Le discours du budget 1999 : 1
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Monsieur le Président, j'aimerais d'abord remercier, au nom du gouvernement, les membres du Comité permanent des finances et des nombreux comités du caucus pour la qualité de leur travail dans la préparation du présent budget.
Nous tenons également à remercier les très nombreux Canadiens et Canadiennes qui nous ont fait part de leurs points de vue. Il nous incombe à notre tour de respecter le sens civique dont ils ont fait preuve et de concilier leurs judicieux conseils alors que nous cheminons ensemble vers le XXIe siècle.
Il est un fait incontournable : un budget utilise un vocabulaire bien particulier. On y traite de taux et de ratios, de pourcentages et de décimales, de méthodes comptables et de mesures.
La raison d'être des budgets s'en trouve obscurcie.
Il s'agit d'améliorer la qualité de vie des Canadiens. Il s'agit de hausser leur niveau de vie.
Il s'agit de bâtir aujourd'hui un avenir meilleur. Car, un budget ne se résume pas à des inscriptions dans les livres du gouvernement. Il représente plutôt un chapitre de l'avancement d'un peuple.
Les Canadiens et les Canadiennes comprennent depuis toujours que les excès d'endettement qui ont marqué notre histoire récente ont laissé des séquelles qui ne vont pas disparaître aussi vite que nous pourrions le souhaiter. Ils savent que les changements rapides qui s'opèrent aujourd'hui constituent des défis majeurs et que la mondialisation nous force à nous dépasser. En fait, ils savent depuis longtemps qu'un plan à long terme est nécessaire.
Il y a cinq ans, nous avons mis ce plan en œuvre.
Aujourd'hui, il porte fruit et notre mandat est clair. Il faut bâtir sur les succès des années précédentes. Et dans ce budget, c'est ce que nous faisons.
Ce budget démontre que les finances de la nation n'ont jamais été en meilleur état depuis une génération -- et que de nouveaux progrès se trouvent maintenant à notre portée.
Il donne suite à la priorité la plus urgente des Canadiens : le renforcement du système de santé d'aujourd'hui et de demain.
Il dote les Canadiens des outils de la réussite pour le XXIe siècle.
Et il accorde, pour la première fois depuis des années, un allégement fiscal à tous les contribuables, et ce, sans faire appel à l'emprunt.
Monsieur le Président, la dernière année se caractérise par un incroyable climat d'incertitude économique, une instabilité qui démontre que, de nos jours, nul pays ne peut se mettre pleinement à l'abri des bouleversements internationaux.
Mais l'année dernière a aussi démontré que les mesures prises par le Canada pour améliorer sa situation financière et son économie portent fruit.
Il ne fait aucun doute que nous avons ressenti les effets de la tempête. La crise asiatique et ses répercussions ont ralenti notre croissance par rapport au rythme soutenu observé en 1997 et au début de 1998.
L'Ouest canadien, notamment les secteurs de la foresterie, de l'énergie et de l'agriculture, a souffert durement.
Pourtant, il faut aussi reconnaître que, dans l'ensemble, les dégâts sont moins graves qu'ils n'auraient pu l'être -- et qu'ils ne l'auraient été voici quelques années à peine.
Par exemple, la création d'emplois, la plupart à temps plein et dans le secteur privé, a été très dynamique. Plus de 450 000 emplois ont été créés l'an dernier, ce qui est supérieur au résultat déjà impressionnant de l'année précédente. Aucun autre pays du G-7, même pas les États-Unis, n'affiche un pareil résultat.
Cette forte croissance de l'emploi se poursuit en 1999, avec la création de 87 000 emplois en janvier seulement. Le taux de chômage s'en trouve ainsi diminué à 7,8 %. Quoiqu'il soit encore trop élevé, c'est le taux le plus bas en presque neuf ans.
Les perspectives d'emploi pour les jeunes sont nettement encourageantes. Au cours des 12 derniers mois, l'emploi chez les jeunes a progressé de 10 % -- plus de 200 000 emplois -- le meilleur résultat en 25 ans.
En termes de croissance économique, le FMI et l'OCDE prévoient que le Canada sera parmi les chefs de file du G-7 cette année.
Cela ne veut pas dire que la situation soit sans risques. Des risques, il y en a.
La communauté internationale est loin de disposer du genre d'architecture qui permettra d'éviter ou de minimiser les crises économiques futures. Nous avons peut-être un marché mondial, mais nous n'avons pas de cadre mondial lui permettant de fonctionner vraiment pour le bien général. En ce qui concerne le Canada, la mise en place de ce cadre est prioritaire.
Chez nous, une priorité s'impose également. Il s'agit de fournir aux Canadiens les outils nécessaires au succès, dans un monde incertain.
Monsieur le Président, alors que nous poursuivons la mise en œuvre de notre plan, il importe d'en réitérer les principes, ainsi que les valeurs que nous cherchons à préserver et à renforcer.
Premièrement, le gouvernement a peut-être éliminé son déficit, mais il ne doit jamais renoncer à la frugalité.
Il n'y aura pas de répétition des dépenses inconsidérées de l'argent des autres.
Nous devons gouverner -- et nous le ferons -- comme si chaque dollar comptait, parce que chaque dollar compte.
Le présent budget démontre que les dépenses de programmes, en pourcentage de l'économie, diminueront de 12,6 % cette année à 12 % d'ici à 2000-2001 -- le niveau le plus faible en 50 ans.
Deuxièmement, nous ne devons jamais perdre de vue le besoin d'une approche équilibrée.
La prospérité d'une société passe par une action diversifiée. Nous devons reconnaître que la réussite dans un domaine nécessite une intervention sur plusieurs fronts.
Troisièmement, Nous ne devons jamais hésiter lorsqu'il est temps de faire des choix. Un gouvernement qui poursuit trop d'objectifs est un gouvernement qui n'a pas de priorités.
C'est pourquoi les soins de santé, le savoir et l'innovation par exemple, interviennent pour les trois quarts des nouvelles dépenses annoncées dans le budget de cette année et dans celui de l'an dernier, les deux premiers d'une nouvelle ère d'équilibre des comptes.
Quatrièmement, nous devons mettre de côté l'idée selon laquelle faire cavalier seul est une épreuve de force. Ce n'est pas le cas. De nos jours, la force réside dans le partenariat. Les Canadiens sont en droit de voir leurs gouvernements travailler dans la concertation.
C'est dans ce contexte que se situe l'importance de l'entente-cadre sur l'union sociale signée récemment par le premier ministre et les premiers ministres provinciaux.
Cinquièmement, nous devons nous concentrer sur l'action à long terme. Certains des problèmes les plus épineux du passé sont survenus lorsque les gouvernements ont cédé à des pressions à court terme qui les ont écartés de leur route. Si nous voulons maintenir le cap, nous devons toujours garder un œil sur l'horizon.
Enfin, et ce qui est le plus important, nous devons toujours être équitables. Car si, en bout de ligne, nous constatons que la situation financière du Canada s'est améliorée, mais que la vie des Canadiens s'est détériorée, nous aurons alors échoué.
Le devoir d'un bon gouvernement n'est pas de privilégier l'élite. Il doit plutôt offrir des possibilités à tous.
Monsieur le Président, pour le Canada, l'ère du financement déficitaire est révolue.
Au cours du dernier exercice, le gouvernement fédéral a enregistré son premier excédent financier en 28 ans.
Monsieur le Président, pour l'exercice qui prendra fin le 31 mars, il est clair que nous aurons à nouveau des états financiers équilibrés, ou mieux encore.
Ce sera la première fois, en près d'un demi-siècle, que le gouvernement fédéral aura enregistré deux budgets équilibrés ou excédentaires consécutifs.
De plus, ce budget confirme que nous allons équilibrer, ou mieux, les comptes l'année prochaine, et nous annonçons aujourd'hui que nous ferons de même en 2000-2001.
Cela signifie quatre budgets équilibrés ou excédentaires consécutifs. Ce n'est que la troisième fois qu'une telle chose se produit depuis la Confédération.
Encore plus important, notre pays fera son entrée dans le nouveau millénaire, ayant cessé de transmettre aux générations futures l'héritage d'une dette sans cesse croissante.
Pendant plus d'une génération, le ratio de la dette au PIB du Canada pas cessé d'augmenter. Toutefois, il y a deux ans, sous l'effet de nos mesures contre le déficit et de la croissance de notre économie, il a finalement commencé à reculer, et ce, de façon marquée.
Au Canada, l'an dernier, le ratio de la dette au PIB a affiché sa plus forte chute ponctuelle en plus de 40 ans, ayant reculé de 70,3 % à 66,9 %.
Cette année et l'année prochaine, nous prévoyons qu'il diminuera encore avant de tomber sous la barre des 62 % d'ici 2000-2001.
À plus long terme encore, nous nous engageons à mettre le ratio d'endettement sur une pente descendante soutenue, année après année.
Tout cela peut paraître obscur et ressembler à des élucubrations statistiques d'économistes -- ou de ministres des Finances -- qui n'ont rien à voir avec les préoccupations quotidiennes des Canadiens et des Canadiennes.
Mais rien n'est plus faux.
Car ce sont eux qui paient le prix lorsque le gouvernement doit consacrer une telle portion de chaque dollar de recettes fiscales uniquement pour payer l'intérêt sur la dette nationale, et qu'il ne peut répondre à leurs besoins.
Il y a trois ans, lorsque le ratio de la dette au PIB était à son niveau le plus élevé, 36 cents sur chaque dollar de recettes -- soit plus du tiers -- servaient à payer l'intérêt sur la dette.
Cet argent, les Canadiens ne pouvaient l'utiliser pour bâtir leur avenir parce que leurs gouvernements étaient trop occupés à payer le passé.
L'an dernier, alors que le ratio d'endettement diminuait, la part de chaque dollar de recettes affectée au service de la dette a également reculé pour s'établir à 27 cents.
Cela se traduit par l'amorce d'une nouvelle marge de manœuvre, d'une nouvelle liberté d'action pour renforcer notre système de soins de santé, pour fournir l'allégement fiscal dont les Canadiens ont besoin, pour lutter contre la pauvreté chez les enfants, pour protéger l'environnement et pour investir dans une économie plus productive.
Bref, l'assainissement des finances publiques engendre une énergie nouvelle pour bâtir aujourd'hui un avenir meilleur.
Mais cela signifie aussi que nous ne pouvons arrêter notre lutte à l'endettement maintenant. En effet, le problème est très grave lorsque le principal poste de dépenses du gouvernement fédéral est le règlement de l'intérêt sur la dette -- plus de 41 milliards de dollars cette année seulement. Pour mettre ce chiffre en perspective, disons que c'est presque le double de ce que nous consacrons au deuxième plus important poste de dépenses, les pensions des aînés du Canada.
Par conséquent, le Plan de remboursement de la dette que nous avons annoncé dans le budget de l'an dernier demeurera en place.
Premièrement, comme nous l'avons fait encore aujourd'hui, nous présenterons des plans financiers sur deux ans fondés sur des hypothèses économiques prudentes.
Deuxièmement, nous continuerons d'intégrer à nos plans financiers une réserve pour éventualités -- une protection contre l'imprévu.
Troisièmement, si la réserve pour éventualités n'est pas requise, elle continuera d'être affectée directement au remboursement de la dette.
Monsieur le Président, grâce à ce plan, les Canadiens ont non seulement remporté une victoire financière remarquable à l'échelle nationale, ils ont également remporté une victoire remarquable à l'échelle internationale.
La méthode comptable que le Canada utilise pour calculer le remboursement de sa dette est considérée comme l'une des plus rigoureuses au monde.
Plusieurs autres grands pays ne mesurent que la dette contractée sur les marchés.
Sur cette base, l'an dernier, nous avons remboursé une tranche de 9,6 milliards de dollars de la dette détenue sur les marchés. Cette année, nous prévoyons le remboursement d'un montant similaire, pour un total de près de 20 milliards de dollars en deux ans à peine.
Nous sommes parmi les rares pays du monde qui remboursent leur dette.
Monsieur le Président, faut-il en conclure que tous les défis sont relevés? La réponse est NON! Le déficit a peut-être été éliminé, mais notre ratio d'endettement demeure le deuxième plus élevé des pays du G-7.
En outre, la crise asiatique demeure actuelle, et les événements survenus au Brésil soulignent la fragilité de la reprise économique mondiale. Nous affrontons la tempête beaucoup mieux que la plupart des autres pays. Toutefois, les économistes canadiens ont réduit de façon appréciable leurs projections de croissance des revenus nominaux par rapport à ce qu'elles étaient à la même époque l'an dernier.
Malgré cela, tandis que nous étions à préparer ce budget, certains soutenaient que nous aurions dû prendre le risque d'un optimisme débridé -- que nous aurions dû dépenser davantage et réduire encore plus les impôts. En d'autres mots, à leur avis, il était temps de renoncer à gérer les finances de l'État avec prudence et de revenir aux habitudes du passé.
À ceux qui sont de cet avis, voici notre réponse.
Nous avons toujours cru que nos chances de réussite ne devaient pas être à la merci du hasard.
S'il est une raison pour laquelle nous aurons un budget équilibré, ou mieux, au cours de chacun des deux prochains exercices, s'il est une raison pour laquelle nous ne sommes pas de nouveau déficitaires malgré des bouleversements économiques mondiaux d'une ampleur imprévisible il y a à peine un an, c'est parce que nous avons abordé, dès le départ, notre situation financière avec prudence.
De plus, notre approche prudente nous a également permis de disposer des ressources nécessaires pour affronter d'autres imprévus, tout en préservant notre santé financière.
Ainsi, en 1996 et en 1997, nous avons pu aider les victimes des inondations du Saguenay et de la rivière Rouge.
En 1998, nous avons pu répondre à la crise du verglas.
Cette année, nous avons pu porter assistance aux agriculteurs canadiens en difficulté.
Alors, à ceux qui croient que nous pouvons jouer à la roulette russe avec les finances du pays, nous disons non! Nous n'allons pas gâcher la chance d'un avenir meilleur qui s'offre aux Canadiens et aux Canadiennes.
Monsieur le Président, voilà pour les finances de l'État.
Or, tout reste encore à dire quant à l'avenir de notre pays.
Combler les besoins des gens ne se limitent pas à la tenue de livres.
Une nation n'est pas une entreprise.
Les marchés font bien des choses, et ils le font bien.
Mais il y a aussi bien des choses qu'ils ne peuvent pas faire.
Les marchés ne peuvent pas nous offrir, à tous, des soins de qualité lorsque nous sommes malades.
Ils ne peuvent pas empêcher l'écart entre les riches et les pauvres de devenir un fossé infranchissable.
Ils ne peuvent régler la situation des sans-abri et la violence faite aux femmes.
Comme il se doit, les marchés s'occupent de biens et de services. Cependant, ils ne peuvent pas s'occuper du bien commun. C'est donc à nous de le faire.
Il n'est pas question de nous contenter d'accumuler les surplus ou de rembourser la dette. Nous ne sommes pas là uniquement pour dégager de meilleurs résultats financiers. Nous voulons bâtir une nation plus forte.
C'est pourquoi, entre autres, nous avons augmenté de 50 % le budget de la Stratégie emploi-jeunesse, qui aide déjà plus de 100 000 jeunes par année à acquérir une précieuse expérience de travail.
C'est pourquoi nous donnons suite à notre engagement de mettre en œuvre le plan d'action du Canada, « Rassembler nos forces », pour et avec les Autochtones.
C'est pourquoi nous allouons de nouvelles ressources à l'aide au développement international et pourquoi également nous assumons un rôle de direction au sein de la collectivité internationale afin de nous attaquer au problème de la dette écrasante des pays en développement.
C'est pourquoi nous consacrons d'importantes ressources supplémentaires à la justice pour les jeunes, afin de remplacer la Loi sur les jeunes contrevenants, de mettre le public à l'abri des criminels les plus violents et de lancer de nouveaux programmes communautaires pour aider d'autres délinquants à changer de comportement.
C'est pourquoi nous améliorons les indemnités et les autres avantages des femmes et des hommes des Forces armées, qui mettent leur vie en péril chaque jour dans le monde et qui se sont dévoués sans compter, ici même au pays, pour aider leurs concitoyens à composer avec plus d'un désastre naturel.
Et c'est pourquoi, dans ce budget, nous faisons de l'amélioration des soins de santé notre plus importante dépense depuis notre arrivée au pouvoir.
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