Washington, le 24 septembre 2011
L’honorable Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada, pour le compte d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, du Canada, de la Dominique, de la Grenade, de l’Irlande, de la Jamaïque, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines
Au nom du Canada, de l’Irlande et des pays des Caraïbes de notre groupe, j’aimerais souhaiter officiellement la bienvenue au sein de l’institution à la nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, au nouveau premier directeur général adjoint, David Lipton, et au nouveau directeur général adjoint, Min Zhu.
La crise de la dette souveraine en Europe, les taux de chômage et les niveaux d’endettement élevés dans certaines économies avancées, ainsi que les tensions inflationnistes dans bon nombre de marchés émergents viennent nous rappeler brutalement que les gouvernements doivent maintenir de solides cadres stratégiques à l’appui de notre mieux-être collectif. Le FMI a un rôle crucial à jouer à l’échelle mondiale pour conseiller ses membres au sujet de leurs cadres stratégiques et dispenser de francs conseils au sujet des risques et des lacunes observés. Dans cette optique, je tiens à exprimer ma reconnaissance au FMI pour le soutien qu’il a procuré au groupe de travail sur le Cadre du G-20 pour une croissance forte, durable et équilibrée, que le Canada préside conjointement avec l’Inde.
Dans la foulée de la crise financière mondiale, le FMI a mis en œuvre d’importantes réformes de ses pratiques en matière de surveillance, de ses outils de prêt et de son cadre de gouvernance, tout en constituant une tribune clé du dialogue et de la coopération économique internationale. Compte tenu du contexte actuel, le Fonds demeurera confronté à d’importantes pressions sur ses ressources analytiques, financières et techniques, qui doivent être prudemment gérées. Parallèlement, le Fonds doit demeurer souple et s’adapter à la situation, améliorer davantage ses régimes de surveillance et de gouvernance, et s’efforcer en tout temps de dispenser des conseils opportuns et équilibrés à ses membres.
Dans cette déclaration, je présente des mises à jour sur les développements économiques survenus dans les pays du groupe du Canada, de l’Irlande, et des Caraïbes, ainsi que les points de vue du groupe sur les principaux enjeux au FMI.
Développements survenus au Canada
Le Canada a mieux surmonté la récession que la plupart des autres pays et, parmi les économies avancées, il est celui qui affiche l’une des plus solides reprises jusqu’ici, résultat d’importantes mesures stratégiques de stimulation de l’économie et de la solidité nos facteurs économiques fondamentaux. Ces éléments ont été manifestes tout au cours de la reprise économique, alors que la croissance s’est appuyée sur une robuste relance de la demande intérieure privée. À compter du troisième trimestre de 2009, l’économie canadienne a connu sept trimestres consécutifs d’expansion avant de faire une pause au deuxième trimestre de 2011, ce récent ralentissement reflétant la faiblesse de la demande extérieure. Malgré cette pause récente de la croissance, grâce à la solidité de l’économie canadienne pendant la récession et à la forte reprise, le produit intérieur brut réel et la demande intérieure finale réelle dépassent substantiellement les niveaux d’avant la récession.
Afin de maintenir et de préserver la solide situation financière du Canada, le gouvernement s’est engagé à rétablir l’équilibre budgétaire à moyen terme. Dans son budget de 2010, le gouvernement a présenté son plan initial en trois points en vue de rééquilibrer la situation financière du pays. S’appuyant sur ces mesures, il a annoncé dans son budget de 2011 de nouvelles mesures visant à réaliser des économies additionnelles en éliminant des échappatoires fiscales et en lançant un examen stratégique complet d’un an des dépenses des ministères, lequel devrait faciliter le retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2014-2015, soit un an plus tôt que prévu initialement.
Le FMI prévoit que le Canada, pour l’ensemble de ses administrations publiques (y compris les administrations fédérale, provinciales, territoriales et municipales), sera l’un des deux seuls pays du G-7, avec l’Allemagne, à rétablir l’équilibre budgétaire d’ici 2016. Le Canada devrait donc continuer d’afficher le fardeau de la dette nette le moins élevé, et de loin, des pays du G-7.
Développements survenus en Irlande
L’économie irlandaise continue d’afficher des signes indéniables de stabilisation, malgré les bouleversements qui subsistent sur les marchés financiers internationaux. Les autorités irlandaises ont affiché une ferme détermination à remettre l’économie sur ses rails et à relever, voire dépasser, les ambitieux défis énoncés dans le programme du FMI. La croissance demeure sur la voie de la reprise et devrait redevenir positive cette année, sous l’effet, comme prévu, de la robustesse du secteur extérieur, et ce, malgré la faiblesse de la demande intérieure. La croissance des salaires et l’inflation demeurent sous les niveaux de celles des concurrents, tandis que les coûts unitaires de la main-d’œuvre continuent de fléchir et que la productivité augmente. Les résultats sont manifestes, comme en font foi la solidité des exportations nettes et l’excédent au compte courant. L’assainissement des finances publiques se poursuit, de concert avec des mesures touchant les revenus et les dépenses, conférant aux finances publiques une assise solide.
Le processus de stabilisation du système bancaire irlandais est bien amorcé. Dans le cadre d’une restructuration en profondeur du secteur, on a procédé à un examen approfondi de tous les actifs, à d’importantes recapitalisations ultérieures, et à la mise en œuvre d’un programme de réduction du levier d’endettement qui a déjà commencé et qui se poursuivra jusqu’en 2013. Ce désendettement réduira aussi la mesure dans laquelle le système bancaire s’en remet au soutien des liquidités de l’Eurosystème et permettra aux banques de revenir à des opérations normales de capitalisation. L’injection de capitaux privés dans une grande banque témoigne du succès rapide qu’a connu cette stratégie bancaire.
D’autres annonces positives pour l’Irlande ont résulté de la décision de l’Union européenne (UE) d’abaisser le taux d’intérêt pour l’Irlande et de reporter l’échéance des prêts de l’UE. L’amélioration de la viabilité de la dette et du profil des échéances qui en résulte aidera l’Irlande dans sa tentative de regagner l’accès aux marchés. Dans un mouvement allant à contre-courant, les écarts sur les emprunts souverains ont sensiblement rétréci ces derniers temps, et Standard & Poor’s a récemment confirmé la cote de crédit actuelle de l’Irlande.
Développements survenus dans les Caraïbes
Dans les Caraïbes, les perspectives économiques demeurent limitées par la faiblesse des conditions, en particulier aux États-Unis et en Europe occidentale. Dans certains pays, les signes d’une faible reprise ont commencé à émerger, avec un très modeste raffermissement des influx du tourisme et de l’investissement étranger direct (IED). Même si la croissance devrait être plus générale en 2012, les prévisions à moyen terme pointent vers des gains sous les moyennes observées avant la crise mondiale, et donc vers un taux de chômage plus persistent. Les influx d’IED devraient être restreints par le resserrement des conditions du crédit sur les marchés financiers mondiaux, et la capacité d’investissement du secteur public devrait être limitée, compte tenu de la consolidation budgétaire pressante requise pour rebâtir les réserves en regard des dépenses et réduire le surendettement. Cependant, au-delà des influences extérieures provenant des prix du carburant et des produits de base, les attentes relatives à l’inflation sous-jacente dans les pays des Caraïbes devraient demeurer peu élevées.
Outre les efforts qu’ils ont déployés afin de revenir à une politique fiscale plus viable, les autorités des Caraïbes continueront de mettre l’accent sur l’accroissement de la stabilité financière régionale, en particulier afin de remédier aux facteurs de vulnérabilité qui ont été mis au jour par la crise. Ils intensifient aussi les efforts afin d’en arriver à une croissance accélérée et plus diversifiée, grâce à un accroissement de la productivité, à l’accroissement de l’efficacité des secteurs publics et l’établissement de liens commerciaux plus étroits avec les grands marchés émergents. Les autorités des Caraïbes accordent une grande valeur au dialogue stratégique continu, avec le FMI et les partenaires du développement multilatéral, concernant ces enjeux. À la lumière des priorités stratégiques, les besoins en aide technique vont demeurer élevés. La capacité financière de dispenser des conseils, en particulier par l’entremise du Centre régional d'assistance technique des Caraïbes, doit donc être préservée. Entre-temps, les autorités des Caraïbes continuent d’encourager le Fonds à exercer un rôle plus axé sur la défense de leurs intérêts en matière de développement, et de ceux de petits États aussi vulnérables, dans le cadre de tribunes multilatérales qui favorisent la coopération et l’harmonisation des politiques.
Le FMI
Surveillance exercée par le FMI
L’exercice d’une surveillance honnête, ciblée et impartiale est au cœur du mandat dont s’acquitte le Fonds, et cet aspect est essentiel à son efficacité. Le FMI a récemment accompli d’importants progrès aux fins de l’amélioration de la qualité de ses produits de surveillance, y compris au moyen de l’intégration des programmes d'évaluation du secteur financier aux examens prévus à l'article IV, de l’instauration de rapports sur les effets secondaires provenant des économies d’importance systémique et du nouveau Consolidated Multilateral Spillover Report. L’actuel exercice triennal d’examen de la surveillance constitue une occasion exceptionnelle de renforcer encore la surveillance exercée par le Fonds en cernant les aspects à améliorer et en établissant les priorités stratégiques pour l’avenir. Afin de maximiser l’efficacité, les produits de surveillance du Fonds, y compris les rapports prévus à l’article IV, doivent être rendus publics.
Le FMI continuera de jouer un rôle important à l’appui de la reprise mondiale et pour l’obtention de progrès accrus dans la réduction des déséquilibres mondiaux grâce à son apport constructif au Cadre du G-20 pour une croissance forte, durable et équilibrée. Depuis 2009, le Fonds, de concert avec d’autres organisations internationales, a dispensé de précieux conseils techniques aux pays du G-20 dans le cadre du processus d’évaluation mutuelle, présidé conjointement par le Canada et l’Inde, qui vise à évaluer la cohérence des politiques de chacun des membres par rapport à l’objectif collectif de croissance de l’économie mondiale, et suggère les améliorations à apporter aux cadres stratégiques lorsqu’il le faut.
Réforme du système monétaire international (SMI)
Même si d’importants travaux ont été consacrés au renforcement du SMI dans la dernière année, le système ne fonctionnera pas comme il se doit tant que la capacité qu’a l’économie mondiale de s’adapter aux chocs sera affaiblie par des régimes de change qui contrecarrent les efforts de rajustement. Donc, même si nous nous réjouissons des efforts visant à réformer le SMI, ces efforts doivent surtout faire en sorte que les mécanismes de rajustement à l’échelle mondiale fonctionnent comme il se doit.
Le Fonds a également accompli d’importants progrès en vue de renforcer ses instruments de prêt. La création de la Ligne de crédit de précaution et la Ligne de crédit modulable ont largement contribué à combler les lacunes du cadre des prêts consentis par le Fonds. La priorité à court terme doit consister à faire en sorte que ces nouveaux outils soient utilisés et évalués. Il doit être établi clairement qu’il subsiste des lacunes au chapitre des instruments de prêt avant d’envisager d’en ajouter de nouveaux.
Le Canada appuie les discussions qui se poursuivent au FMI et au G-20 au sujet de l’élargissement éventuel du panier de devises des droits de tirage spéciaux. Les critères actuels sont appropriés et il importe de maintenir des normes d’accès élevées.
Gouvernance du FMI
La réforme de la gouvernance du FMI a été marquée récemment par d’importants progrès. L’entente historique au sujet de la réforme de la gouvernance et des quotes-parts conclue à l’automne de 2010 contribuera largement à une meilleure harmonisation de la représentation au Fonds avec les poids économiques exercés à l’échelle mondiale. Tous les membres du FMI doivent adopter les mesures nécessaires afin de ratifier l’entente de 2010 en temps opportun. Pour notre part, le Canada, l’Irlande et nos membres des Caraïbes ont amorcé ce processus et prévoient s’acquitter de cet engagement dans les prochains mois. En ce qui concerne l’examen à venir de la formule des quotes-parts et la révision générale de ces derniers, les membres du Fonds devront faire preuve de la souplesse requise pour en arriver à une entente, comme ils l’ont fait en 2010.
Même si elles sont essentielles pour la crédibilité et la légitimité du FMI, les réformes de la représentation ne constituent pas le seul aspect de la gouvernance du Fonds qui mérite notre attention. Il reste d’importantes réformes de la gouvernance à mettre en œuvre, comme l’accroissement de la surveillance et de la mobilisation ministérielles, ainsi qu’une clarification et une harmonisation accrue des mécanismes redditionnels du Fonds. Aspect d’une importance cruciale, les membres du FMI, ainsi que ceux d’autres institutions financières internationales, doivent s’engager dans un processus de sélection de la direction qui soit fondé sur les seuls critères du mérite, sans égard à la nationalité des candidats.
Le rôle du FMI dans les pays à faible revenu (PFR)
Le Canada appuie fortement les efforts déployés par le Fonds pour venir en aide aux PFR, et il a soutenu cette aide en prenant des engagements substantiels de prêts et de subventions à plusieurs occasions. Le Canada invite instamment d’autres donateurs bilatéraux à mettre la dernière main à leurs engagements dans le Fonds de fiducie pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FFRPC), et il continue de soutenir l’utilisation du produit de ventes d’or antérieure afin de créer des ressources aux fins des subventions au FFRPC, conformément aux mesures de financement des PFR adoptées en 2009. Le Canada se réjouit également de l’examen à venir de l’architecture de prêts du FFRPC, et il estime qu’il s’agit là d’une autre occasion de mieux adapter l’aide consentie par le Fonds aux besoins des PFR qui requièrent une aide financière.