentales désireuses d’impartir des processus opérationnels comme les centres d’appels, les services administratifs, la saisie des données et la programmation informatique. Cette dynamique permet aux entreprises canadiennes d’économiser des sommes qu’elles peuvent ensuite investir dans des opérations à plus forte valeur ajoutée au Canada.

Les exportations de marchandises de la Chine et les exportations de services de l'Inde croissent rapidement

Le rythme de l’intégration de la Chine et de l’Inde dans l’économie mondiale rappelle l’essor que le Japon a connu au cours des années 1960 et 1970 et celui des nouveaux pays industrialisés d’Asie pendant les années 1970 et 1980. Toutefois, on change nettement d’échelle dans le cas de la Chine et de l’Inde. En effet, le Japon et les nouveaux pays industrialisés d’Asie ne constituaient que 4 % de la population de la planète lorsqu’ils sont entrés sur la scène mondiale, tandis que la Chine et l’Inde représentent à elles seules près de 40 % de la population mondiale. La majorité des résidents de la Chine et de l’Inde vivent encore en milieu rural, mais les centres urbains de ces pays absorbent chaque année des dizaines de millions de nouveaux travailleurs. Le niveau moyen des compétences progresse aussi rapidement : par exemple, environ 400 000 ingénieurs obtiennent chaque année leur diplôme en Chine et en Inde. Bref, les puissances économiques émergentes d’aujourd’hui ont la possibilité de reproduire, mais à beaucoup plus grande échelle, l’impact de changements semblables survenus au cours des dernières décennies.

Les puissances économiques émergentes d’Asie ont un impact marqué sur les marchés mondiaux des produits de base. Ainsi, pour soutenir leur croissance rapide, la Chine et l’Inde ont augmenté en flèche leur demande de ressources naturelles et de produits connexes. La Chine est devenue le plus grand utilisateur au monde d’acier, de cuivre et de minerai de fer, et elle vient tout juste de devancer le Japon à titre de deuxième plus grand consommateur au monde de pétrole, représentant à elle seule 8 % de la demande mondiale. Or, son effet sur la marge et, par conséquent, sur l’équilibre mondial de l’offre et de la demande est encore plus spectaculaire. La Chine a été responsable pour plus de 35 % de l’augmentation de la demande mondiale de pétrole en 2004, ce qui est plus que tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) confondus. Cette hausse considérable de la demande de la Chine est attribuable non seulement à la rapidité de sa croissance, mais aussi à l’intensité de sa consommation de pétrole, qui est plus du double de celle de la moyenne des pays de l’OCDE. 

Cette forte demande de ressources naturelles et d’énergie exerce des pressions à la hausse sur les cours mondiaux des produits de base, surtout les prix du pétrole, et elle devrait se maintenir à l’avenir. Comme nous le verrons dans la prochaine section, le Canada devrait profiter grandement de cette croissance de la demande dans les secteurs des ressources naturelles, des sources d’énergie de remplacement et des technologies environnementales.

La croissance rapide des économie émergentes a un impact marqué sur les marchés mondiaux des produits de base, Pourcentage de la demande mondiale de pétrole attribuable à la Chine

Profiter des possibilités qu’offre une économie mondiale dynamique

Les Canadiens sont à même de profiter de nombreuses possibilités qu’offre un environnement économique mondial de plus en plus dynamique. Par exemple, l’essor de la Chine et de l’Inde a fait augmenter la demande de nos exportations, surtout nos ressources naturelles et nos biens d’équipement. De plus, la combinaison des progrès technologiques et de ces marchés prospères nous donne l’occasion de nous tailler une place dans les segments à forte valeur ajoutée des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Comme nous le voyons dans l’encadré, le secteur des ressources naturelles du Canada peut tirer des gains immenses de cette situation. À mesure qu’elles poursuivront leur développement, les économies émergentes verront croître leur demande de ressources naturelles et d’énergie. En plus de créer de nouveaux débouchés à l’exportation, cette forte demande asiatique de ressources et d’énergie exerce des pressions à la hausse sur le cours des produits de base. À titre d’exportateur net de ressources naturelles, le Canada peut donc en tirer des gains nets importants sur le plan de la richesse.

L’essor des économies émergentes est prometteur pour le secteur des ressources naturelles du Canada

Les abondantes ressources naturelles du Canada et les industries qu’elles alimentent sont un élément essentiel de notre économie. Ce secteur – les forêts, l’énergie, l’extraction des minéraux et des métaux ainsi que les industries connexes – compte pour 13 % du produit intérieur brut (PIB) du Canada, représente plus de 40 % des exportations du pays et emploie un peu plus de 1 million de Canadiens. Dernièrement, le secteur de l’énergie a raffermi sa position à titre de principal secteur d’exportation en ressources naturelles du Canada. En 2004, les exportations d’énergie ont atteint un record de 66 milliards de dollars, par suite de l’augmentation des prix et du recours à de nouvelles sources d’approvisionnement. En raison de la hausse des prix du pétrole ces dernières années, la part de l’énergie dans les exportations canadiennes a plus que doublé, passant de 7,3 % en 1998 à 16,1 % en 2004.

Le secteur des ressources naturelles du Canada est un secteur hautement compétitif et innovateur, à très forte intensité de capital. Il est diversifié et bien placé pour profiter de besoins mondiaux en croissance dans les secteurs des sources d’énergie de remplacement et des technologies environnementales ainsi que d’un intérêt croissant pour l’énergie nucléaire. Au cours des 10 dernières années, plus du tiers de tous les investissements dans l’économie canadienne ont porté sur ce secteur, faisant augmenter le stock de capital brut de plus de 400 milliards de dollars depuis 1994. Le pétrole et le gaz ont compté pour plus de la moitié de cette expansion, notamment des mégaprojets comme ceux d’Hibernia, de Terra Nova et de l’île de Sable ainsi que les sables bitumineux de l’Alberta. L’extraction de pétrole non conventionnel, soutenue par des prix ayant contribué à la faisabilité de nombreux nouveaux projets, est l’élément qui a le plus compté dans la croissance du secteur des mines, du pétrole et du gaz. En 1994, les investissements dans les sables bitumineux, qui étaient de 400 millions de dollars, représentaient moins de 4 % des investissements dans les projets conventionnels; en 2005, ils s’élevaient à 8,5 milliards et représentaient 26 % de ces investissements.

Le Canada, grâce à l’abondance et à la variété de ses ressources naturelles, est bien placé pour tirer profit des débouchés à l’exportation créés par le développement et la forte croissance de la Chine et de l’Inde. En particulier, il possède de vastes réserves exploitables de pétrole brut et de gaz naturel qui pourront être mises en valeur dans l’avenir. En 2002, les réserves de pétrole brut étaient évaluées à 180 milliards de barils, dont environ 5 milliards de barils de pétrole conventionnel et environ 175 milliards de barils de pétrole extrait de sables bitumineux. La production actuelle de pétrole du Canada est d’environ 940 millions de barils par année, ce qui veut dire que les réserves prouvées pourraient durer près de 100 ans, même si le rythme de production se trouvait à doubler. De plus, le potentiel ultime des sables bitumineux de l’Alberta dépasse 315 milliards de barils. Par ailleurs, le potentiel ultime des réserves de gaz naturel du Canada est évalué à près de 600 billions de pieds cubes, ce qui durerait aussi 100 ans au rythme actuel de production.

Les échanges autres qu’en ressources naturelles entre le Canada et les marchés émergents s’intensifient eux aussi. Parmi les sources de nos importations, la Chine n’est devancée que par les États-Unis. Elle vient maintenant au quatrième rang de nos marchés d’exportations, et nos exportations vers ce pays devraient poursuivre leur progression rapide. Les exportations de marchandises du Canada vers la Chine ont augmenté de 20 % chaque année depuis 1999, et la Chine reçoit maintenant 1,6 % des exportations canadiennes, contre 0,7 % en 1999. De plus, le Canada a connu une croissance des exportations vers la Chine légèrement plus rapide que celle des États-Unis pour la même période.

Pourtant, la part de marché du Canada représente à peine plus de 1 % des importations chinoises. De même, nos investissements directs dans ce pays représentent seulement 1 % de tous nos investissements à l’étranger. Nous avons donc besoin de tout mettre en œuvre pour améliorer nos relations économiques avec la Chine. Nos entreprises sont bien positionnées pour accroître sensiblement leur présence en raison de notre main-d’œuvre de haute qualité, de nos liens avec la diaspora chinoise, de nos réseaux commerciaux en expansion et de notre secteur des services d’avant-garde, qui complètent nos atouts au chapitre des ressources naturelles.

La technologie facilite la création de nouveaux modèles de gestion

La baisse des coûts du transport et des communications attribuable à la technologie, jumelée à la réduction des obstacles au commerce, permet de créer de nouveaux modèles de gestion, ce qui modifie l’organisation de la production mondiale et la forme de l’économie internationale. Les processus de production deviennent de plus en plus internationaux et dispersés, les pays se spécialisant dans des stades particuliers de la production en fonction des avantages comparatifs dont ils jouissent. Des chaînes d’approvisionnement mondiales relient ces processus, de manière à fournir le produit final et le service après-vente au consommateur ultime. Alors que, par le passé, les produits étaient fabriqués et assemblés dans un même pays avant d’être livrés à l’utilisateur ultime, les produits manufacturés sont de plus en plus divisés en de nombreuses composantes produites dans différents pays avant d’être assemblées (souvent dans un autre pays) puis livrées à leur destination finale (voir l’encadré). Cette tendance a été renforcée par le développement des marchés émergents rendant l’approvisionnement de certains biens et services à l’étranger plus rentable.

Les entreprises deviennent de plus en plus intégrées mondialement

On peut trouver des exemples de « chaînes d’approvisionnement mondiales » dans un vaste éventail d’industries, depuis les textiles et les jouets jusqu’aux ordinateurs et au matériel de télécommunications. Dans chaque cas, le principe commun consiste à fabriquer les différentes composantes d’un produit final là où il est le plus avantageux de le faire sur le plan des coûts. Prenons l’exemple d’une composante de matériel informatique, comme une carte vidéo. La recherche-développement (R-D) peut se faire au Canada, les différents intrants peuvent être fabriqués en Corée, et le produit final peut être assemblé en Chine. Le produit peut ensuite être distribué à partir du Canada et vendu à des clients dans le monde entier, tandis que le service après-vente peut se faire à partir du Canada ou, de plus en plus, de l’Inde. Le lieu de production revêt moins d’importance aujourd’hui qu’il y a à peine 10 ans. Ce qui importe plutôt, ce sont les avantages comparatifs des différentes entreprises qui participent à la chaîne de production mondiale. Pour que le Canada soit prospère, il est important que nos entreprises soient reliées à de telles chaînes, surtout pour les composantes ayant la plus forte valeur ajoutée.

Exemple de chaîne d'approvisionnement mondiale : fabricant de composantes de matériel informatique

Accroissement du commerce des services

La mondialisation des échanges s’étend maintenant au plus vaste secteur de l’économie, à savoir celui des services. Les mêmes conditions qui ont favorisé la création de chaînes d’approvisionnement mondiales pour les biens sont dorénavant en place pour les services, car les nouvelles technologies ont beaucoup réduit ce qu’il en coûte pour transmettre rapidement des données à presque n’importe quel endroit sur la planète. Grâce à la numérisation de l’information, un vaste éventail de fonctions de service sont désormais exécutées à distance.

L’importance croissante des services dans les pays avancés a permis une plus grande spécialisation, de sorte que le travail intellectuel est devenu plus modulaire et peut de plus en plus être réparti en tâches multiples qui seront « assemblées » pour former le produit final. Les gestionnaires et les entreprises ont acquis les connaissances et l’expérience qu’il leur faut afin que la spécialisation verticale soit avantageuse pour une gamme variée de services.

Ainsi, les entreprises transfèrent de plus en plus les activités du secteur des services là où les coûts sont les moins élevés. Non seulement elles confient des activités à d’autres entreprises au pays, mais il est de plus en plus fréquent qu’elles transfèrent des parties de la chaîne d’approvisionnement dans d’autres pays, où elles les donnent en sous-traitance à une entreprise étrangère indépendante ou à une filiale étrangère. Les échanges de services commerciaux ont donc connu une croissance rapide ces 10 dernières années, et cette tendance devrait se maintenir

.De plus en plus, les échanges portent à la fois sur des services et sur des biens

Les économies émergentes prennent part à cet engouement pour la mondialisation des services. L’Inde, en particulier, compte un vaste bassin de jeunes travailleurs instruits parlant l’anglais et a ciblé un créneau en fournissant des services commerciaux à des entreprises désireuses d’impartir des processus opérationnels qui sont à la fois faciles à séparer et fondés sur l’information. Au cours des années à venir, des capacités semblables au chapitre de la main-d’œuvre devraient se développer dans d’autres économies émergentes comme les Philippines et l’Afrique du Sud.

Importance accrue des investissements directs étrangers et des travailleurs qualifiés

Les investissements directs étrangers (IDE), qu’ils soient en provenance ou à destination du Canada, favorisent la diffusion de nouvelles technologies, créent des emplois et stimulent le commerce. Ils contribuent à mettre sur pied des chaînes d’approvisionnement, à fournir des services aux clients étrangers et à rendre les entreprises plus efficientes.

La hausse marquée des IDE ces 20 dernières années témoigne de l’intégration accrue des entreprises sur le plan mondial et de la plus grande dispersion de la production. En effet, la croissance de ces investissements à l’échelle mondiale a représenté plus du double de celle du commerce mondial. Le stock mondial des IDE a presque triplé au cours des années 1980, et leur croissance rapide s’est poursuivie tout au long des années 1990, les IDE atteignant 8 billions de dollars US en 2003. Les flux croissants d’investissements internationaux soutiennent la croissance de réseaux commerciaux mondiaux ainsi que la diffusion rapide de nouveaux produits et de nouvelles connaissances dans les pays.

Les progrès de la technologie et l’ouverture accrue aux échanges facilitent les investissements dans tous les coins du monde. En raison de l’émergence de chaînes d’approvisionnement mondiales, les investissements qui exigent un recours intensif à de la main-d’œuvre peu qualifiée sont dirigés vers des endroits différents de ceux qui font appel à des travailleurs hautement qualifiés et très instruits ainsi qu’à des infrastructures spécialisées. Ces tendances intensifieront la concurrence que se livreront les pays pour les investissements et les travailleurs qualifiés.

Le Canada doit tirer le plus d’avantages possibles de l’intégration des économies émergentes à l’économie mondiale. Dans un monde où l’activité économique ne cesse de s’adapter, de se diviser et de se spécialiser, il sera essentiel, si nous voulons réussir et attirer les meilleurs emplois, de profiter des possibilités qui se présentent pour produire à moindre coût à l’étranger et pour renforcer l’avantage dont nous disposons dans les activités axées sur le savoir. Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir – ou plutôt parce qu’il est impossible de le faire –, nous devons continuer à accroître notre capacité de nous adapter aux possibilités qu’offre un environnement économique mondial en évolution rapide. Le Canada, grâce à son économie ouverte et diversifiée et à son abondance de travailleurs qualifiés et de ressources naturelles, est bien placé pour profiter de ces possibilités.

2. Le défi du vieillissement de la population

À l’instar de l’économie mondiale qui ne cesse d’évoluer, le profil démographique du Canada est appelé à changer considérablement. En particulier, de nombreux membres de la génération du baby-boom commenceront bientôt à prendre leur retraite. À l’heure actuelle, on dénombre au Canada plus de cinq personnes en âge de travailler (de 15 à 64 ans) pour chaque personne ayant l’âge de la retraite (65 ans et plus). D’ici 15 ans, ce ratio devrait diminuer pour s’établir à 4 pour 1, et on prévoit qu’il sera inférieur à 2,5 pour 1 en 2050. Le vieillissement de la population représentera un défi de taille pour tous les pays industrialisés et, en particulier, pour le Canada. De fait, pour ce qui est de l’augmentation de son ratio des aînés à la population en âge de travailler, le Canada devrait se classer au troisième rang des pays du Groupe des Sept (G7) pour les 25 prochaines années et au sixième rang des pays de l’OCDE.

Le vieillissement de notre population exercera des pressions à la hausse sur les dépenses publiques liées à l’âge, comme les soins de santé et les pensions publiques. La réduction du fardeau de la dette publique réalisée ces 10 dernières années et les réformes apportées en 1997 au Régime de pensions du Canada ont permis au Canada de bien se positionner par rapport à la plupart des pays du G7 pour ce qui est de s’adapter aux nouvelles pressions démographiques. Toutefois, il faut prendre d’autres mesures afin d’assurer la souplesse économique requise pour contrer ces pressions imminentes. Nous devons surtout favoriser une forte croissance économique, qui constitue la source principale de la capacité d’une société de payer des services publics.

Le Canada est un des rares pays ayant un régime de pension public viable

Le Régime de pensions du Canada/Régime de rentes du Québec (RPC/RRQ), qui est financé par des retenues salariales, assure un revenu de remplacement de base à tous les travailleurs canadiens qui sont à la retraite. Confrontés à la perspective d’une hausse de la population âgée et d’une réduction proportionnelle de la population active, le gouvernement du Canada et les gouvernements provinciaux ont adopté, en 1997, une série de réformes touchant le RPC/RRQ. Ces mesures ont modifié le financement du régime en prévoyant des hausses des taux de cotisation, des réductions des coûts ainsi qu’une nouvelle politique d’investissement. Elles ont aussi transformé le mode de gouvernance et de reddition de comptes du régime, pour en assurer la viabilité financière. Ainsi, l’Office d’investissement du RPC a été créé; cet organisme indépendant est chargé d’investir les fonds du régime, et il a obtenu un taux de rendement nominal moyen de plus de 7 % par année au cours des cinq dernières années.

D’après le 21e Rapport actuariel du Régime de pensions du Canada, publié en 2004, les réformes de 1997 ont assuré la viabilité du régime au moins pour les 75 années à venir. Le Canada est un des rares pays ayant un régime de pension public financièrement viable. Ces réformes ont donc aidé à faire en sorte que les Canadiens des générations à venir évitent de voir leur niveau de vie diminuer à la retraite.

La réduction de la proportion de la population qui travaille pourrait ralentir la croissance du niveau de vie

Cependant, le maintien d’une forte croissance économique au cours des années à venir constitue en lui-même un défi de taille. Les baby-boomers qui prennent leur retraite étant remplacés par de plus petites cohortes de travailleurs, la proportion de la population qui travaille est appelée à diminuer après 2011. Ce recul prévu du ratio emploi-population exercera d’importantes pressions à la baisse sur l’éventuelle croissance du niveau de vie au Canada. En effet, au cours des huit dernières années, les hausses de ce ratio ont compté pour près de la moitié de l’amélioration du PIB par habitant enregistrée au Canada. Il ne saurait en être ainsi pour les décennies à venir. En fait, la baisse prévue du ratio emploi-population du Canada devrait retrancher en moyenne jusqu’à 0,4 point de pourcentage de notre taux annuel de croissance du PIB réel par habitant de 2012 à 2030.

Deux scénarios permettent de mieux expliquer l’incidence directe que pourrait avoir le changement démographique imminent sur le niveau de vie au Canada. Dans le premier scénario, nous considérons que le ratio emploi-population diminuera en moyenne de 0,4 % par année après 2011 et que la productivité augmentera au taux moyen enregistré depuis 1997. Ce scénario, qui pourrait être appelé « scénario du vieillissement », prévoit donc que la croissance annuelle de la productivité se maintiendra au niveau observé ces dernières années, qui est de 1,7 %. Dans le second scénario, la croissance de la productivité doit passer de 1,7 % à 2,8 % si l’on veut maintenir la croissance du niveau de vie au rythme observé depuis 1997 malgré la baisse de la proportion de la population qui travaille. Selon ce deuxième scénario, le niveau de vie serait d’un tiers plus élevé en 2030, soit d’environ 20 000 $ par Canadien (en dollars courants), par rapport à ce qui serait le cas selon le scénario du vieillissement.

Le vieillissement de la population pourrait ralentir la croissance du niveau de vie

La baisse prévue de la proportion des Canadiens qui travaillent est inévitable. Pour la limiter, nous devons veiller à ce que tous les Canadiens qui ont la volonté et la capacité de travailler se voient offrir la possibilité de le faire. Il reste difficile de participer au marché du travail pour beaucoup de Canadiens, notamment les Autochtones, les personnes handicapées, les immigrants récents et les travailleurs âgés. Les Autochtones et les immigrants représenteront d’importantes sources de croissance de la main-d’œuvre, surtout si leur taux d’emploi peut être augmenté pour correspondre à la moyenne nationale. De même, la participation à la population active des aînés canadiens, qui a augmenté sensiblement depuis la seconde moitié des années 1990, demeure en deçà des taux enregistrés au Japon, aux États-Unis et dans la plupart des pays nordiques. Comme nous l’indiquons au chapitre 4, le défi consistera à accroître la participation à la population active de ces groupes et d’autres groupes, pour que nous puissions réaliser pleinement notre potentiel socioéconomique.

Le fait d’accroître le ratio emploi-population au Canada peut certes aider à atténuer le défi que pose le vieillissement de la population, mais il n’est pas une panacée. Ainsi, si le taux d’emploi des Autochtones et des immigrants augmentait pour atteindre la moyenne nationale, cela constituerait en soi un exploit sur le plan social et économique; pourtant, la hausse moyenne du PIB par habitant qui en découlerait n’atteindrait pas 3 % et comblerait seulement environ un sixième de l’écart actuel entre le Canada et les États-Unis à ce chapitre. Le défi démographique auquel est confronté le Canada confirme à quel point il importe de favoriser une forte croissance de la productivité pour faire en sorte que notre niveau de vie continue de s’améliorer au fil des années et des décennies.

3. Le défi du Canada en matière de productivité

Pour tenir compte de son évolution démographique et profiter des possibilités qui se présentent à l’échelle mondiale, le Canada doit centrer ses efforts sur l’amélioration de la productivité. Comme il a été mentionné au chapitre 1, être productif signifie travailler de façon plus intelligente, et non pas travailler plus dur ou plus longtemps (voir l’encadré ci-après intitulé « La croissance de la productivité hausse le niveau de vie de diverses manières »). Une économie plus productive crée un plus grand nombre d’emplois et de meilleurs qualité pour les Canadiens.

À long terme, la productivité – c’est-à-dire la production économique totale (le PIB) par heure travaillée – demeure le facteur fondamental d’amélioration du niveau de vie. Le succès économique du Canada pendant la période d’après-guerre a été assuré par la forte croissance de la productivité, qui a favorisé une augmentation fulgurante du nombre d’emplois et des niveaux de rémunération. Une forte croissance de la productivité fait augmenter les revenus des Canadiens, tandis qu’une faible croissance mine l’économie et réduit l’emploi et la richesse. L’expérience du Canada montre, à long terme, toute l’importance que la croissance de la productivité revêt pour la hausse du niveau de vie. En effet, au cours des 50 dernières années, le PIB par habitant du Canada a presque triplé, principalement par suite de la croissance de la productivité.

À long terme, la croissance de la productivité est la principale source d'amélioration du niveau de vie

La productivité a nettement augmenté au Canada depuis 1997, son taux de croissance annuel moyen ayant passé de 1,1 % entre 1980 et 1996 à 1,7 % entre 1997 et 2004. En dépit de ce résultat impressionnant, la croissance et le niveau de notre productivité accusent encore un retard par rapport à ceux des États-Unis et de presque tous les autres pays du G7 (voir le graphique ci-après).

La croissance de la productivité améliore la qualité de vie de diverses manières

L’augmentation du niveau de vie et des salaires n’est pas la seule indication de l’amélioration de la qualité de vie qui découle d’une hausse de la productivité. Ainsi, au cours des 45 dernières années, la hausse de la productivité a entraîné une réduction appréciable de la semaine de travail, ce qui a donné aux travailleurs plus de temps à consacrer aux loisirs et à leur famille. En fait, la durée de la semaine de travail moyenne est passée de plus de 39 heures au début des années 1960 à moins de 34 heures en 2004.

 

La productivité du Canada accuse un retard par rapport à celle de la plupart des pays du G7

En outre, le fait que la productivité du Canada est plus faible que celle des États-Unis ne touche pas que quelques secteurs, mais presque tous. Le secteur des services, qui est le plus vaste segment de l’économie, est à la source de la plus grande partie de l’écart entre notre productivité et celle des États-Unis. Cependant, tous les grands secteurs de l’économie canadienne sont moins productifs, sauf le secteur de la construction.

La productivité du Canada est plus faible que celle des États-Unis dans presque tous les secteurs

À l’échelle de l’économie, la croissance de la productivité du Canada a devancé celle des États-Unis à certaines époques, notamment au cours des années 1960 et 1970. Cela montre que la croissance de la productivité du Canada peut être égale ou supérieure à celle de l’économie la plus compétitive du monde.

Dans le passé, la croissance de la productivité du Canada a devancé celle des États-Unis

Mettre en place les conditions propices à une meilleure croissance de la productivité, c’est créer les conditions favorables à une hausse du nombre et de la qualité des emplois. En fait, la performance du Canada depuis 1997 montre bien comment une amélioration de l’environnement stratégique stimule à la fois la croissance de la productivité et la création d’emplois (voir le graphique ci-après). Comme il a été indiqué au chapitre 2, l’augmentation combinée de l’emploi et de la productivité depuis 1997 a contribué à la performance supérieure du Canada au chapitre de la hausse du niveau de vie parmi les pays du G7. Dans une perspective d’avenir, rendre notre main-d’œuvre plus inclusive, favoriser l’éducation et la mobilité des Canadiens et augmenter nettement notre productivité seront autant de moyens qui devraient permettre à un nombre croissant de Canadiens d’obtenir des emplois de haute qualité et bien rémunérés. La contribution et les revenus de travailleurs qualifiés peuvent aussi être améliorés davantage par des investissements dans le capital physique et par l’efficacité du milieu de travail.

En résumé, pour relever le défi que pose le vieillissement de la population et saisir les occasions que présente la nouvelle économie mondiale, le Canada doit accroître sa productivité. La hausse de la productivité n’est pas une fin en soi, mais plutôt un moyen qui permettra aux Canadiens de jouir d’un niveau de vie plus élevé. Nous devons profiter davantage des dernières technologies et investir encore plus dans nos gens et leurs compétences. En procédant ainsi, nous jetterons les bases d’un progrès soutenu sur le plan économique et social pour les décennies à venir.

Une meilleur criossance de la productibité entraîne une hausse du nombre et de la qualité des emplois

Les sources de la croissance de la productivité

Dans le cadre d’une étude quinquennale intitulée Les sources de la croissance économique dans les pays de l’OCDE, l’OCDE a déterminé que l’éducation, le capital physique et l’innovation étaient les facteurs clés de la hausse du niveau de vie.

La performance des diverses économies montre que des investissements accrus touchant un seul de ces éléments, même s’ils sont importants, ne sauraient assurer une forte croissance économique. Ainsi, des travailleurs ayant fait des études supérieures exécutent de la recherche-développement dans des laboratoires des secteurs public et privé qui produisent de nouvelles idées. Il faut une gamme d’activités innovatrices en milieu de travail et sur le marché ainsi que des travailleurs qualifiés pour transformer ces idées en produits et services innovateurs, dont de nouvelles machines et de nouveaux équipements, qui sont lancés avec succès sur le marché.

Une économie prospère crée de nouveaux emplois, assure la croissance économique et produit de la richesse lorsque son rendement est solide pour chacun de ces facteurs de croissance. Comme ceux-ci se complètent et s’appuient mutuellement, il convient, pour favoriser une croissance à long terme de la productivité, d’adopter un plan stratégique qui stimule à la fois le développement de ces facteurs et leur interaction.

Les chapitres qui suivent traitent des quatre piliers du cadre du gouvernement pour accroître la productivité, le niveau de vie et la prospérité.

Un cadre à moyen terme pour hausser le niveau de vie

Le chapitre intitulé « Offrir des possibilités à tous les Canadiens » porte sur le premier pilier des perspectives économiques du Canada, à savoir une main-d’œuvre de calibre mondial. Pour obtenir cette main-d’œuvre, il faut investir dans l’éducation, du développement de la petite enfance jusqu’à l’enseignement postsecondaire, sans oublier la formation en milieu de travail et l’acquisition de nouvelles compétences. Même si les Canadiens comptent parmi les travailleurs les plus qualifiés du monde et jouissent actuellement d’un taux d’emploi très élevé, un trop grand nombre d’entre eux ne sont pas encore prêts à occuper les postes très spécialisés et très bien rémunérés de demain. Une main-d’œuvre hautement scolarisée permet aux entreprises d’être concurrentielles et d’attirer les investisseurs étrangers. De plus, afin de relever le défi que présente le vieillissement de la population, il est de plus en plus important d’assurer la participation sur le marché du travail de tous les Canadiens, y compris les immigrants, les personnes handicapées, les travailleurs âgés et les Autochtones du Canada.

Le chapitre intitulé « Promouvoir une économie innovatrice » traite des pressions qui s’exercent sur les entreprises pour qu’elles innovent et mettent à profit les changements mondiaux et les progrès technologiques qui ne cessent de s’accélérer. Le Canada doit être à l’avant-garde de l’innovation, du développement technologique ainsi que de l’adoption et l’adaptation des nouvelles technologies. Notre leadership en recherche fondamentale de niveau universitaire est déjà bien établi, et nous devons le maintenir. Nous avons amélioré notre rendement au chapitre de la commercialisation, mais nous devons mieux réussir à convertir la recherche publique en innovations et en succès commerciaux. Le rôle du secteur privé dans une économie innovatrice est crucial, et, à cet égard, la performance du Canada a été inégale. Dans l’avenir, le gouvernement devra absolument veiller à ce que les conditions idéales existent pour que les entreprises canadiennes investissent davantage dans la recherche-développement, dans l’innovation ainsi que dans des machines et équipements qui amélioreront la productivité.

Le chapitre intitulé « Au cœur des échanges et des réseaux mondiaux » fait le point sur la situation actuelle du Canada en tant que grande nation commerçante et traite des moyens d’accroître encore son avantage à ce chapitre. L’ouverture du marché canadien a favorisé la croissance économique et la hausse du niveau de vie au pays. L’amélioration des réseaux de communication et des infrastructures de transport à l’échelle mondiale accroît la concurrence pour les entreprises, crée de nouvelles possibilités d’échanges et d’investissements et intègre la production dans des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les entreprises ayant une perspective mondiale peuvent tirer profit de ces tendances. Nous serons en mesure de nous positionner au centre de ces réseaux si nous réussissons à lancer des initiatives gouvernementales qui réduisent les obstacles à la circulation des marchandises, des investissements, des idées et des gens, qui favorisent l’investissement étranger et qui améliorent les réseaux de transports et de communications permettant aux Canadiens de profiter des possibilités qui s’offrent sur le marché mondial.

Le chapitre intitulé « Établir un environnement propice à l’investissement » passe en revue le rôle de la politique gouvernementale pour appuyer la performance économique du Canada. La stratégie tient compte d’une réalité, à savoir qu’une économie intégrée mondialement permet aux travailleurs, aux entreprises et aux investisseurs de se diriger vers les régions et les pays de leur choix. De solides conditions macroéconomiques, un régime fiscal équitable, concurrentiel et efficient, une réglementation bien conçue, des marchés de capitaux et des institutions financières efficients et fiables ainsi qu’un gouvernement plus productif feront du Canada un pays de premier choix pour les particuliers, les entreprises et les investisseurs. Notre niveau de vie élevé, nos solides programmes sociaux, la cohésion et la tolérance de notre société ainsi que notre diversité culturelle sont autant de facteurs qui aideront à nous procurer ces avantages.


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Le classement de la taille des économies tient compte des taux de change. Des estimations fondées sur la parité des pouvoirs d’achat conviennent davantage pour comparer les niveaux de vie de divers pays, mais les taux de change sont plus appropriés lorsqu’il s’agit de mesurer l’importance relative d’un pays dans l’économie mondiale, parce qu’ils déterminent la capacité d’une économie de payer des biens et services provenant d’autres pays.  [Retour]

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