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le 30 octobre 2002

Présentation de l’honorable John Manley, c.p., député au Comité permanent des finances de la Chambre des communes

Halifax, Nouvelle-Écosse


Introduction

Madame la Présidente, permettez-moi de vous remercier, ainsi que tous les membres du Comité, de m’avoir invité aujourd’hui.

Nous sommes réunis ici dans l’un des principaux sites historiques du Canada, l’édifice Pier 21. De 1928 à 1971, plus d’un million d’immigrants et de réfugiés venus de tous les coins du globe ont franchi les portes de ces immeubles pour prendre racine au Canada.

Chacun de ces immigrants avait ses raisons de choisir le Canada. Certains voulaient fuir la persécution politique et religieuse dont ils faisaient l’objet dans leur pays d’origine. D’autres voulaient échapper à la pauvreté ou aux ravages de la guerre et chercher de nouvelles possibilités dans un pays où l’on promettait des terres fertiles, un ciel sans nuage et l’affranchissement de la peur. Pour des centaines de milliers de nouveaux Canadiens et de nouvelles Canadiennes, l’édifice Pier 21 a représenté un symbole d’espoir et le point de départ de multiples possibilités.

Chacune de ces personnes poursuivait le même rêve, celui de bâtir une vie meilleure au Canada pour elle-même et pour sa famille. C’est ce rêve qui conduit des générations successives de nouveaux arrivants sur nos rives chaque année. Il nourrit et enrichit notre pays parce qu’il s’accompagne non seulement des traditions du passé, mais aussi de l’esprit, du talent et de la volonté de réussir, aujourd’hui et demain. C’est ce rêve qui a bâti le Canada que nous chérissons. Il contribuera à bâtir le Canada que nous voulons tous au vingt-et-unième siècle.

Consulter les Canadiens

Madame la Présidente, j’en suis à ma deuxième présentation devant ce Comité en qualité de ministre des Finances.

Au cours des quatre mois écoulés depuis mon intervention précédente, le Canada a continué d’afficher une solide croissance économique. Notre résistance a surpris de nombreux analystes et incité de grands cabinets de prévisionnistes économiques à prédire que le Canada continuerait de dominer les pays du Groupe des Sept (G-7) pour la croissance.

Mais nous sommes également très conscients des risques d’envergure mondiale auxquels nous sommes confrontés à l’heure actuelle et de ceux que nous réserve l’avenir. La situation internationale est incertaine. La croissance économique se révèle plus faible que prévu dans bon nombre de pays industrialisés. Le repli des marchés boursiers, les retombées des scandales qui ont touché certaines sociétés américaines, la possibilité d’un conflit armé en Irak et l’anxiété suscitée par le terrorisme mondial, tout cela a contribué à exacerber l’incertitude de la communauté internationale.

C’est dans ce contexte que je suis ici aujourd’hui pour donner un aperçu des prévisions économiques et financières du Canada pour les cinq prochaines années, prévisions que le gouvernement utilisera à des fins de planification et qui aideront à encadrer les consultations prébudgétaires.

Madame la Présidente, les délibérations de votre comité ont joué un rôle clé dans l’élaboration du programme financier et économique du gouvernement. Votre rapport, qui découle de consultations tenues dans l’ensemble du pays, fournit au gouvernement, et à moi-même à titre de ministre des Finances, une idée claire des enjeux financiers et économiques que les Canadiens jugent importants et que nous devons aborder en qualité de parlementaires.

Au cours des prochaines semaines, vous et moi entendrons le point de vue d’une vaste gamme de particuliers et d’organismes qui, chacun, aura des idées précises sur ce que devrait contenir le prochain budget.

Nous savons que les Canadiens n’hésitent pas à faire connaître leurs points de vue à leurs élus, particulièrement lorsqu’il s’agit de leur bien-être économique.

Les Canadiens nous ont dit d’éliminer le déficit et d’assainir les finances publiques. Ce gouvernement les a écoutés. Nous avons équilibré le budget en 1997-1998, ce qui ne s’était pas vu en 28 ans, et nous avons maintenu cet équilibre.

Les Canadiens nous ont dit de rembourser la dette nationale. Au cours des cinq dernières années, nous avons réduit cette dette de 46,7 milliards de dollars.

Les Canadiens nous ont dit qu’ils voulaient que les gouvernements collaborent à l’amélioration des soins de santé. Dans l’accord sur la santé de septembre 2000, le gouvernement fédéral a fourni un montant supplémentaire de 23,4 milliards de dollars aux provinces pour les soins de santé et le développement de la petite enfance.

Les Canadiens nous ont dit d’alléger leur fardeau fiscal. En octobre 2000, nous avons mis en œuvre un plan quinquennal de réduction de l’impôt sur le revenu des particuliers et l’impôt des sociétés, de 100 milliards de dollars.

Les Canadiens nous ont clairement dit de maintenir l’équilibre budgétaire et d’appliquer une approche équilibrée à la gestion des finances publiques. Nous sommes d’accord. Comme tous les Canadiens, nous savons qu’une saine gestion financière et une approche prudente en matière de dépenses constituent la meilleure façon d’améliorer le niveau de vie des citoyens et d’accroître la qualité de vie de toute la population. C’est ainsi que nous pouvons veiller à ce que le Canada soit pour tous une société de prospérité et de possibilités. C’est ainsi que nous réalisons notre potentiel de « tigre du Nord ».

Saine gestion financière

Madame la Présidente, lorsque j’ai rencontré les membres du Comité en juin, j’ai dit que le Canada continuerait d’appliquer les politiques financière et économique qui ont fait que notre économie a connu la croissance la plus rapide parmi les pays du G-7.

Nous maintiendrons le cap et nos objectifs. Nous gérerons avec soin et prudence l’argent des impôts que les Canadiens ont gagné par leur dur labeur. Notre approche doit être la même que celle des familles canadiennes lorsqu’elles cherchent à équilibrer leur budget. Nous devons dépenser de manière avisée et vivre selon nos moyens.

Il en est ainsi pour des raisons convaincantes et évidentes. L’exercice d’une saine gestion financière a permis au Canada d’enregistrer cinq excédents budgétaires de suite et de rembourser une tranche de 46,7 milliards de dollars de sa dette. Ramenés à leur plus simple expression, nos efforts de réduction de la dette signifient que nous versons annuellement près de 3 milliards de dollars de moins en intérêt. Cet argent sert maintenant à donner suite aux priorités des Canadiens. Notre ratio de la dette au PIB (produit intérieur brut), qui a atteint un sommet de 71 % en 1995-1996, s’établit maintenant à 49 %. Aucun autre pays du G-7 n’a réussi un pareil exploit au cours de cette même période.

Deux importantes agences internationales de cotation ont souligné ce remarquable progrès. Plus tôt cette année, Moody’s Investors Service et Standard & Poor’s ont reporté à AAA la cote de crédit du Canada. Il s’agit de la cote la plus élevée que ces agences accordent à un pays.

Notre ferme engagement à faire preuve de responsabilité budgétaire à travers les soubresauts de l’économie porte des fruits. Il a protégé les réductions sans précédent de l’impôt sur le revenu des particuliers et de l’impôt des sociétés d’octobre 2000, de même que le nouveau financement accordé en vertu de l’accord sur la santé de septembre 2000. Doublée de l’excellente performance du Canada au chapitre de l’inflation, notre approche a permis à la Banque du Canada de réduire nettement les taux d’intérêt l’an dernier. En outre, notre approche prudente a fait en sorte que le gouvernement a continué de dégager des excédents pendant la récente période de ralentissement économique.

Les réalisations des Canadiens au chapitre de la responsabilité budgétaire sont encore plus remarquables lorsqu’on examine la situation des États-Unis. Il y a moins de deux ans, le gouvernement américain prévoyait un excédent budgétaire de 231 milliards de dollars pour l’exercice terminé en septembre 2002. Les chiffres publiés récemment montrent que le résultat final correspond à un déficit de 159 milliards et qu’aucune situation d’excédent n’est prévue à court terme.

Bien que nous ayons raison d’être satisfaits de la performance budgétaire du Canada, je crois que nous devons faire encore plus. Nous devons continuer de rembourser la dette. Malgré nos efforts en ce sens au cours des dernières années, notre dette nationale reste supérieure à 536 milliards de dollars. Au cours du dernier exercice, nous avons payé 37 milliards de dollars en frais d’intérêt sur la dette. Il s’agit encore du plus important poste de dépenses de notre budget, les frais d’intérêt comptant pour environ 22 cents sur chaque dollar de recettes. Il s’agit d’argent que je préfère voir dépensé pour combler les besoins des Canadiens.

De plus, cela signifie que le Canada est vulnérable aux chocs économiques extérieurs qui font grimper les taux d’intérêt.

Mais il nous faut aussi aller au-delà des arguments sur les conséquences immédiates de la dette et envisager l’avenir. Nous ne pouvons pas imposer le fardeau de la dette d’aujourd’hui à nos enfants et à nos petits-enfants.

Prudence dans un monde incertain

Une planification prudente, ainsi que des efforts soutenus et un engagement à l’égard d’une discipline financière de la part de Canadiens de toutes les couches de la société, ont été des éléments essentiels de notre succès.

Auparavant, l’approche du gouvernement en matière de planification budgétaire comprenait l’établissement d’une réserve pour éventualités et d’une mesure supplémentaire de prudence pour composer avec le risque d’imprévus.

Dans son budget de 2001, le gouvernement fédéral a utilisé les fonds affectés à la mesure de prudence économique et une partie de la réserve pour éventualités afin de répondre aux tensions budgétaires exceptionnelles attribuables aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 et au ralentissement de l’économie mondiale. Nous avons alors dit que nous allions rétablir intégralement dans les meilleurs délais la réserve éventualités.

Je suis donc heureux d’annoncer aujourd’hui que le gouvernement a rétabli la réserve pour éventualités de 3 milliards de dollars par année à compter du présent exercice. Cet argent fournira un coussin pour nous prémunir contre les imprévus. Comme d’habitude, tout excédent à la fin de l’exercice servira à rembourser la dette. De plus, nous assortirons notre planification budgétaire d’une mesure supplémentaire de prudence économique en vue d’éviter de nouveaux déficits.

Gestion judicieuse de l’argent des contribuables

Une saine gestion financière ne se limite cependant pas à éviter les déficits et à réduire la dette. Elle signifie également la gestion judicieuse et responsable des impôts et la prestation de services gouvernementaux efficaces. C’est pourquoi le gouvernement doit constamment réévaluer ses programmes.

Ce n’est pas seulement de la bonne gestion. C’est le gros bon sens. Tout comme les Canadiens modifient leur budget de façon à bien utiliser l’argent qu’ils gagnent durement, le gouvernement doit aussi revoir ses dépenses pour s’assurer qu’elles répondent aux besoins de la population.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

Cela signifie que dans la préparation du prochain budget, nous trouverons des possibilités de réaffecter les fonds et d’améliorer l’efficacité.

Cela signifie que, le cas échéant, le gouvernement réaffectera aux programmes qui répondent aux besoins immédiats des Canadiens les sommes affectées aux programmes qui ont déjà rempli leur rôle. Une telle réaffectation ne servira pas à rembourser la dette. Les sommes libérées seront plutôt utilisées pour aider à répondre à de nouveaux besoins pressants.

Je crois que cette approche se fonde sur une prémisse simple et directe, à savoir que les gouvernements de tous les niveaux doivent constamment se réinventer. Cela signifie que nous devons toujours tenter de trouver de nouveaux moyens de répondre aux besoins des Canadiens d’une manière efficace, tout en appuyant les programmes et les services qui font de nous une société de bienveillance et de compassion.

Saine performance économique

Madame la Présidente, lorsque je me suis adressé aux membres du Comité en juin, j’ai dit que les Canadiens avaient de bonnes raisons d’être optimistes à propos de leur avenir économique et de celui de l’ensemble du pays.

Malgré la fragilité et l’incertitude du contexte international, non seulement le Canada est-il sorti du ralentissement de 2001, mais il profite aussi maintenant d’une reprise nettement plus forte que prévu. Examinons les faits :

  • Au cours de la premièrement moitié de l’année, l’économie canadienne a progressé à un taux annuel de plus de 5 %; il s’agit du meilleur résultat parmi les pays du G-7.
  • Au cours des neuf mois compris entre janvier et septembre, 427 000 emplois ont été créés au Canada. La plupart de ceux-ci étaient à temps plein, et toutes les régions du pays et tous les groupes d’âge en ont bénéficié. De fait, 77 000 jeunes Canadiens ont trouvé de nouveaux emplois durant cette période.
  • Non seulement les Canadiens sont-ils plus nombreux à travailler, mais leur situation financière personnelle s’est également améliorée. Le revenu disponible réel par habitant a augmenté de 2,9 % au cours des 12 derniers mois, ce qui équivaut à une moyenne de 600 $ par habitant.
  • La dette extérieure nette du Canada en proportion du PIB est maintenant à son plus bas niveau en 50 ans et, pour la première fois de notre histoire, elle est inférieure à celle des États-Unis.
  • Au Canada, la croissance des investissements des entreprises dans les machines et le matériel, un élément clé d’une croissance économique durable, a rebondi en 2002 et dépasse celle des États-Unis.

Pour illustrer davantage notre forte performance économique cette année, comparons la façon dont les économies canadienne et américaine ont réagi durant les ralentissements économiques précédents.

Dans le passé, les ralentissements avaient tendance à être plus marqués au Canada qu’aux États-Unis, et nos reprises plus faibles. En effet, les récessions des années 1980 et des années 1990 ont été plus longues et plus graves au Canada qu’aux États-Unis.

Mais les temps ont changé. Pour la première fois en plus de 20 ans, l’économie canadienne s’est mieux comportée que celle des États-Unis en période de ralentissement. L’économie américaine a connu trois trimestres de croissance négative consécutifs l’an dernier, tandis que le Canada a évité la récession.

Fait tout aussi important, la reprise en cours est plus vigoureuse ici qu’aux États-Unis. La croissance de notre économie a été presque deux fois plus forte que celle des États-Unis au cours du premier semestre de cette année. En outre, nous avons créé plus de 400 000 emplois jusqu’à maintenant cette année, alors que les États-Unis en ont perdu près de 40 000.

Ainsi, même si notre performance économique demeure nettement tributaire de la santé de l’économie mondiale, et plus particulièrement de celle des États-Unis, nos progrès ont accru la résistance et la souplesse de notre économie et nous ont imprimé un élan économique considérable.

Les Canadiens devraient être fiers de ce succès, notamment parce que c’est le leur. Il y a neuf ans, les Canadiennes et les Canadiens ont clairement dit qu’ils voulaient un changement dans la gestion des finances du pays. Ils ont travaillé fort, ils ont fait des sacrifices, et ils ont accepté des choix difficiles, ce qui nous a permis de nous retrouver dans la position que nous occupons aujourd’hui. C’est tout à leur honneur.

Perspectives économiques

Madame la Présidente, passons maintenant aux perspectives économiques et financières.

J’aimerais d’abord expliquer comment nous avons établi ces chiffres.

Pour mesurer les perspectives de croissance du Canada, le ministère des Finances suit une approche rigoureuse et transparente. Il a consulté un groupe de 20 économistes du secteur privé et utilisé la moyenne de leurs prévisions de croissance économique comme point de départ de sa planification financière. Trois entreprises de modélisation macroéconomique ont ensuite utilisé ces prévisions économiques pour générer des projections financières sur cinq ans.

J’ai également rencontré d’éminents prévisionnistes du secteur privé pour connaître leur avis sur les projections, ainsi que les risques et l’élément d’incertitude qui caractérisent les perspectives. Ces prévisionnistes du secteur privé s’attendent à ce que le Canada profite d’une croissance moyenne de 3,4 % en 2002. C’est plus du double de la progression de 1,5 % enregistrée en 2001. Pour 2003, les prévisionnistes du secteur privé entrevoient maintenant une croissance économique de 3,5 %.

De façon générale, le Fonds monétaire international et l’Organisation de coopération et de développement économiques donnent raison aux prévisions. Ces deux organismes prévoient que le Canada devancera tous les autres pays du G-7 pour la croissance économique, tant cette année que l’an prochain.

Les prévisionnistes du secteur privé entrevoient une solide croissance de l’emploi grâce à la vigueur soutenue des investissements des entreprises et des dépenses de consommation. À moyen terme, ils prévoient une croissance économique moyenne de quelque 3 %.

Mais Madame la Présidente, ils ont également souligné que, malgré ces perspectives encourageantes pour le Canada, l’horizon n’était pas sans nuages. Nous devrons composer avec une situation internationale incertaine au cours des prochains mois.

En Europe, on prévoit que la croissance sera plus faible cette année que l’an dernier. De son côté, le Japon est toujours aux prises avec un ralentissement économique persistant. Il y a lieu de surveiller étroitement la situation fragile des économies émergentes, surtout dans certaines régions d’Amérique latine. Et, ce qui importe avant tout pour le Canada, la reprise aux États-Unis a été très inégale. Les scandales qui ont ébranlé certaines sociétés, notamment Enron et WorldCom, ont miné la confiance des investisseurs, non seulement aux États-Unis mais également à travers le monde, et contribué à l’important repli des marchés boursiers. Enfin, la menace du terrorisme et le risque croissant d’un conflit en Irak ajoutent à cette incertitude mondiale. Ensemble, ces facteurs soulignent l’importance pour nous de maintenir une planification budgétaire prudente.

Situation et perspectives financières

Madame la Présidente, j’aimerais maintenant aborder notre situation et nos perspectives financières.

Comme nous l’avons annoncé plus tôt ce mois-ci dans notre Rapport financier annuel, les résultats définitifs pour l’exercice 2001-2002 sont prêts. Nous avons dégagé un excédent de 8,9 milliards de dollars, somme qui a été entièrement affectée au remboursement de la dette du Canada. Il s’agit de notre cinquième excédent budgétaire de suite. C’est la première fois de ma vie qu’une telle chose se produit. En outre, le Canada est le seul pays du G-7 à avoir dégagé un excédent cette année.

La moyenne des projections du secteur privé au sujet de l’excédent budgétaire à des fins de planification s’établit comme suit :

2002-2003 : 1,0 milliard de dollars;
2003-2004 : 3,1 milliards de dollars;
2004-2005 : 3,5 milliards de dollars;
2005-2006 : 6,8 milliards de dollars;
2006-2007 : 10,5 milliards de dollars;
2007-2008 : 14,6 milliards de dollars.

Ces excédents de planification tiennent compte de la réserve pour éventualités annuelle de 3 milliards de dollars et d’une mesure de prudence économique supplémentaire.

Ces projections de planification budgétaire du secteur privé font état d’excédents relativement modestes à court terme pour deux raisons clés : mentionnons d’abord l’effet soutenu du ralentissement économique de l’an dernier sur les recettes fiscales; à cela s’ajoute l’incidence des initiatives déjà annoncées, plus particulièrement le Plan quinquennal de réduction des impôts de 100 milliards de dollars et l’accord sur les soins de santé de 23,4 milliards, deux initiatives dont la mise en œuvre se poursuit.

Madame la Présidente, j’aimerais souligner que ces chiffres ont été calculés suivant la version modifiée de la comptabilité d’exercice en vigueur au gouvernement. Comme il l’a indiqué dans le budget de 2001, et fort de l’appui de la vérificatrice générale du Canada, le gouvernement passera à la comptabilité d’exercice intégrale. Nous prévoyons effectuer ce changement lors du prochain budget dans la mesure où nous pourrons vérifier les montants de la comptabilité d’exercice avec suffisamment d’assurance.

Relever les défis de l’avenir

Les Canadiens savent que le maintien de l’équilibre budgétaire et la réduction de la dette sont déterminants pour notre santé économique à long terme et, par le fait même, pour la réalisation de nos aspirations nationales. mais ce ne sont pas des fins en soi. Ils représentent des moyens nécessaires à la réalisation de notre objectif fondamental, celui d’améliorer le niveau de vie et la qualité de vie des Canadiens. Ces efforts importent à tous les Canadiens non seulement parce que l’amélioration du niveau de vie met plus d’argent dans les poches des contribuables, mais aussi parce qu’elle fournit à plus de gens un éventail plus large de choix et de possibilités.

Les efforts que nous avons déployés en ce sens donnent de bons résultats. Depuis l’élimination du déficit, nous avons fait d’importants progrès pour accélérer la croissance de notre niveau de vie. Au cours des cinq dernières années, la croissance de l’emploi et de la productivité a contribué de façon marquée à l’amélioration du niveau de vie. De 1997 à 2001, le Canada a profité du plus fort taux de croissance du PIB par habitant, qui est le meilleur indice du niveau de vie, de tous les principaux pays industrialisés, y compris les États-Unis.

Malgré les progrès réalisés, le message est clair : si nous voulons profiter d’une croissance économique durable et à long terme qui continuera de stimuler notre niveau de vie et notre qualité de vie, le Canada doit améliorer la croissance de sa productivité.

Nous parlons de productivité depuis un certain temps déjà. Certains trouvent qu’il s’agit d’un terme abstrait d’économie qui n’a rien à voir avec les gens et leur quotidien.

Je ne suis pas d’accord. L’amélioration de la productivité est un tremplin vers un niveau de vie plus élevé que nous voulons tous et que notre pays mérite. Améliorer la productivité ne veut pas dire que les gens devront travailler davantage et pour moins d’argent. Cela irait à l’encontre du but recherché. Il s’agit plutôt de travailler de façon plus efficace grâce à des compétences, à du matériel et à une scolarisation supérieurs.

Une productivité accrue ne fait pas qu’améliorer les résultats nets d’une entreprise. Elle se traduit par des revenus plus élevés et par de meilleurs emplois pour les travailleurs. Elle permet de faire en sorte que de plus en plus de Canadiens, où qu’ils habitent, aient l’occasion d’apprendre et de profiter de meilleures possibilités de croissance personnelle et de perfectionnement.

C’est pourquoi le discours du Trône faisait état d’initiatives que le gouvernement lancera pour veiller à ce que la productivité du Canada continue d’augmenter, améliorant du même coup le niveau de vie des Canadiens.

Pour accélérer les gains de productivité, le Canada devra attirer les gens de talent et l’investissement, un facteur déterminant de nos efforts visant à devenir un tigre du Nord.

Pour encourager l’investissement et l’esprit d’entreprise, nous passerons en revue les politiques existantes pour rendre notre cadre réglementaire aussi efficace et transparent que possible.

Pour protéger l’intégrité et l’efficacité de nos marchés de capitaux, nous travaillerons avec tous les intervenants et les provinces afin de mettre en place de nouvelles normes de régie des entreprises et de rationaliser notre système actuel de réglementation des valeurs mobilières.

Mais les Canadiens comprennent que l’investissement dans les gens est au carrefour de nos politiques économique et sociale. Nulle part ailleurs cette intégration de la politique économique et sociale est-elle plus importante que dans les soins de santé. C’est pourquoi nous collaborerons avec tous les intervenants pour veiller à ce que le système canadien de soins de santé continue de répondre aux besoins des Canadiens dans le vingt-et-unième siècle et qu’il offre à ceux-ci un avantage distinct par rapport au reste du monde.

La semaine dernière, le sénateur Michael Kirby et ses collègues ont publié un vaste rapport sur les options ayant trait aux soins de santé au Canada. Dans les prochaines semaines, la Commission sur l’avenir des soins de santé au Canada, dirigée par l’ancien premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow, déposera son rapport. Ces deux rapports aideront les gouvernements dans leurs futures délibérations en vue d’élaborer une approche nationale touchant les besoins en termes de soins de santé au Canada.

Notre gouvernement fera sa part. Le premier ministre a indiqué que nous collaborerons avec les provinces et les territoires pour convenir d’un plan à long terme en vue de moderniser le régime d’assurance-maladie, et qu’il tiendra une rencontre des premiers ministres au début de la nouvelle année. Nous fournirons des ressources pour soutenir la mise en œuvre de ce plan dans le prochain budget.

Madame la Présidente, notre avenir est tributaire des possibilités que nous offrons à nos enfants. Comme société, nous devons veiller à ce que tous les enfants canadiens, peu importe où ils vivent, aient le meilleur départ possible dans la vie et la possibilité de réaliser leur plein potentiel.

C’est pourquoi nous nous sommes engagés à hausser davantage la Prestation nationale pour enfants pour les familles à faible revenu, ajoutant ainsi aux investissements que nous avons effectués au cours des dernières années. Le défi que nous devons relever n’est rien de moins que d’équiper nos enfants avec ce dont ils ont besoin pour réussir dans un monde en rapide évolution. Nulle part ce besoin n’est-il plus urgent qu’avec les enfants autochtones du Canada.

Nous devons également investir dans l’infrastructure du pays pour bâtir, pour nous-mêmes et pour nos enfants, des villes concurrentielles et des communautés saines et sécuritaires.

Mais ce n’est pas tout.

Madame la Présidente, dans l’intérêt des générations futures, il revient à la présente génération de Canadiens d’améliorer notre environnement. Les Canadiens veulent de l’air et de l’eau purs, et ils sont préoccupés par les incidences du changement climatique. À cet effet, notre gouvernement travaille avec les provinces et l’industrie pour veiller à ce que le Canada remplisse ses responsabilités internationales à l’égard du changement climatique, telles qu’inscrites dans l’accord de Kyoto.

Ce sont là des étapes importantes d’un effort soutenu visant à modeler notre économie pour répondre aux besoins des citoyens d’aujourd’hui et des générations futures.

Conclusion

Les statistiques et les pourcentages peuvent en dire long sur la situation de notre économie, mais ils ne devraient jamais nous empêcher de voir clairement la mission que nous avons en tant que gouvernement et parlementaires. Cette mission consiste à permettre aux Canadiens et à leurs familles de profiter d’une vie meilleure et plus sécuritaire que jamais.

Madame la Présidente, il y a toute une nouvelle génération de Canadiens et de Canadiennes qui sont prêts à relever le défi de bâtir un Canada encore plus solide, plus prospère et plus généreux. Leur point de vue dépasse les frontières, et leur dévouement envers ce pays et les valeurs qu’il représente a de quoi inspirer.

Des gens comme Carla MacQuarrie, de West Chezzetcook, en Nouvelle-Écosse, qui a combiné les sciences de l’aquaculture et de l’agriculture, pour créer une exploitation agricole qui produit avec succès des légumes et des herbes hydroponiques de haute qualité.

Carla et son mari Peter Lenihan ainsi que leurs autres partenaires, Dave et Joanne Roberts, possèdent et exploitent l’entreprise Future Aqua Farms Limited, qui a attiré l’attention du monde entier pour son utilisation particulière des techniques d’aquaculture. Carla est l’un des 18 chefs d’entreprise, âgés de 19 à 30 ans, qui se sont récemment vu décerner le Prix aux jeunes entrepreneurs de la Banque de développement du Canada (BDC).

Ce prix rend hommage à de jeunes entrepreneurs canadiens exceptionnels dans chaque province et territoire qui, grâce à leur excellent travail et à leur détermination, ont réussi à développer de nouvelles entreprises innovatrices.

Carla et les autres récipiendaires du prix de la BDC ne sont que quelques-uns des jeunes leaders qui contribuent à façonner l’avenir du Canada. Ces jeunes Canadiens confiants, scolarisés, sensibles à la communauté internationale et à la fine pointe de la technologie, sont notre meilleure chance de faire en sorte que le Canada représente non seulement ce qu’il y a de bon, mais également ce qu’il y a de meilleur dans le monde.

Madame la Présidente, votre comité demandera aux Canadiens de donner leur avis sur les priorités que le gouvernement devrait cibler dans son prochain budget. Au cours des prochaines semaines, les groupes et les particuliers de l’ensemble du Canada qui se présenteront devant vous exprimeront un vaste éventail d’idées. Tout comme vous, je me déplacerai dans divers coins du pays dans les jours à venir pour entendre les points de vue des Canadiens. Vous et moi entendrons sans doute de nombreuses bonnes idées.

Mais nous savons, vous et moi, que gouverner, c’est faire des choix. Si nous devions mettre en œuvre toutes les idées que votre comité entendra au cours des prochaines semaines, nos modestes excédents ne tarderaient pas à céder à nouveau la place à d’importants déficits. Nous ne pouvons pas permettre que cela arrive. Il faudra donc faire des choix.

Cela dit, j’invite votre comité à donner au gouvernement son avis sur les questions suivantes :

  • En juin, j’ai demandé au Comité son point de vue quant à la meilleure façon pour le gouvernement de contrôler les dépenses et de cibler les priorités. Sur cette même lancée, j’invite le Comité à indiquer quelle serait la meilleure façon pour le gouvernement de rajuster ses dépenses pour combler les priorités les plus urgentes des Canadiens.
  • Comme je l’ai dit plus tôt, le gouvernement a reconstitué la réserve annuelle pour éventualités de 3 milliards de dollars. Pour nous protéger encore mieux contre la résurgence des déficits, quelle devrait être l’ampleur de la mesure de prudence économique supplémentaire que comprendra le prochain budget?
  • L’idée de faire du Canada un « tigre du Nord » a stimulé l’imagination des citoyens d’un bout à l’autre du pays. De quelles politiques les Canadiens croient-ils que nous avons besoin pour que notre pays attire l’investissement, les travailleurs spécialisés du savoir, sans oublier la recherche de pointe et l’innovation?

Madame la Présidente, les consultations que le Comité mène auprès des Canadiens ne portent pas uniquement sur le contenu du prochain budget. Elles portent aussi sur le Canada que nous voulons.

À mon avis, nous voulons un Canada en bonne santé financière, ce qui nous permettra de choisir notre propre voie et de façonner notre propre destin.

Nous voulons un Canada où les politiques économique et sociale vont de pair.

Nous voulons un Canada plus productif, plus innovateur et plus concurrentiel que jamais, ce qui nous permettra de mobiliser les ressources nécessaires pour investir dans nos priorités de demain, soit les soins de santé, l’environnement et nos enfants.

Nous voulons un Canada qui applique un régime fiscal équitable et concurrentiel.

Nous voulons un Canada qui joue un rôle important sur la scène internationale, qui contribue à bâtir une communauté mondiale plus stable et plus juste.

Nous voulons un Canada qui attire le talent et l’investissement, un tigre du Nord, un pays confiant dans sa capacité d’affronter le monde et de sortir gagnant.

Bref, nous voulons un Canada qui s’efforce de donner à ses citoyens non seulement un meilleur niveau de vie, mais le meilleur niveau de vie qui soit au monde.

Nous voulons que les Canadiens profitent non seulement d’une meilleure qualité de vie, mais aussi de la meilleure qualité de vie qui soit au monde.

Un Canada qui continue de s’attirer la réputation d’une des nations faisant preuve de plus de compassion, de tolérance et de progrès qu’aucune autre sur terre.

Madame la Présidente, j’ai commencé mon allocution aujourd’hui en me référant à la dette que la présente génération de Canadiens détenait à l’égard de ceux qui sont passés par cet édifice sur le chemin d’une nouvelle vie dans un nouveau pays.

Tout comme les centaines de milliers de Canadiens qui sont passés par l’édifice Pier 21 avec l’espoir que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, je crois moi aussi dans l’extraordinaire potentiel de ce merveilleux pays qu’est le Canada.

- Table des matières -