Osaka (Japon)
Le 14 juin 2008
(Version non officielle)
1. Nous, les ministres des Finances des pays du Groupe des Huit (G8), nous sommes réunis aujourd’hui à Osaka au Japon afin de préparer le Sommet des chefs d’État et de gouvernement du G8 qui se tiendra à Hokkaido‑Toyako. Pendant une longue période, l’économie mondiale a su tirer parti d’une croissance vigoureuse combinée à une faible inflation, mais elle fait maintenant face à des vents contraires. Nous allons concerter nos efforts pour mettre en place des conditions propices au maintien d’une solide croissance économique mondiale.
2. Nous continuons d’avoir confiance dans la capacité d’adaptation à long terme de nos économies, et la croissance des économies de marché émergentes reste forte. Toutefois, l’économie mondiale est encore confrontée à des incertitudes et des risques perdurent. D’autres chutes des prix des logements aux États-Unis et les pressions accrues qui s’exercent sur les marchés financiers continuent d’affecter négativement les perspectives mondiales. La flambée des prix des produits de base, surtout ceux du pétrole et des aliments, constitue un obstacle de taille à la stabilité de la croissance à l’échelle mondiale; elle a de graves conséquences pour les plus vulnérables et elle pourrait faire augmenter les pressions inflationnistes mondiales. Ces conditions viennent nettement compliquer nos choix stratégiques. Nous allons continuer de faire preuve de vigilance et de prendre, seuls ou collectivement, les mesures qui s’imposent pour garantir la stabilité et la croissance de nos économies et de l’économie mondiale.
3. Ces derniers mois, les conditions des marchés financiers se sont quelque peu améliorées. Les mesures audacieuses prises par les grandes banques centrales ont favorisé un meilleur fonctionnement des marchés. Beaucoup d’institutions financières ont déclaré des pertes et amélioré leur capitalisation, ce qui a également contribué à améliorer l’état d’esprit sur les marchés. Toutefois, des tensions perdurent, surtout sur les marchés monétaires et du crédit. Les récentes turbulences financières ont révélé que le système financier était vulnérable à la prise de risques et à l’endettement excessifs. L’innovation financière a nettement contribué à la croissance et au développement mondiaux; toutefois, compte tenu des risques pesant sur la stabilité financière, il est impératif d’accroître la transparence et la sensibilisation aux risques.
4. Nous sommes fermement déterminés à mener à bien la stratégie que nous avons lancée en octobre dernier pour renforcer la capacité d’adaptation du système financier, notamment en appliquant les recommandations formulées par le Forum sur la stabilité financière (FSF). Nous remercions Mario Draghi pour avoir fait le point avec nous sur les progrès réalisés, y compris sur les mesures à prendre en priorité dans les 100 prochains jours. Nous exhortons les entreprises financières à poursuivre leurs efforts en vue d’améliorer leurs pratiques de communication des renseignements et de gestion des risques ainsi qu’à améliorer leur capitalisation s’il y a lieu. Nous invitons le Conseil des normes comptables internationales à accélérer son examen des questions comptables concernant les entités hors bilan et l’évaluation dans les marchés peu liquides. Nous nous réjouissons de la révision que l’Organisation internationale des commissions de valeurs a apportée à son code d’éthique régissant les agences de notation, des mesures qu’ont prises les organismes nationaux de supervision pour favoriser une meilleure divulgation par les institutions financières dans leurs rapports semestriels ainsi que de la publication imminente du guide des pratiques exemplaires en matière de gestion du risque de liquidité par le Comité de Bâle. Nous sommes impatients de nous attaquer à l’atténuation du caractère procyclique du système financier. Nous encourageons l’industrie des services financiers à donner suite aux enseignements qu’elle a tirés des événements récents. Nous attendons avec impatience les progrès concrets qui seront réalisés au chapitre du rapprochement de la coopération entre le Fonds monétaire international (FMI) et le FSF en matière de renforcement de la détection rapide des risques.
5. Nous confirmons notre engagement envers une politique d’investissement ouverte et reconnaissons que l’investissement international est essentiel à la prospérité mondiale. Nous nous opposerons au protectionnisme tant à domicile qu’à l’étranger. Nous applaudissons aux travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour mettre en place des pratiques exemplaires relatives aux régimes d’investissement ouvert. Nous reconnaissons les avantages des investissements commerciaux effectués par des investisseurs contrôlés par l’État, comme les fonds d’investissement souverains; c’est pourquoi nous les encourageons à unir leurs efforts à ceux du FMI en vue de recenser et d’adopter des normes élevées dans des domaines tels que la gouvernance, la gestion du risque et la transparence. Nous faisons bon accueil à la poursuite du dialogue sur la reconnaissance mutuelle des régimes de valeurs mobilières comparables et favorisons la réalisation de progrès plus vastes qui faciliteront les services financiers transfrontaliers. Nous soulignons également l’urgent besoin d’en arriver à une conclusion favorable du Cycle du développement de Doha.
6. La flambée du prix du pétrole nous préoccupe au plus haut point. En termes nominaux et réels, ces prix ont dépassé les sommets atteints par le passé et leurs répercussions se font sentir sur la stabilité macroéconomique mondiale, tout autant que sur le bien‑être des gens et les perspectives de développement. Essentiellement, les prix élevés du pétrole témoignent d’une hausse des contraintes de l’offre et de la demande mondiales, mais d’autres éléments interviennent, comme les préoccupations géopolitiques et les facteurs financiers. Pour relever ce défi, il faut, du côté de la demande, que toutes les économies accroissent encore plus leur efficacité énergétique et diversifient davantage les sources d’énergie. À cette fin, nous reconnaissons l’importance d’instaurer intégralement le Plan d’action pour la sécurité énergétique de St. Petersburg, ce qui contribuera en outre à traiter du problème des changements climatiques. Il importe également d’envoyer aux consommateurs des signaux concernant les prix, notamment en réduisant les subventions, tout en accordant de l’aide ciblée aux plus démunis. Nous félicitons plusieurs des économies de marché émergentes qui ont pris récemment des mesures en ce sens et les encourageons à en faire davantage à ce chapitre. Du côté de l’offre, nous prions instamment les pays producteurs de pétrole d’accroître leur production et d’investir dans le renforcement à long terme de la capacité de production en s’inspirant de l’expertise des pétrolières internationales. De plus, nous incitons tous les pays à renforcer la capacité de leurs raffineries. Il est également possible de rendre les marchés pétroliers plus efficients en préconisant l’accroissement de la transparence et de la fiabilité des données du marché, dont celles sur les actions pétrolières – ce qu’une participation plus vaste et en temps plus opportun à la Joint Oil Data Initiative devrait permettre de réaliser –, ainsi que celles sur la taille des flux financiers versés aux marchés pétroliers. Nous demandons aux autorités nationales compétentes de se pencher sur le fonctionnement des marchés à terme de marchandises et de prendre les mesures qui s’imposent. En outre, nous invitons le FMI et l’Agence internationale de l’énergie à concerter leurs efforts à ceux des autorités nationales compétentes, pour analyser plus en profondeur les facteurs réels et financiers responsables de la récente flambée des prix du pétrole et des produits de base, de leur volatilité et de leurs effets sur l’économie mondiale, puis à soumettre un rapport sur le sujet lors des prochaines assemblées annuelles.
7. La récente hausse marquée des prix des aliments a frappé durement nombre de pays à faible revenu importateurs de produits alimentaires. Les causes de cette hausse sont variées, mais nous nous attendons à ce que la demande demeure vraisemblablement élevée compte tenu de la croissance des économies émergentes et des pays en développement. L’intervention de la communauté internationale devrait prendre la forme d’une approche intégrée qui traite des effets immédiats de la crise tout autant que des causes sous‑jacentes de l’insécurité en matière d’alimentation. À court terme, les donateurs devraient s’unir pour fournir une aide d’urgence. Nous appuyons les efforts que déploient dans cette optique le Programme alimentaire mondial (PAM), la Banque mondiale et d’autres, et applaudissons à la nouvelle facilité de financement rapide de 1,2 milliard de dollars que la Banque mondiale vient d’annoncer pour combler les besoins immédiats. Nous félicitons le FMI des travaux qu’il a menés pour traiter des besoins des pays importateurs de produits alimentaires éprouvant des problèmes au chapitre de la balance des paiements, entre autres par l’entremise de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance et par l’examen de la Facilité de protection contre les chocs exogènes. À moyen terme, il est crucial que les organisations internationales, y compris des organes des Nations Unies, et les donateurs soutiennent collectivement les efforts des pays partenaires pour accroître la production agricole, principalement par le biais d’une hausse de la productivité. Il importe surtout de répartir clairement les tâches entre les différents intervenants, ce qui comprend les banques multilatérales de développement (BMD) et les institutions visées par la déclaration de Rome. Conscients de l’importance du rôle joué par les sciences et la technologie, nous convenons de la nécessité d’aider les instituts de recherche internationaux, comme le Groupe consultatif de recherche agricole internationale et d’autres partenariats. Il est impératif d’abolir les contraintes liées à l’offre et les restrictions de l’exportation, de remplacer les subventions alimentaires générales consenties aux pays en développement par une aide bien ciblée offerte aux plus démunis, ainsi que d’accroître l’efficience des marchés agricoles internationaux, notamment en menant à bon terme le Cycle du développement de Doha. En raison des défis et des possibilités offerts par les biocarburants, il est primordial d’assurer la viabilité de leur production et de leur utilisation. Dans cette optique, la recherche‑développement de méthodes de production de deuxième génération à partir de matériel non alimentaire devrait passer au premier rang des priorités.
8. La hausse du prix des marchandises, surtout celui du pétrole et des produits alimentaires, constitue un défi mondial. Nous demandons aux producteurs, consommateurs et institutions compétentes de conclure davantage de partenariats en matière de salubrité des aliments et d’entretenir des dialogues sur le sujet. Nous demandons à la Banque mondiale de se pencher sur l’effet de la hausse des prix des produits de base sur les perspectives de développement. De plus, nous invitons le FMI à mener des travaux sur la réforme des subventions pour les carburants fossiles. Nous attendons avec impatience les rapports qui seront déposés sur ces sujets lors des prochaines assemblées annuelles.
9. Nous sommes convaincus de la nécessité de prendre des mesures urgentes et concertées, et nous acceptons notre responsabilité de faire montre de leadership dans la lutte aux changements climatiques. Nous intensifions nos efforts pour aider les pays en développement à traiter des changements climatiques et avalisons le « Plan d’action du G8 en matière de changement climatique pour améliorer la participation des institutions financières privées et publiques » qui est joint aux présentes. Nous nous réjouissons du lancement des nouveaux Fonds d’investissement pour le climat (FIC) et nous y accordons notre soutien. Les BMD collaboreront au lancement des FIC, qui viendront compléter les efforts bilatéraux et multilatéraux en attendant la mise en œuvre du cadre postérieur à 2012 en vertu de la Conventioncadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ces fonds, qui englobent le Fonds pour les technologies propres et le Fonds stratégique pour le climat, devraient être harmonisés aux plans nationaux d’atténuation proposés par les pays en développement. Ensemble, ils augmenteront le financement public et privé affecté à la mise en place de technologies propres, à la prévention de la déforestation et à l’établissement d’économies capables de résister aux changements climatiques dans les pays en développement, comme le décrit notre document distinct sur les FIC.
10. Nous avons discuté des rôles vitaux du secteur privé dans l’investissement massif dans les activités à faibles émissions de carbone. Nous sommes particulièrement satisfaits des récentes activités des institutions financières privées visant la création de produits financiers novateurs et l’application de lignes directrices environnementales au financement des projets. Nous prions les BMD, en collaboration avec d’autres parties prenantes multilatérales et bilatérales, d’assumer des rôles de premier plan en vue de bonifier les investissements requis et d’aider les pays en développement à intégrer les changements climatiques à leurs stratégies globales de développement. Nous applaudissons au rapport conjoint sur les changements climatiques que les BMD ont soumis pour répondre à la demande que nous avions formulée lors du Sommet de Gleneagles. Nous constatons que les mécanismes de marché, ce qui comprend l’échange des droits d’émission et les encouragements fiscaux, peuvent fournir des incitatifs économiques au secteur privé en vue de la prise de décisions en matière d’investissement qui internalisent les coûts environnementaux, mais nous sommes conscients qu’ils doivent être conçus de manière à remplir les conditions particulières de chaque pays.
11. La croissance en Afrique demeure robuste, bien qu’elle soit toujours vulnérable aux chocs – dont la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie – qui continuent de représenter des défis de taille pour la plupart des populations les plus vulnérables. Vu la nécessité d’une croissance forte et stable pour atteindre les buts en matière de développement généralisé et les Objectifs du Millénaire pour le développement, nous sommes résolus à travailler avec les pays d’Afrique pour favoriser la croissance durable sous l’égide du secteur privé, en prenant appui sur nos engagements de doubler l’aide accordée à ces pays. Pour soutenir les stratégies de croissance propres aux pays, nous proposons de mettre l’accent sur deux piliers de notre « Plan d’action du G8 en faveur de la croissance alimentée par le secteur privé en Afrique » : assainir le climat d’investissement et renforcer le secteur financier. Dans cette optique, nous augmentons les contributions au titre de l’élaboration d’infrastructures fiables comme les corridors transfrontaliers de transport. Nous appuierons le renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises et contribuerons aux efforts que déploient les pays africains lorsqu’ils mettent en valeur leur capacité commerciale, notamment grâce à l’initiative Aide au commerce. Nous réitérons l’importance d’une saine gouvernance financière, qui suppose entre autres la discipline financière à long terme pour les pays riches en ressources naturelles, ainsi que de la mise en œuvre plus généralisée de l’Initiative de transparence des industries extractives. De plus, nous soulignons la nécessité de faciliter davantage l’accès à l’économie officielle. Nous contribuerons au renforcement des institutions financières locales, favoriserons le financement en devises locales pour les emprunteurs africains ainsi que le développement des marchés obligataires locaux dans les pays africains, et faciliterons les transferts de fonds.
12. Nous continuerons de mettre l’accent sur la viabilité de la croissance. Il faut inciter le secteur privé à adopter volontairement des lignes directrices de gestion des dossiers environnementaux et sociaux pour le financement des projets. Nous soutenons les discussions permanentes avec les créanciers émergents dans diverses tribunes afin d’assurer la viabilité de la dette extérieure des pays à faible revenu. Nous sommes heureux des progrès réalisés depuis notre rencontre de l’an dernier concernant les mesures destinées à mettre fin aux poursuites agressives menées contre des pays pauvres lourdement endettés. Nous tenons particulièrement à signaler les mesures prises par le Club de Paris, les améliorations apportées à la Facilité de réduction de la dette de la Banque mondiale et la mise sur pied d’un mécanisme de soutien juridique à la Banque africaine de développement.
13. Nous sommes déterminés à combattre le blanchiment de capitaux, le financement des activités terroristes et d’autres activités de financement illicite. Nous maintenons notre engagement envers la mise en œuvre efficace et en temps opportun des résolutions des Nations Unies, en particulier la résolution 1803 qui appelle à la vigilance en matière de surveillance des activités que mènent les institutions financières avec toutes les banques sises en Iran, surtout avec la Bank Melli et la Bank Saderat, et leurs succursales et filiales à l’étranger. Nous invitons le Groupe d’action financière à continuer de se pencher sur ces menaces et à prendre les mesures qui s’imposent pour garantir l’intégrité du système financier international.
14. Compte tenu des récents développements, nous incitons tous les pays qui n’ont pas encore instauré intégralement les normes de l’OCDE en matière de transparence et de partage efficace des renseignements dans le domaine fiscal à le faire sans plus tarder. Nous saluons les efforts de l’OCDE à ce chapitre et lui demandons d’intensifier ses travaux en matière de fraude fiscale.