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- Activités internationales -

Osaka (Japon)
Le 14 juin 2008

Plan d’action du G8 en faveur d’une croissance alimentée par le secteur privé en Afrique : Assainir le climat d’investissement et renforcer le secteur financier

(Version non officielle)

1. Selon des estimations récentes, environ 80 % de la réduction de la pauvreté au cours des quinze dernières années est attribuable à la croissance économique, qui a permis à 500 millions de personnes sur la planète de franchir le seuil de pauvreté. La croissance des économies émergentes et des économies en développement a généralement été vigoureuse, l’activité économique étant stimulée par une forte croissance à l’échelle mondiale, par des réformes économiques judicieuses et par une robuste demande intérieure privée au cours des dernières années. En 2007, la croissance de ces économies a atteint 7,8 %, et elle devrait se maintenir autour de 7 % en 2008 et en 2009, en dépit des perturbations récentes observées sur les marchés financiers.

2. Cette croissance est encourageante, mais elle peut subir l’influence de facteurs exogènes, comme la hausse des prix des aliments et des cours de l’énergie, qui soulèvent des défis de taille pour les populations les plus vulnérables, particulièrement en Afrique. Nous sommes résolus à collaborer avec les nations africaines afin de maintenir et même d’accentuer l’élan favorable qui existe actuellement, de même qu’à nous acquitter de notre engagement à doubler l’aide à l’Afrique et à radier la totalité de la dette contractée auprès du FMI, de la Banque mondiale et du Fonds africain de développement par les pays pauvres très endettés (PPTE) admissibles. Ces mesures contribueront grandement à l’atteinte des OMD.

3. Pour maintenir la forte croissance enregistrée actuellement et pour pouvoir affronter sans trop de dommage certains vents contraires, il est indispensable de favoriser une croissance alimentée par le secteur privé et étayée par un cadre stratégique solide. L’aide et l’annulation de dette contribuent de façon importante à la réduction de la pauvreté; cela dit, pour que cette réduction ne soit pas éphémère, il doit exister un processus de croissance durable, dont le catalyseur soit l’activité du secteur privé. Chaque pays en développement doit se doter d’une stratégie spécifique et judicieuse à l’appui de la réduction de la pauvreté et de la croissance; cette stratégie doit être définie en fonction des conditions et des possibilités qui existent dans le pays, et elle doit être un élément central du développement national. Nous proposons de concentrer nos efforts autour de deux piliers : assainir le climat d’investissement, et renforcer le secteur financier.

Assainir le climat d’investissement

4. Il est crucial de bâtir des infrastructures fiables afin d’appuyer la croissance. Selon la Banque mondiale, des investissements infrastructurels de 18 milliards de dollars américains sont requis chaque année en Afrique subsaharienne si l’on veut atteindre une croissance économique suffisante pour réduire de moitié les cas de pauvreté extrême dans cette région d’ici 2015. L’une des grandes priorités devrait être de faciliter les échanges commerciaux des pays sans littoral. À cette fin, nous devons hausser les contributions en vue d’établir des infrastructures frontalières, par exemple des corridors de transport et des réseaux de distribution d’électricité, de même que des installations portuaires et des entrepôts; nous devons aussi promouvoir les partenariats public‑privé, ou PPP, à l’appui de la construction d’infrastructures fiables. Nous accueillons favorablement l’expansion du financement de la Banque africaine de développement au titre de l’infrastructure, et notamment l’initiative d’accroissement de l’aide au secteur privé (« Enhanced Private Sector Assistance »), ainsi que le soutien de l’Union européenne au chapitre de l’infrastructure au moyen du dixième Fonds européen de développement (FED), et le plan d’action pour une infrastructure durable de la Banque mondiale. Nous demandons aux banques multilatérales de développement ainsi qu’au Consortium africain pour l’infrastructure de coopérer avec les États africains afin de constituer les capacités institutionnelles dont l’Afrique a besoin pour pouvoir concevoir, réaliser et gérer des projets d’infrastructure viables sur le plan économique. Nous demeurons convaincus de la nécessité d’accorder une attention particulière au renforcement de la capacité des collectivités économiques régionales en matière de planification et de réalisation de projets d’infrastructure de portée transfrontalière.

5. Il est essentiel de hausser la productivité dans son ensemble. Il convient de favoriser le renforcement des capacités des PME (petites et moyennes entreprises). En effet, la très grande majorité des entreprises africaines sont des PME. Selon les enquêtes récentes au sujet du climat d’investissement, les entreprises comptant moins de 50 employés représentent environ 88 % de la production du secteur privé africain. Néanmoins, l’entrepreneuriat demeure embryonnaire dans de nombreux pays. Nous aiderons les États africains à appuyer l’expansion des grappes industrielles émergentes et à accroître leur capacité concurrentielle sur les marchés mondiaux. Nous soutenons les travaux de la Banque africaine de développement en vue d’établir un cadre qui lui permettra d’envoyer des spécialistes dans le but d’appuyer le renforcement des capacités des PME. Il est également de première importance de hausser la productivité du secteur agricole pour contrer le problème des prix élevés des aliments.

6. Nous attestons l’importance d’une saine régie financière pour appuyer une croissance viable qui soit favorable aux pauvres et pour accroître la confiance des investisseurs à l’endroit de l’Afrique. De manière à transmettre un message positif aux investisseurs éventuels, il est important de mettre l’accent sur l’équité et la transparence des régimes fiscaux, des processus d’approvisionnement et des procédures d’octroi de concessions, ainsi que de présenter des données fiables sur la situation économique, monétaire et financière des administrations publiques. Nous continuons d’encourager les pays à rendre publics les résultats des travaux indépendants visant à porter un diagnostic au sujet de leurs systèmes de gestion des finances publiques. Nous allons également aider les États à maintenir une dette publique viable et à en améliorer la gestion.

7. Nous insistons sur l’importance pour les pays disposant de ressources naturelles abondantes de maintenir une discipline financière à long terme, de manière à tirer tout le parti possible de la capacité de financement interne du développement. Nous demandons au FMI, en collaboration étroite avec la Banque mondiale, de faire la synthèse des plus récentes initiatives de gestion des revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles et de formuler des conseils à l’intention des pays partenaires. Il est essentiel de transformer les revenus provenant de l’exploitation des ressources naturelles en investissements productifs, notamment dans des domaines comme l’éducation et l’infrastructure. Nous sommes conscients de l’utilité de l’ ITIE (Initiative relative à la transparence des industries extractives) aux fins de disposer d’un cadre pour améliorer la reddition de comptes et la transparence au regard des revenus des industries extractives. De façon à pouvoir tirer tout le profit possible de l’ITIE, nous demandons aux pays candidats d’achever sans délai le processus de validation. De plus, nous demandons instamment au Secrétariat de l’Initiative de concentrer les efforts sur l’aide aux pays afin qu’ils puissent franchir cette étape, et également d’appuyer les industries extractives à l’échelle internationale afin d’assurer le bon déroulement de l’Initiative.

8. Les cadres nationaux de réglementation doivent être renforcés si l’on veut attirer et conserver les capitaux privés. S’il existe des obstacles réglementaires complexes, les entrepreneurs africains seront moins enclins à intégrer l’économie officielle. Quelques pays africains font des progrès en vue de rationaliser la réglementation applicable aux entreprises, mais la plupart des autres pays ont encore beaucoup à faire à ce chapitre. C’est pourquoi nous encourageons les pays à recourir à des enquêtes, comme les rapports « Doing Business » de la Banque mondiale, à titre d’indicateurs en ce qui touche les obstacles pour les entreprises et les efforts de réforme. Nous réitérons notre engagement à l’endroit des facilités d’aide technique actuelles, axées sur la promotion de la lutte contre la corruption, sans oublier les mesures de réforme de la réglementation, de la fiscalité et des régimes douaniers – pensons notamment au Partenariat avec l’entreprise privée pour l’Afrique de la SFI (Société financière internationale), aux services de conseil en investissement étranger de la Banque mondiale et à l’ICF (Investment Climate Facility), à laquelle participent de nombreux donateurs. De façon à déterminer les voies de réforme les plus pertinentes et les plus efficientes, nous encourageons le FMI à approfondir ses travaux sur la question de l’exode des capitaux.

9. Il convient de mettre l’accent entre autres sur le renforcement des droits de propriété et sur l’amélioration de l’accès à l’économie officielle. La plus grande partie de l’activité économique dans les pays en développement se déroule en dehors du système économique officiel. L’incertitude entourant les droits de propriété limite l’accès au crédit et les incitations à l’investissement. La prise de mesures pour renforcer les droits de propriété et pour aider les pauvres à avoir un meilleur accès à l’économie officielle pourrait engendrer des avantages importants et mesurables. Nous demanderons à la Banque mondiale de mettre à profit ses travaux actuels en vue de mettre en place des systèmes nationaux de droits de propriété et de nous faire rapport au sujet des leçons apprises. Nous allons également demander à la Banque mondiale, de concert avec les autres organismes compétents, d’examiner la possibilité – au moyen notamment d’analyses de coûts – d’élaborer des pratiques exemplaires afin d’orienter les réformes stratégiques dans les domaines des droits de propriété et de l’accès à l’économie officielle, et ce, tout en respectant les systèmes de droits de propriété traditionnels.

10. Nous allons continuer d’aider les pays africains à favoriser les échanges commerciaux et à améliorer leurs services douaniers et frontaliers, grâce à une aide technique offerte en collaboration avec l’Organisation mondiale des douanes afin de promouvoir une procédure n’exigeant qu’une seule étape aux postes frontaliers. De façon plus générale, dans la foulée de notre engagement relatif à l’« Aide pour le commerce », nous allons nous pencher sur les contraintes au niveau de la capacité commerciale en offrant un soutien dans différents domaines, comme la réforme de la politique commerciale, les infrastructures liées au commerce et la facilitation des échanges commerciaux. Nous allons en particulier chercher à améliorer et à intensifier l’intégration régionale afin de favoriser l’expansion des marchés régionaux et des échanges Sud‑Sud.

11. Nous allons demander à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement, en coopération avec l’ICF et à la lumière du rapport de la Commission Spence sur la croissance et le développement, de se pencher sur les moyens de procéder à une réforme exhaustive du climat d’investissement en Afrique et de nous faire rapport à ce sujet lors de la prochaine réunion des ministres des Finances dans le cadre du Sommet du G8.

Renforcer le secteur financier

12. Un meilleur accès aux services financiers est un élément clé en vue d’améliorer le bien‑être économique et la sécurité financière des ménages. Il est tout aussi important de promouvoir les activités des PME et, avant toute chose, de permettre aux entrepreneurs de mettre sur pied leur première entreprise. Nous sommes heureux des améliorations récentes à ce chapitre, mais il demeure que les systèmes bancaires de l’Afrique demeurent relativement petits et ne répondent pas adéquatement aux besoins des ménages pauvres, des micro‑entreprises et des PME. Il est de première importance de bâtir des capacités institutionnelles et réglementaires plus robustes, notamment en ce qui touche les principes devant régir les activités bancaires, afin d’améliorer l’accès aux services bancaires. De plus, les emprunteurs africains qui veulent financer des investissements à long terme prendront souvent des engagements à court terme, ou ils contracteront des emprunts à long terme libellés dans une devise forte auprès d’investisseurs internationaux. Ces deux solutions engendrent un déséquilibre financier qui se traduira souvent par des risques et des coûts imprévus. Nous avons mis de l’avant le « partenariat pour un financement efficace en Afrique » (« Partnership for Making Finance Work for Africa ») dans le but d’aider les pays africains à renforcer leurs marchés financiers et de faciliter la coordination entre partenaires de développement dans le secteur financier.

13. Nous allons appuyer le renforcement des capacités des banques locales. Nous soutenons les mesures de renforcement des banques locales par la Banque africaine de développement, entre autres au moyen de l’initiative d’accroissement de l’aide au secteur privé, et nous encourageons un recours plus répandu aux mécanismes d’atténuation du risque, par exemple les garanties de crédit bancaire aux PME. Nous allons soutenir l’expansion du financement en devises locales à l’intention des emprunteurs africains, en particulier les PME. Nous prenons note des activités du TCX (« Currency Exchange Fund »), qui offre des produits dérivés sur devises et sur taux d’intérêt dans les pays en développement.

14. Nous allons stimuler le développement des marchés obligataires locaux. Étant donné l’énorme demande de financement pour la construction d’infrastructures et les activités du secteur privé, il est nécessaire de compter sur le bon fonctionnement de marchés diversifiés d’obligations libellées en devises locales, de manière à réduire la dépendance des entreprises locales à l’égard des emprunts et à élargir les perspectives financières. Nous continuons de souligner l’importance de l’aide technique à l’appui du développement des marchés obligataires locaux dans les pays africains. Il pourrait être utile de mettre à profit les connaissances et l’expérience acquises dans le cadre d’initiatives menées en Asie, par exemple l’initiative des marchés d’obligations en Asie (« Asian Bond Markets Initiative »). Nous allons également soutenir les programmes des banques multilatérales de développement qui investissent dans des obligations libellées en devises locales dans les pays en développement et qui fournissent une aide technique aux États, aux organismes de réglementation et aux participants au marché.

15. Nous allons continuer d’encourager l’investissement privé dans les pays d’Afrique. Les flux de capitaux privés vers l’Afrique ont augmenté sensiblement au cours des dernières années, les investisseurs tirant avantage de la conjoncture économique favorable sur ce continent, des rendements élevés par rapport à ceux obtenus ailleurs et de l’assainissement du climat d’investissement. En 2006, la valeur des flux de capitaux privés nets (39,8 milliards de dollars) a été supérieure à celle des subventions accordées à titre d’aide bilatérale (36,9 milliards de dollars), ce qui ne s’était pas vu depuis 1999. Il est essentiel de maintenir les flux de capitaux privés vers l’Afrique et de diversifier ces flux, afin qu’ils favorisent aussi les États fragiles et les industries non extractives. Nous allons hausser l’aide bilatérale et multilatérale au niveau des fonds d’investissement qui fournissent un financement à long terme aux petites sociétés africaines. Un tel soutien pourra contribuer à accroître la participation des investisseurs privés, qui seraient sinon plus réticents à engager des fonds. Il faudrait aussi mettre davantage à profit les connaissances, les compétences et les envois de fonds des Africains à l’étranger. En ce qui concerne les envois de fonds, nous nous pencherons sur les progrès réalisés dans l’optique des recommandations formulées lors de la conférence du G8. Nous continuerons d’appuyer l’initiative visant à faciliter les envois de fonds, l’accent étant mis sur l’amélioration de l’information, les répercussions sur le développement, les services de versement, l’accès au financement et les mécanismes innovateurs.